Lors de ses vœux du 31 décembre, Emmanuel Macron a, de manière inédite, rendu hommage aux Français et aux Françaises qui ont été "la plus grande fierté" du pays, en égrenant 15 prénoms. Parmi ceux-là, le président a cité celui de Mehdi Chouabi, professeur dans les quartiers nord de Marseille.

Lors des vœux que Emmanuel Macron a classiquement présenté aux Français, il a souhaité mettre en avant "des parcours exemplaire".
Lors des vœux que Emmanuel Macron a classiquement présenté aux Français, il a souhaité mettre en avant "des parcours exemplaire". © capture d'acran

Pour ses vœux, Emmanuel Macron a donc voulu mettre en avant "des parcours exemplaires qui sont autant de boussoles pour les temps à venir", a-t-il dit. L'une des personnes citées est un professeur de sciences économiques et sociales qui enseigne dans les quartiers Nord de Marseille. "Comme des milliers d'enseignants il a eu, quelques jours après l’assassinat de Samuel Paty, à organiser un cours sur la laïcité. Pour cela il a pris le temps de se former et, avec courage, il est alors revenu auprès de ses élèves sur nos valeurs, leur histoire, assumant cette haute mission de notre école, de nos enseignants : faire des républicains", a décrit le Président. Cet enseignant, donné en exemple par Emmanuel Macron, s'appelle Mehdi Chouabi. Nous l'avons joint pour savoir comment il avait ressenti cet hommage.

FRANCE INTER : Étiez-vous prévenu que vous seriez cité ce soir dans les vœux d'Emmanuel Macron ? 

MEHDI CHOUABI : "Absolument pas. Je n'étais pas prévenu du tout. Pour être honnête avec vous, je n'étais pas devant la télé. On fait un repas de famille, un réveillon tout simple et tout d'un coup, je reçois un tas de message comme quoi j'ai été mentionné. Au début, on n'y croit pas trop. Après, on a regardé la rediffusion et on a été assez surpris. J'ai l'impression que les gens autour de moi sont plutôt contents. Il y a beaucoup de fierté. Moi, sincèrement ça me gêne, parce que dans ce genre de témoignage-là, on insiste vraiment sur l'individualité. Or aujourd'hui, surtout chez les enseignants, c'est un esprit qui est très collectif. Il faut vraiment insister sur les synergies entre les enseignants et vraiment insister sur le fait que c'est beaucoup de travail, mais que la plupart des profs vont réaliser ce travail-là. 

Donc mettre en avant une seule personne, c'est un peu gênant. J'espère que ce ne sera pas mal compris, en tout cas.

Vous craignez des réactions quand vous allez retourner au lycée lundi ? 

"Non je ne crains pas les réactions, j'imagine qu'on on va m'en parler, certainement. Je pense que la plupart des enseignants ont fait ce travail de revenir sur les concepts de laïcité, surtout après les événements tragiques qu'on a connus, surtout dans un contexte où il y a autant d'information que de désinformation sur les réseaux. Je ne vais pas vous l'apprendre, on ne va surtout pas compter sur les aides extérieures pour le faire. On va faire malheureusement avec les moyens du bord. Ce qui est important c'est d'insister sur le fait qu'il n'y a pas assez de moyens injectés dans l'Éducation nationale et qu'il faudrait vraiment revenir dessus." 

Ce qu'il faut retenir surtout, c'est le corps enseignant qui se mobilise.

N'avez-vous pas le sentiment qu'à travers vous, c'est tout le corps enseignant que le président a voulu saluer et tout le travail que vous faites tous par rapport à la laïcité, aux valeurs républicaines ?

"Je pense, pour faire simple, que je suis un exemple et pas un argument. Des exemples, il y en a plein. On peut citer des enseignants encore plus impliqués que moi sur la question. Autant vraiment s'intéresser au cœur du sujet. Le cœur du sujet c'est : comment lutter contre l'obscurantisme. Comment mieux former les enseignants. Comment faire en sorte que cette transmission-là, face aux élèves, se fasse dans les meilleures conditions possibles. Et qu'il y ait Mehdi Chouabi dans les quartiers nord de Marseille, c'est secondaire."