Le “gilet jaune” Jérôme Rodrigues a été blessé à l’oeil par un tir de de flash-ball selon son avocat, samedi lors de la 11e journée du mouvement, à Paris. Placé dimanche matin dans un coma artificiel, ce proche d’Eric Drouet était déjà une figure des gilets jaunes. De nombreux groupes Facebook voient en lui un martyr.

Jérôme Rodrigues, lors de sa conférence de presse dimanche soir
Jérôme Rodrigues, lors de sa conférence de presse dimanche soir © AFP / Christophe Archambault

Les images qu’il a diffusées sur les réseaux sociaux sont impressionnantes : bandeau et compresses sur les yeux et traces de sang, Jérôme Rodrigues est embarqué par les pompiers samedi, en marge d’une manifestation des “gilets jaunes”. Blessé à l’oeil, il a été hospitalisé samedi et opéré dans la nuit de samedi à dimanche.  

L’homme affirme avoir été touché à deux reprises, d’abord par une explosion de grenade qui l’a touché au pied, et par une balle de lanceur de balle de défense (LBD) à l'oeil. Une source policière affirme plutôt que c’est un éclat de la grenade qui a causé la blessure à l’oeil, thèse appuyée par le secrétaire d’Etat Laurent Nunez dimanche soir, qui a déclaré “qu’aucun élément” ne permet de déterminer qu’il y a eu un tir de LBD. 

Le ministre de l’intérieur Christophe Castaner a demandé une enquête de l’IGPN. Le parquet de Paris a également ouvert une enquête pour tenter de déterminer les causes de la blessure. Selon l’avocat de Jérôme Rodrigues, Me Philippe de Veulle, les forces de l’ordre n’avaient pas de caméras et n’ont pas fait les sommations d’usage. Dimanche, Jean-Luc Mélenchon a demandé la démission de Christophe Castaner suite à cette blessure. 

"Il faut attendre que l'hématome se résorbe pour déterminer si ma vision est toujours opérationnelle ou pas", a-t-il indiqué, notant qu'il devrait rester cinq jours à l'hôpital. Il a posté sur les réseaux sociaux une photo de lui, le poing levé, sur son lit d’hôpital, puis, plus tard, devant l'hôpital. Dimanche matin sur LCI, il a annoncé son intention de porter plainte contre Emmanuel Macron, Christophe Castaner, ainsi que le policier qu’il accuse de lui avoir tiré dessus. 

“Je suis très fortement pacifiste et je le resterai, mais il est dommage que la police réagisse ainsi vis-à-vis de nous”. 

Un proche d’Eric Drouet

Ce père de famille, employé dans le BTP et âgé de 40 ans, n’est pas un inconnu pour les “gilets jaunes” : originaire de Seine Saint-Denis, il fait partie de la “bande à Drouet”, un groupe constitué de proches d’Eric Drouet, connus pour la popularité de leurs prises de parole en “live” sur Facebook. 

Mercredi à Pontoise, dans une réunion diffusée elle aussi en direct sur Facebook, il expliquait : “Ce qu’on a essayé de faire avec Eric, c’est qu’on a essayé de regrouper les principaux ‘livers’, ceux qui ont une espèce de force sur Facebook, pour pouvoir emmener les gens”.

Dans cette vidéo, il expliquait aussi le principe de la mobilisation de ce samedi, qui avait pour particularité de devoir se prolonger toute la nuit avec une “nuit jaune” : “L’idée de la nocturne, c’était de faire flipper le gouvernement, et ça a dix fois mieux marché que ce qu’on espérait (...), on a créé un stress chez eux, on joue sur la communication, sur le terrain des médias”, ajoutait-il.

Un spécialiste de l’image et de la vidéo

Jusqu’à sa blessure, Jérôme Rodrigues jouait en effet largement le jeu des médias, s’exprimant régulièrement devant les micros et caméras. Quelques minutes avant d’être touché, il répondait à LCI que “tout se passait superbement bien” dans la manifestation parisienne. 

Selon son avocat Me de Veulle, “c’est un membre emblématique du mouvement, apprécié de tous, tout à fait pacifique (...) Il filme les manifestations, ça s’arrête là”. 

Très attaché à l’image, il filmait régulièrement les manifestations pour les diffuser en direct sur Facebook. C’est précisément ce qu’il faisait à 16h45 samedi, place de la Bastille, quand ceux qui suivaient son “live” ont vu une chute, puis plus rien. Dix minutes plus tôt, selon les constatations de l’AFP, il appelait les manifestants à quitter la place car “les black blocks vont attaquer”. 

Marques de soutien et appels "au soulèvement" sur Facebook

Sur les groupes Facebook des gilets jaunes, on compte désormais de très nombreuses publications de soutien à Jérôme Rodrigues, en plus des posts fréquents d’Eric Drouet qui est resté, entre samedi et dimanche, à proximité de l’hôpital. 

Eric Drouet dans le groupe La France en Colère
Eric Drouet dans le groupe La France en Colère / Capture d'écran

Eric Drouet qui, par ailleurs, a publié par la voie de son groupe "La France en colère" un communiqué appelant à "un soulèvement sans précédent par tous les moyens utiles et nécessaires". Quelques heures plus tard, lors d'une conférence de presse, Jérôme Rodrigues a pourtant précisé s'être mis d'accord avec Eric Drouet pour lancer "un appel au calme" tout en "renforçant les actions, sans violence". 

Si une cagnotte Leetchi a été ouverte puis fermée dans la foulée, on compte désormais de très nombreux appels à un “Acte XII” des Gilets Jaunes en hommage “aux morts et aux blessés” de la mobilisation. Sur ces groupes, des logos de soutien, l’un notamment, montrant le visage de Jérôme Rodrigues sur fond jaune, ont fait leur apparition tout au long de la journée de dimanche. Dans un autre commentaire relevé par le journaliste Vincent Glad, un utilisateur affirme "Vous venez de déclarer la guerre" et reçoit plus de 1 200 "likes". 

L'événement créé par Eric Drouet ce dimanche
L'événement créé par Eric Drouet ce dimanche / Capture d'écran Facebook
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