par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - L'ex-couturier vedette de Dior John Galliano a décrit mercredi sa descente aux enfers baignée d'alcool et de drogue devant le tribunal de Paris qui le jugeait pour injures raciales.

Cette affaire survenue le 24 février dans un bar du quartier du Marais, dans la capitale française, a causé sa chute après 15 ans au sommet. Dior l'a licencié et il aussi perdu toute place dans la maison qui portait son propre nom.

Costume sombre et cravate bleue, l'air tendu, flanqué d'un garde du corps, le Britannique de 50 ans a du suivre un chemin réservé pour fuir des dizaines de journalistes et arriver dans une salle d'audience bondée deux heures avant le procès.

Interrogé sur les insultes antisémites dont l'accuse une jeune femme juive, Géraldine Bloch, il a déclaré qu'il ne se souvenait de rien et a livré un récit de ce qu'il a présenté comme une descente aux enfers, au temps de sa gloire.

"J'ai commencé à boire de manière cyclique en 2007, la maison Dior marchait bien et je buvais pour récupérer de chaque euphorie créative", a-t-il dit en anglais, les yeux baissés.

"J'avais deux enfants, Dior et ma propre maison. La charge de travail augmentait sans cesse, très vite", a-t-il poursuivi.

L'addiction s'est aggravée, a-t-il dit, quand il a perdu son ami en 2007. "Il me protégeait de tout. Quand il est mort, on est allés au crématorium, puis je suis tout de suite retourné à mes essayages".

Il est alors passé aux barbituriques et aux somnifères, puis au valium, puis à tout en même temps, avec l'alcool. "J'avais des crises d'angoisse, de panique. Ce n'est qu'après ce qui s'est passé que j'ai réalisé que ce mélange était mortel".

45 MINUTES D'INJURES

John Galliano a dit qu'il venait de suivre une cure de désintoxication de deux mois aux Etats-Unis, suivie d'une autre en Suisse et qu'il était toujours sous traitement.

La plaignante a raconté ensuite à la barre que John Galliano, s'asseyant à ses côtés à la terrasse du café La Perle, lui avait demandé sans raison de se taire et de partir.

Puis, devant son refus, il l'avait injuriée pendant 45 minutes sur ses habits, son physique, sa judaïté, sans que le personnel ne réagisse et avec quelques tentatives d'interposition de son chauffeur.

"Ça a été une litanie d'insultes de toutes sortes. A un certain moment il m'a dit qu'il était quelqu'un d'important et qu'il fallait que je dégage de son territoire", a-t-elle raconté. Il lui aurait aussi touché les cheveux en critiquant leur aspect et exprimé le souhait qu'elle meure.

Le couturier aurait notamment lancé en anglais : "Je suis Galliano le créateur" et aurait selon elle employé une vaste gamme de mots injurieux, dont des insultes antisémites.

Le Britannique encourt en théorie une peine pouvant aller jusqu'à six mois d'emprisonnement et 22.500 euros d'amende, mais la jurisprudence prévoit plutôt des amendes simples.

Le procès devait se terminer dans la soirée et le jugement doit être mis en délibéré jusqu'au mois de septembre.

Au total, trois personnes accusent John Galliano d'injures : Géraldine Bloch et son ami asiatique qui dit également avoir subi des injures racistes et une autre personne qui affirme avoir subi le même sort un soir d'octobre 2010 au même endroit.

John Galliano ne sera en revanche pas jugé pour une vidéo diffusée sur internet où on le voit déclarer qu'il adore Hitler et injurier une interlocutrice. Ce document a joué un rôle dans son licenciement, Dior l'évoquant dans ses communiqués.

Edité par Yves Clarisse

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