Depuis les premiers témoignages de victimes de ce groupe, dont les membres sont accusés de cyberharcèlement, les enquêtes internes, mises à pied et autres procédures disciplinaires se succèdent dans plusieurs médias, boîtes de production, de publicité, ou même à la mairie de Paris.

Après les accusations, les sanctions tombent. Mises à pied et enquêtes internes sont engagées dans les rédactions.
Après les accusations, les sanctions tombent. Mises à pied et enquêtes internes sont engagées dans les rédactions. © Maxppp / Étienne Laurent

Ils sont une trentaine de journalistes, podcasteurs et de communicants. Depuis ce groupe Facebook privé, très actif entre 2009 et 2012, ils sont accusés d’avoir mené des campagnes de cyberharcèlement sur Twitter, en particulier contre des femmes. Dans les rédactions parisiennes, les mesures disciplinaires se succèdent une à une.

  • Libération est le premier média à sanctionner. D'abord, le journaliste pigiste régulier Vincent Glad, fondateur du groupe, puis le chef de service web Alexandre Hervaud, tous deux mis à pied, le temps d'une enquête interne, dès lundi. "Il n'y avait pas d'autre solution" que d'écarter les journalistes concernés, a expliqué sur France Inter Christophe Israël, directeur adjoint de la rédaction de Libération. Brain Magazine a également suspendu sa collaboration avec Vincent Glad.
  • Aux Inrocks, la direction a mis à pied, à titre conservatoire, son rédacteur en chef David Doucet, ainsi que son adjoint François-Luc Doyez. Une procédure de licenciement est même en cours contre David Doucet, selon un journaliste de Libération.

  • À Usbek et Rica, le journaliste Guillaume Ledit a lui aussi été mis à pied à titre conservatoire. Le directeur de publication du trimestriel prospectif en ligne a également "décidé de stopper toute collaboration" avec Renaud Loubert-Aledo, alias "ClaudeLoup", co-fondateur et rédacteur en chef du média Blocs. Selon les informations du Monde, le publicitaire aurait aussi été mis à pied à titre conservatoire par l'entreprise Publicis Consultants où il travaillait en tant que "strategist" depuis 2011. Il est notamment accusé d'avoir réalisé un montage outrancier, sous le pseudonyme @jesuisunblog.

  • Stephen des Aulnois, également ex-membre de la "Ligue du LOL" et fondateur du site sur la culture pornographique Le Tag Parfait, a démissionné de son poste de rédacteur en chef. Il a par ailleurs décidé de suspendre les activités du Bon Fap, autre magazine web sur le même thème.
  • Nouvelles écoutes, un studio de podcasts, a annoncé qu'il cesse immédiatement toute collaboration avec le youtubeur Guilhem Malissen et "suspend momentanément la production" de l'émission qu'il animait, Bouffons
  • Qualiter, une autre maison de production de podcasts, a annoncé l'arrêt "définitif et sans appel" de l'émission Studio 404, dont l'un des chroniqueurs, Sylvain Paley, était membre de la "Ligue du LOL".
  • Pour Riviera Détente, le podcasts au milliers d'auditeurs, c'est aussi le clap de fin. Son animateur, Henry Michel, ancien membre de la "Ligue du LOL", a laissé entendre qu'il cesserait "pour quelque temps" de donner de la voix, "parce que je suis honteux, malheureux, et prostré", a-t-il déclaré dans un tweet.
  • À Slate, le sort de Christophe Caron, lui, reste en suspens. Le rédacteur en chef assure "n'avoir nui socialement ou professionnellement à personne, ni harcelé personne". Il présente ses "sincères excuses" si certains de ses propos "ont peut-être pu blesser". Au journal L'Express, le directeur général du site affirme que "rien ne justifie une suspension". En revanche, Christophe Carron sera écarté de la supervision des articles de Slate sur la "Ligue du LOL", confiés à la rédactrice en chef adjointe du site, Hélène Decommer.
  • Chez Télérama, pas de mise à pied non plus pour Olivier Tesquet. Le journaliste assure avoir "probablement fait partie de la catégorie des témoins passifs" dans le groupe Facebook. Dans un article, la direction du journal assure qu'après convocation de son rédacteur, elle a été convaincue de "sa participation passive à ce groupe".
  • À la marie de Paris, selon France Info, deux employés du service communication ont été convoqués devant leur supérieur hiérarchique, soupçonnés d'avoir appartenu à la "Ligue du LOL". "Les faits liés à la 'Ligue du LOL' ont eu lieu avant leur recrutement à la ville. À ce stade (et bien à ce stade), nous n'avons pas connaissance de faits de harcèlement de leur part. Il n'y a pas encore eu de signalement de victimes", a indiqué la mairie. Le nom du graphiste Gautier Gevrey, alias @Woumpah, directeur artistique à la mairie de Paris est mentionné dans des tweets, comme dans celui de la vidéaste Florence Porcel.

Des suites judiciaires ?

Qu’en est-il de potentielles poursuites judiciaires ? Certaines victimes ont déclaré leur volonté de déposer plainte. L'association "SOS Racisme" a demandé l'ouverture d'une enquête préliminaire au parquet de Paris. 

En théorie, depuis août 2018, participer à des "raids numériques" comme ceux orchestrés par des membres de la 'Ligue du LOL' peut être puni de deux ans d'emprisonnement et 30 000 euros d’amende pour cyberharcèlement sexuel ou moral. Cependant, "il ne me semble pas que les faits dont on a pu avoir connaissance soient postérieurs à cette loi et ne rentreraient pas en ligne de compte. On tomberait sous le coup classique du harcèlement où les peines encourues peuvent aller de 3 à 5 ans d'emprisonnement", explique l'avocat Eric Morain sur France Info.

L'association "SOS Racisme" a demandé l'ouverture d'une enquête préliminaire au parquet de Paris. "Jamais sans elles" a créé un collectif d'avocats pour aider les victimes de la "Ligue du LOL". "Plus de vingt avocats ont répondu positivement", annonce l'association. La Fondation des femmes a ouvert une cagnotte dédiée au financement des procédures judiciaire des victimes de cyberharcèlement.

Avant même le "LOLGate", des licenciements

Autre affaire révélée dans ce contexte et qui ressemble à celle de la "Ligue du LOL" : les trois quarts des hommes de la rédaction du Huffington Post France qui s'étaient réunis sur le service de messagerie Slack, sous le nom de "Radio Bière Foot". Insultes sexistes, propos racistes, homophobes... Des femmes de la rédaction qui tombent par hasard sur la conversation alertent la direction, en octobre 2018. Deux salariés sont alors mis à pied, une enquête interne est engagée, et en novembre ils étaient trois à être tout simplement licenciés.

Des licenciements, il y a en a eu dès 2017 au sein de la rédaction de Vice France. C'est ce que révèle l'Express qui a recueilli plusieurs témoignages mettant en cause des salariés et anciens salariés du web magazine. D'abord regroupés sous le nom de "Darons" puis de _"Townhall"_sur un groupe de messagerie instantanée, ils sont sept à s'échanger, là encore, des propos parfois sexistes et racistes sur leurs collègues. Des salariées tombent sur la conversation laissée ouverte sur un écran du bureau. Parmi les plus actifs, les journalistes Rodolphe B. et Sébastien C. tous deux licenciés en juillet 2017 pour faute grave.

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