Selon Médecins sans frontières, qui publie ce mardi les résultats d'une enquête menée dans des lieux de précarité en Île-de-France, les personnes vivant dans des foyers ou des centres d'hébergement d'urgence ont été infectées beaucoup plus que la moyenne.

Un foyer de jeunes travailleurs, ici à Montreuil en Seine-Saint-Denis
Un foyer de jeunes travailleurs, ici à Montreuil en Seine-Saint-Denis © Maxppp / Christophe Petit Tesson

La précarité augmente la possibilité d'être contaminé par le coronavirus. C'est la conclusion de l'ONG Médecins sans frontières, qui a réalisé une étude de séroprévalence à la Covid-19 dans des lieux de précarité sur lesquels elle intervient en Île-de-France : des centres d'hébergement d'urgence, des foyers de travailleurs et des points de distribution alimentaire, à Paris, en Seine-Saint-Denis et dans le Val-d'Oise. 

Pour cette étude, 818 personnes ont été testées via des prises de sang, pour évaluer si leur sang contenait des anticorps contre le coronavirus - ce qui signifierait que la personne a été exposée au virus. Dans le rapport présentant les résultats, publié ce mardi, MSF note que "les résultats confirment que la circulation du virus a été plus particulièrement active dans les situations où la promiscuité était la plus forte". 

Cinq fois plus de contaminations que la moyenne

Sur les 818 personnes testées (dont 80% d'hommes, 49% de moins de 35 ans, et à 80% sans problème de santé majeur), au total, 426 étaient porteuses d'anticorps, soit un taux de séroprévalence de 52%. MSF rappelle les résultats d'une étude similaire publiée en septembre par Santé Publique France sur la population globale d'Île-de-France, avec un résultat d'une personne sur dix porteuse d'anticorps. 

Dans le détail, MSF note une variation très forte de la séroprévalence selon les types de lieux : dans les centres d'hébergement, les taux vont de 23% à 62%. Ils étaient de 18% et 35% dans les deux centres de distribution alimentaire testés... et de 82% et 94% dans les deux foyers de travailleurs

"Nouveaux foyers de contamination"

Malgré le respect des gestes barrières, "vivre dans des situations de grande promiscuité où chambre, cuisine et sanitaires étaient partagés a effectivement accru le risque d'exposition", note le rapport, qui ajoute que les personnes qui sont passées par des gymnases avant d'aller en centre d'hébergement sont 3 fois plus nombreuses à avoir été contaminées que celles qui ont directement été relogées dans ces centres.

Corinne Torre, cheffe de mission à Médecins Sans Frontières, alerte : "Il ne faut pas que les dispositifs d’urgence qui permettent de mettre à l’abri temporairement des personnes sans hébergement, notamment à l’approche de la période hivernale, contribuent à créer de nouveaux foyers de contamination."

Ainsi, l'ONG demande que l'accès au dépistage et aux soins médicaux soit facilité pour les personnes résidant dans les centres d'hébergement et les foyers de travailleurs, ainsi qu'une meilleure information et prévention. Elle demande également que les personnes sensibles, qui peuvent développer des formes graves de la maladie, "se voient proposer un relogement à titre préventif dans des lieux moins densément peuplés".

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.