[scald=46435:sdl_editor_representation]par Yann Le Guernigou

PARIS (Reuters) - La mise en examen de deux de ses proches dans le cadre de l'affaire Karachi est un coup dur pour Nicolas Sarkozy au moment où il s'efforce de prendre de la hauteur et de présidentialiser son image en vue des échéances électorales de 2012.

En pleine séquence internationale, après une visite triomphale en Libye et alors qu'il tente de sortir les négociations israélo-palestinien de l'impasse, le chef de l'Etat se trouve pris dans la tourmente d'un dossier auquel il s'est redit jeudi totalement étranger.

"Qui peut croire une fable pareille ?", déclarait-il en juin 2009 en réponse à une question sur un possible financement de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995 par des "rétro-commissions" sur la vente de sous-marins au Pakistan.

Fin 2010, Claude Guéant, alors secrétaire général de l'Elysée, dénonçait "ceux qui n'ont d'autre préoccupation que d'impliquer le chef de l'Etat par une succession d'insinuations, dans une affaire qui ne le concerne en rien".

Les mises en examen successives de Thierry Gaubert et Nicolas Bazire changent la donne.

Pour François Miquet-Marty, directeur de l'institut Viavoice, "Nicolas Sarkozy n'est certes pas mis en cause directement, mais son entourage l'est. Cela concerne la campagne présidentielle de Balladur, dont il a été une des chevilles ouvrières et une certaine façon de faire de la politique".

"Quand bien même la justice s'en tiendrait aux personnes mises en cause, il aura du mal à s'exonérer en disant que cela ne le concerne pas", ajoute-t-il.

Thierry Gaubert a été un proche collaborateur de Nicolas Sarkozy dans ses premières années en politique, participant à sa conquête de la mairie de Neuilly en 1983 puis travaillant comme conseiller à Bercy quand il devint ministre du Budget en 1993.

INVITÉ DU FOUQUET'S

Directeur de cabinet d'Edouard Balladur à Matignon, Nicolas Bazire était de son côté l'alter ego de Nicolas Sarkozy dans l'animation de la campagne présidentielle du Premier ministre et est resté depuis son intime, même s'il a pris ses distances avec la politique.

Après un passage dans la banque d'affaires chez Rothschild & Cie, cet ancien officier de marine passé par l'Ena a été recruté par le patron de LVMH, Bernard Arnault, qui en a fait son bras droit à la tête de son empire du luxe.

Il avait été des invités de la soirée du Fouquet's, le célèbre restaurant des Champs-Elysées où Nicolas Sarkozy a fêté sa victoire le 6 mai 2007, puis a été le témoin de son mariage avec Carla Bruni en février de l'année suivante.

Nicolas Bazire est aujourd'hui un invité régulier de l'Elysée et son nom avait brièvement circulé pour remplacer Claude Guéant quand celui-ci a été nommé ministre de l'Intérieur.

"Entre les révélations de (l'avocat Robert) Bourgi (sur les financements politiques occultes), les accusations sur l'existence d'un cabinet noir de l'Elysée animé par Claude Guéant et cette affaire de Karachi, on est dans une séquence qui ne sent pas bon", estime Gaël Sliman, responsable du département opinion de l'institut (BVA).

"Au moment où Nicolas Sarkozy veut présidentialiser son style, l'idée que tout cela réactive le sentiment du 'tous pourris' en politique, qui profite à Marine Le Pen, ne paraît pas saugrenue", ajoute-t-il.

Pour François Miquet-Marty, ces affaires pourraient faire des dégâts dans une opinion publique où, depuis les excès qui ont conduit à la crise financière, "se ressent de plus en plus, à gauche comme à droite, une exigence de comportements vertueux de la part des dirigeants".

Gaël Sliman juge que le dossier Karachi est potentiellement d'autant plus dommageable pour Nicolas Sarkozy qu'il est toujours handicapé dans l'opinion par une image "d'homme qui aime l'argent, qui est proche des puissants et qui, aux yeux des Français, favorise les plus riches à travers son bouclier fiscal".

"Tout cela risque de renforcer un trait d'image qui pénalise beaucoup" celui qui avait promis une présidence "irréprochable".

Edité par Yves Clarisse

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