À l'occasion de la Journée internationale de l'hygiène menstruelle ce jeudi, le collectif "Règles élémentaires" fait témoigner six personnalités pour dénoncer la précarité menstruelle et briser le tabou des règles. Le gouvernement, lui, annonce des mesures.

Six personnalités témoignent de leur rapport à la précarité menstruelle et au tabou de règles. (Capture d'écran tirée de la vidéo "Le 28 mai de Règles Élémentaires")
Six personnalités témoignent de leur rapport à la précarité menstruelle et au tabou de règles. (Capture d'écran tirée de la vidéo "Le 28 mai de Règles Élémentaires")

Selon l’association Règles élémentaires, 1,7 million de femmes sont victimes de précarité menstruelle en France, comme le rapporte aussi le ministère de la Santé. Quatre femmes du gouvernement, dont Marlène Schiappa et Brune Poirson, annoncent ce jeudi, Journée internationale de l'hygiène menstruelle, une série de mesures pour leur venir en aide dans le Huffington Post :"Dès le mois de septembre 2020, la mise à disposition de protections hygiéniques gratuites sera expérimentée auprès d’élèves du second degré et d’étudiantes, de femmes détenues, de femmes précaires et sans abri." Un million d'euros seront aussi débloqués pour lutter contre la précarité menstruelle.

Témoignages face caméra

En parallèle, six personnalités ont accepté de prendre part à une opération de sensibilisation sur le web face caméra, organisée par l'association Règles élémentaires : la chanteuse Pomme, la créatrice du compte Instagram "Je m’en bats le clito" Camille Aumont-Carnel, la handballeuse professionnelle Estelle Nze Minko, la blogueuse Emanouela, l’activiste Rebecca Amsellem et l’illustrateur Thomas Gravereau. 

"On voulait faire une grande opération en physique, un apéro menstruel, une levée de fond. Malheureusement, le Covid est passé par là", indique à France Inter Tara Heuzé-Sarmini, fondatrice et directrice générale de Règles élémentaires : "Mais avec les moyens du bord, on a pu faire ces vidéos, et on est très fiers de notre opération."

La chanteuse Pomme, notamment, témoigne : "J'ai participé il y a deux ans à un événement pour collecter des protections menstruelles pour les femmes qui vivent dans la rue. Je crois que c'est la première fois où je me suis rendue compte que c'était un vrai problème, et où je me suis dit que beaucoup de gens n'avaient pas forcément accès aux protections."

"L'accès aux protections hygiéniques aujourd'hui est un luxe, et ça ne devrait pas l'être", déplore de son côté l’illustrateur Thomas Gravereau."J'ai halluciné quand j'ai vu la liste de tous les produits qu'une personne qui a ses règles peut acheter. Elle est super longue : des personnes doivent aussi acheter des médicaments contre la douleur qui ne sont pas ou peu remboursés par la sécurité sociale, racheter des sous-vêtements, du linge de maison, des vêtements parce que certains ont été tâchés..." 

En France, le coût des protections et antidouleur est ainsi de 7,50 euros par cycle pour une femme ayant des règles d’une durée et d’un flux "moyens", soit près de 3 800 euros pour une vie, calcule Le Monde. Sans compter les dépenses annexes, comme la visite annuelle de contrôle chez le gynécologue ou le rachat de sous-vêtements et de linge de lit. 

Thomas Gravereau l'illustrateur, qui a des tampons chez lui, relaie aussi les réactions étonnées de ses proches : "Ça m'a toujours amusé de voir la réaction de mes amis qui me posaient la question : 'Thomas, pourquoi t'as des tampons dans tes toilettes ?', comme si ce n'était pas quelque chose de normal. Je leur ai toujours répondu : 'Pourquoi je n'en aurais pas ?' Je reçois des amies qui ont leurs règles chez moi, pourquoi ne pourrais-je pas avoir à disposition des tampons pour les dépanner ?"

Une gêne contre laquelle souhaite lutter l'association Règles élémentaires : "Si les règles sont naturelles, un tabou les entoure encore. La peur et la gêne d’en parler entraînent un manque d’informations chez les femmes, et plus particulièrement chez les adolescentes."

Quatre mesures pour en finir avec la précarité menstruelle

"Le chemin à parcourir est encore long. À Règles élémentaires, on prône quatre mesures pour mettre fin à la précarité menstruelle", rapporte Tara Heuzé-Sarmini. "Premièrement, la mise à disposition gratuite des produits de qualité dans des lieux clé, comme les foyers d'hébergement et les établissements scolaires." 

"Puis, la mise en place de bons d’achat pour les personnes en situation de précarité. Un élargissement, aussi, de la prise en charge par les mutuelles. Enfin, l’installation massive de distributeurs payants de produits d’hygiène intime dans les lieux publics."

"La parole autour des règles est passée de l'indicible au dicible"

"Je crois que pour le coup, les féministes ont beaucoup combattu pour qu’on arrête de le cacher. La parole autour des règles est passée de l’indicible au dicible", estime Mélanie Jaoul, maitresse de conférence en droit à l’université de Montpellier. La militante féministe a mis en place dans deux toilettes de l'université des boîtes, qu'elle achalande régulièrement, où celles qui le veulent peuvent mettre à disposition des serviettes hygiéniques : "Si dans n’importe quel établissement il y a des serviettes à disposition, ça ne devient plus un problème, il faudrait permettre un accès gratuit. C’est quand même fou que, pour quelque chose qui impacte 52% de la population, il y ait 30 à 40% de précarité menstruelle."

Dans un rapport publié en février, les députées Laëtitia Romeiro Dias (LREM) et Bénédicte Taurine (LFI) préconisaient l'installation de distributeurs de protections menstruelles dans certains lieux publics, auxquels les femmes sans domicile pourraient avoir accès grâce à des cartes prépayées.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.