La Loi de programmation militaire 2014-2019 présentée aujourd'hui en conseil des ministres prévoit des suppressions de postes pour participer à l'effort de redressement des finances publiques. L'armée tiendra néanmoins son rang promet le gouvernement.

l'armée française va perdre près de 34.000 postes dans les six prochaines années
l'armée française va perdre près de 34.000 postes dans les six prochaines années © reuters

Avec ses 280 000 emplois, la France est à ce jour la deuxième armée d'Europe après celle du Royaume-Uni. Elle va en perdre 23 500 comme le prévoit le Livre Blanc, auxquels viendront s'ajouter 10.175 postes restant à supprimer au titre de la précédente réforme. Le total de suppressions de postes s'élèvera donc à 33.675 à raison d'environ 7.500 suppressions de postes par an dans les premières années. Selon le ministre des armées Jean-Yves Le Drian, la France tiendra sa place.

S'il y a des réductions d'effectifs, elles seront moins importantes que la période précédente, elles seront difficiles, mais elles permettront d'avoir une armée certes plus compacte mais tout aussi performante.

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Les forces de combat seront relativement préservées puisqu'elles ne perdront qu'environ 8.000 postes, soit un tiers du total des suppressions supplémentaires prévues par la loi de programmation. Les quelque 16.000 postes restants seront prélevés dans les emplois administratifs.Le projet de loi, qui sera débattu par le Parlement à l'automne et que le gouvernement espère faire adopter avant la fin de l'année, a fait l'objet d'un bras de fer entre le ministère de la Défense, soucieux de conserver une armée opérationnelle, et ceux de l'Economie et du Budget, préoccupésavant tout par la nécessité de réduire les déficits.

Pas le pire scénario envisagé

Servi par le succès de l'intervention militaire française au Mali, le ministère de la Défense a réussi à convaincre Bercy de faire preuve de retenue et de remiser dans un tiroir le fameux "scénario noir".Ce dernier prévoyait la vente du porte-avions Charles de Gaulle, la suppression de 30 régiments, l'arrêt des chaînes de l'avion de combat Rafale de Dassault Aviation et l'abandon de l'avion de transport européen A400M, développé par Airbus Military, la filiale d'avions militaires d'Airbus (groupeEADS ). Si cette perspective, dont la simple évocation a permis de rendre la pilule moins amère, a été écartée, le mérite en revient en partie au lobbying actif des cercles militaro-industriels et des parlementaires de tous bords, écologistes exceptés, qui avaient menacé de ne pas voter lebudget de la Défense s'il tombait sous la barre des 1,5% de PIB.

Hervé Morin, président du Nouveau Centre et ancien ministre de la Défense entre 2007 et 2010, était l'invité du journal de 13h de France Inter.

On va vers une armée qui aura progressivement de moins en moins de moyens

Ce budget sera finalement gelé à hauteur de 31,4 milliards d'euros pour les trois prochaines années, soit son niveau 2013, représentant 11,3% du budget total de l'Etat. Les ressources consacrées à l'effort de défense sur la période 2014-2019 sont chiffrées à 190 milliards d'euros - 183,9milliards provenant de crédits budgétaires et 6,1 milliards de ressources exceptionnelles. Ces dernières proviendront notamment de la cession de biens immobiliers et de participations de l'Etat dans des entreprises publiques ainsi que de la vente de nouvelles fréquences très recherchées par les opérateurs de téléphonie mobile dont le produit, estimé à plusieurs milliards d'euros, reviendraintégralement au ministère de la Défense.

effort de l'armée
effort de l'armée © reuters / reuters

Les projets maintenus

Des programmes importants sont maintenus, notamment la modernisation d'un parc de blindés vieillissant, l'arrivée de nouveaux Rafale ainsi que celle, longtemps différée, de l'A400M, dont l'armée française prend livraison ce vendredi de son premier exemplaire. La loi de programmation met également l'accent sur les forces spéciales, dont les effectifs seront augmentés de 1.000 hommes, et définit clairement la cyberdéfense, champ stratégique majeur dans les conflits modernes, comme une priorité.La dissuasion nucléaire, d'un coût estimé à environ 3,5 milliards d'euros annuels, est sanctuarisée dans ses deux composantes, sous-marine et aéroportée. Certains cadres de l'armée et acteurs des industries de défense n'en estiment pas moins que dans un contexte de récession, il conviendrait de rééquilibrer la balance en faveur du secteur conventionnel, par exemple en ne conservant que lacomposante sous-marine de la dissuasion. La persistance des contraintes budgétaires pourrait ainsicontraindre François Hollande, qui a gagné ses galons de chef militaire grâce à l'opération Serval au Mali, à rouvrir ce débat, estime Pierre Servent, l'un des meilleurs experts français des questions de défense.

Le projet de loi de programmation 2015-2019 dans son intégralité ici

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