[scald=107459:sdl_editor_representation]par Marion Douet

PARIS (Reuters) - Les armes du tueur responsable de la mort de sept personnes à Toulouse et Montauban sont parmi les plus fréquentes sur le marché illégal en France, qui pourrait totaliser environ 3 millions d'armes à feu contre 7,5 millions sur le marché légal.

Mohamed Merah, qui a été abattu jeudi par la police, détenait plusieurs pistolets mitrailleurs et automatiques, dont un pistolet mitrailleur Sten, un uzi, une kalachnikov mais aussi un colt 45, selon les autorités.

Mêlant armes anciennes et plus modernes, cet ensemble hétéroclite ne peut-être obtenu en France que par le biais de réseaux mafieux, selon plusieurs spécialistes du dossier interrogés par Reuters.

"Le colt 45, c'était l'arme de prédilection des truands dans le sud-est de la France", explique François Thévenot, secrétaire national de l'Union syndicale des magistrats (USM) qui a couvert des affaires de grand banditisme à Nice dans les années 90.

"Cette arme américaine a été fabriquée à des millions d'exemplaires (...) et diffusée massivement pendant la Seconde Guerre mondiale, notamment par la Résistance", précise-t-il.

Comme la Sten anglaise, le colt 45 a continué à circuler en France depuis la guerre, notamment chez les collectionneurs ou des familles ayant des parents militaires ou résistants.

"Par contre, il y a 20 ans, on ne trouvait pas une kalachnikov sur le marché noir", ajoute François Thévenot.

Les armes de Toulouse, notamment la kalachnikov, sont parmi celles qui apparaissent le plus fréquemment dans les trafics, selon le député Claude Bodin (UMP), co-signataire d'une réforme des armes à feu qui vient d'être adoptée.

"Ce sont des armes qui viennent des Balkans, qui transitent par l'Italie, puis entrent en France par le sud-est du pays. Ensuite elles se dispersent sur le territoire. C'est un trafic diffus", a-t-il ajouté.

Une réforme des armes à feu publiée le 7 mars durcit les sanctions pour détention illégale et actualise une législation qui datait en partie de 1939.

UNE KALACHNIKOV POUR 1.500 EUROS

Interrogé sur la façon dont Mohamed Merah a pu se procurer ses armes, François Thévenot estime que l'offre est abondante mais que seule l'enquête déterminera comment le tueur de Toulouse a constitué son propre stock.

"Il y a des gens qui cherchent ce genre de chose, c'est la loi de l'offre et de la demande, malheureusement. Et encore plus qu'avec cette affaire (Toulouse), on l'a vu à Marseille ces derniers mois", souligne-t-il.

Dans la cité phocéenne, où une vingtaine de règlements de comptes ont fait 16 morts et 13 blessés en 2011, les armes traditionnelles s'effacent devant les armes de guerre, selon David-Olivier Reverdy, secrétaire régional du syndicat Alliance.

"A Marseille et dans sa région, la quasi-totalité des règlements de comptes sont réalisés à l'arme de guerre. Elles prennent le pas sur les armes de poing", a-t-il dit à Reuters. "Dans les cités, si on n'a pas une 'kalach ' on est un peu ringard."

Un constat étayé selon lui par les saisies d'armes.

En janvier 2012 a eu lieu selon Alliance "l'une des plus grandes saisies en France" d'armes de guerre : dix kalachnikov et chargeurs conditionnés pour la vente ont été retrouvés dans une voiture.

D'origine israélienne, l'uzi apparaît en revanche beaucoup moins répandu et plus cher - une kalachnikov serait estimée à environ 1.500 euros -, selon plusieurs sources.

COLLECTION ET MUTUALISATION

Plus de 2,1 millions de détenteurs légaux d'armes sont recensés au sein du fichier Agrippa depuis 2004 par le ministère de l'Intérieur.

Selon lui, 3,5 millions d'armes soumises à déclaration et 4 millions d'armes non soumises à déclaration, essentiellement des armes de chasse qui doivent néanmoins être enregistrées auprès de la préfecture et liées à l'obtention d'un permis, circulent légalement en France aujourd'hui, soit 7,5 millions au total.

Environ 18.000 personnes interdites de détention sont quant à elles comptabilisées au sein du fichier Finadia.

Sur la base de ces chiffres, plusieurs spécialistes estiment que 10 millions d'armes légales et illégales circulent en France aujourd'hui, certains allant jusqu'à 15 millions.

En charge de ce sujet auprès du ministère - qui dit ne pas disposer du chiffre -, l'Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO) n'a pas donné suite aux demandes d'interview.

"Le chiffre de 10 millions n'est pas surréaliste, en comptant les armes de collection, dont une partie est inutilisable", estime notamment Thierry Coste, secrétaire général du Comité Guillaume Tell, qui regroupe l'ensemble des utilisateurs légaux d'armes à feu en France (armuriers, chasseurs et tireurs sportifs).

"Au final, les armes détenues par les malfrats ne sont pas en quantité si importante. D'ex-Yougoslavie, ils n'en remontent pas 5.000 dans les voitures mais 1,2,3 ou 4", ajoute-t-il.

Par ailleurs, la mutualisation des armes de guerre est un phénomène important dans le marché illégal qui contribue fortement à l'impression de multiplication, selon le député Claude Bodin, qui a co-rédigé la nouvelle réglementation.

"Vous pouvez avoir dans une cave 10 ou 15 armes illégales qui servent à plusieurs bandes, à des moments différents. C'est cette mutualisation qui donne l'impression qu'elles sont extrêmement nombreuses", souligne le député du Val-d'Oise.

Avec Jean-François Rosnoblet à Marseille, édité par Yves Clarisse

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