Sainte-Anne, un nom que tout le monde connait et qui est passé dans le langage courant pour désigner un lieu où s'exerce la folie. Cet hôpital psychiatrique parisien est sans doute le plus connu de France. Pourtant, cette fois-ci, il ne sera pas question de recherche ou de traitement mais d'art.

Sans titre Aquarelle sur papier, 22,5 x 28,3 cm n°0051 de Gilbert Legube réalisée 8 juillet 1950
Sans titre Aquarelle sur papier, 22,5 x 28,3 cm n°0051 de Gilbert Legube réalisée 8 juillet 1950 © © Dominique Baliko MAHHSA-CEE

L’exposition De l’art des fous à l’art psychopathologique propose des œuvres au musée de Sainte-Anne qui fait partie des musées de France. Ces peintures ont été réalisées par des personnes hospitalisées. 

Fikaïte – Sans date Sans titre Crayon noir, crayon de couleur et pastel sur papier, 24,5 x 31,5 cm n° 0477
Fikaïte – Sans date Sans titre Crayon noir, crayon de couleur et pastel sur papier, 24,5 x 31,5 cm n° 0477 / © Dominique Baliko MAHHSA-CEE

En 1950, Sainte-Anne accueillait le premier congrès mondial de psychiatrie couplé à une première exposition d’art. On parlait alors "d’art des fous", puis "d’art brut ", c’est devenu très à la mode d'ailleurs avec des toiles qui se vendaient très cher parce que la psychiatrie intrigue et fascine. Est-ce qu’on allait voir sur ces tableaux, les tréfonds des âmes tourmentées des malades ?

Pour Anne Marie Dubois, responsable scientifique du musée, ce serait une fausse approche : 

"Les patients réalisent des choses avec leurs parties saines pour se construire un monde idéal et pas forcement pour projeter sur une feuille les affres de leurs angoisses ou de leurs déstructurations. C'est au contraire un moyen de se reconstruire au travers d'un objectif artistique. Les œuvres sont de style totalement différent. Certains sont typiques de 1950, du cubisme. On repère des styles inscrits dans leur histoire. Nous, en tant que médecins, on essaie de faire en sorte que plus personne n'associe l'œuvre à la maladie, mais les psychiatres des années 50 et sans doute d'autres encore maintenant, le disent. D'où ce terme 'd'art psychopathologique' qui était très à la mode pendant les années 50."

Anna Hackel (Bohême) – 10 mai 1931 Sans titre Crayon noir et crayon de couleur sur carton, 30 x 22 cm n°0302
Anna Hackel (Bohême) – 10 mai 1931 Sans titre Crayon noir et crayon de couleur sur carton, 30 x 22 cm n°0302 / © Dominique Baliko MAHHSA-CEE

Dans ce musée, 120 œuvres sont exposées. Anne-Marie Dubois s’est arrêtée devant celle qui fait tout un pan de mur. Son auteur a été longtemps hospitalisé, comme c’était le cas dans les années 50 : "On voit des volcans et des paysages, mais quand on s'approche, on voit des détails tout à fait étonnant. C'est une série qui faisait dire aux psychiatres des années 50 que c'était 'de l'ordre de la stéréotypie', 'd'une action répétitive et sans sens'. C'est totalement à l'opposé de ce que l'on voit, c'est à dire une recherche dans une série de productions, comme Dali avait fait 46 Ménines ou Monet ses cathédrales de Rouen...Quand on veut voir quelque chose de pathologique, on le voit. En revanche, si on a un regard centré sur le processus de création, on ne voit pas la même chose.

Visite guidée en images par Anne-Marie Dubois :

Vous l’aurez compris, laissez vos a priori à la porte... On vient voir des œuvres, point. Il se trouve qu’elles ont été réalisées par des personnes qui, un temps, ont souffert de maladie mentale.

Cette exposition est visible jusqu’au 22 décembre au Centre d’Etude de l’Expression MAHHSA, Musée d'Art et d'Histoire de l'Hôpital Sainte-Anne, 1 rue Cabanis dans le 14e arrondissement de Paris. 

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