Trois mois après le déconfinement, les attentions, les petits services entre voisins se font plus rares. Mais l'association "Voisins solidaires" compte bien y remédier, et prolonger la solidarité née durant le confinement. Entretien avec Atanase Périfan, son fondateur.

Atanase Périfan, fondateur de l'association "Voisins solidaires" et créateur de la fête des voisins.
Atanase Périfan, fondateur de l'association "Voisins solidaires" et créateur de la fête des voisins. © Maxppp / Frederic DUGIT

Qu'en est-il, trois mois après le déconfinement, des manifestations de solidarité entre voisins, de ces petits services rendus durant la crise sanitaire ? Fin de confinement oblige, ils sont en recul. Seuls 25% des voisins solidaires continuent ainsi de pratiquer des gestes d'entraide, rapporte Atanase Périfan, président de l’association "Voisins solidaires". Mais pour maintenir et raviver cette solidarité, celui qui a également fondé la fête des voisins, ne manque pas d'idées. Lancement d'une "heure civique", boîte à idées, mise en place d'un "kit emploi" : tour d'horizon des dispositifs dans les tiroirs.

FRANCE INTER : On a constaté un gros élan de solidarité entre voisins durant le confinement. Mais est-ce que cette solidarité perdure chez les Français ?

ATANASE PÉRIFAN : "On a effectivement assisté à un tsunami de solidarité lors du confinement. Des millions de personnes qui ont aidé leurs voisins âgés à faire les courses, aller porter des blouses ou des masques dans les hôpitaux. Puis, on a mesuré, et on s’est rendu compte qu’un mois après le déconfinement, 50% des gestes de solidarité avaient disparu*. Les gestes liés au coronavirus se sont peu à peu éteints. Trois mois après, on se rend aussi compte qu’il n’y a plus que 25% des personnes qui continuent d’avoir des gestes d’entraide et de solidarité. 

C’est compréhensible, parce qu’il n’y a pas une nécessité aussi urgente que pendant le coronavirus. Maintenant les personnes âgées peuvent par exemple aller faire leurs courses seules. Dans les hôpitaux, les services d’urgence ne sont pas débordés, donc pas besoin de leur apporter à manger ou des blouses. Les trois quart des gestes de solidarité qui ont eu lieu pendant le confinement étaient liés directement au Covid-19, qui est aujourd’hui moins actif."

Qu'allez vous donc mettre en place pour fortifier et prolonger cette solidarité, éviter qu’elle ne s’éteigne ?

"Plein de choses ! D'abord, on va lancer dans les jours qui viennent ce qu'on a appelé l' "heure civique". L’ "heure civique" consiste à proposer à chaque Français de donner une heure par mois, pour une action d‘intérêt général, de solidarité de proximité. Une heure par mois, ce n’est pas beaucoup. 

On va dans ce sens créer une boîte à idées, avec 100 suggestions de gestes solidaires. Ça peut être d’aller faire les courses pour une personne âgée, aller bricoler chez la mère célibataire du 3e, aider un enfant à faire ses devoirs… On va en fait prolonger ce qu’on a fait avec le kit coronavirus - 1 million de téléchargements - qui facilitait l’entraide entre voisins durant le confinement.

Nous avons aussi pour projet de mettre en place un "kit emploi". Comment un habitant va pouvoir mettre au service de ses voisins son réseau relationnel ? Comment imprimer le CV d’un de nos voisins qui recherche un emploi ? Il faut aussi que tout le monde se mobilise pour gagner ce combat contre le chômage, parce que ça va être l’un des sujets cruciaux de la rentrée."

Ça fait beaucoup ! Qui, concrètement, va vous aider à mettre tout ça en place ?

"Nous avons un programme national de mobilisation solidaire qui s’appelle "Territoires engagés", lancé il y a quelques semaines par Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des territoires. Avec l’Assemblée des départements de France, nous avons lancé un programme "Départements solidaires". Avec les mairies, nous lançons un programme "Villes solidaires". Si on marie l’institution, sa force, avec l’énergie de la société civile, on va pouvoir construire des politiques publiques différentes."

Cet élan de solidarité, c’est l’un des points positifs, si l’on peut dire, de la crise sanitaire ? 

"Cette crise sanitaire, qui a été terrible, a eu quelques effets positifs. Le principal, c’est cette vague de mobilisation. Le lieu de vie principal, c’était son domicile. Le mot « voisin » a pris une nouvelle teneur. Le mot de « solidarité » a repris du sens. Toutes ces initiatives spontanées vont perdurer. On va prolonger ces gestes dans une autre forme. On est certes moins présent chez soi, mais on va conserver le lien.

Lorsqu’on reviendra dans quelques mois ou quelques années un peu en arrière, on se rendra compte que cette crise du coronavirus a changé la relation entre les Français. Elle a redonné du sens, elle a permis à chacun de s’interroger, et surtout aux politiques publiques de retrouver du sens et de rependre une dimension humaine."

*Enquête menée sur un panel de 1 000 voisins solidaires, actifs durant la période de confinement

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