Bruno Lasserre, président de l'Autorité de la concurrence.
Bruno Lasserre, président de l'Autorité de la concurrence. © MaxPPP / Vincent Isore

Pas encore consommé que le mariage entre Canal + et BeIN Sports a déjà du plomb dans l'aile. Pour l'instant, l'Autorité de la concurrence s'y oppose. Un coup dur pour la chaîne cryptée qui comptait sur cette union exclusive pour se redresser.

L’Autorité de la concurrence a été sans appel : les conditions de l’accord signé entre Canal + et BeIN sports en février dernier ne sont pas satisfaisantes selon Bruno Lasserre, président de l'antitrust.

La réponse est non aujourd’hui pour lever une injonction qui interdit à Canal + de signer l’accord de distribution exclusive avec BeIN qu’il envisagé de signer.

Cet accord, qui prévoyait la diffusion en exclusivité des chaînes BeIN Sport en France par Canal +, devait permettre de redresser la chaîne cryptée, en difficulté ces dernières années. En cinq ans, elle a perdu 555 000 abonnements et rien que pourcette année, les pertes de Canal + se montent à 400 millions d’euros. Néanmoins, le groupe reste bénéficiaire et dispose toujours d’une offre sportive attractive. Les meilleurs matches des championnats de France de foot, la ligue des Champions, la coupe d’Europe de rugby, la Formule 1 ou encore, toutes les compétitions de handball.

Les raisons du refus de la levée des injonctions

L’Autorité de la concurrence avance trois raisons pour justifier son refus de lever les injonctions qui depuis 2012 empêchent Canal + de distribuer une chaîne sprotive. La première : c'est que Canal n'a pas démontré que depuis 2012 le marché des chaînes qui diffusent du sport a évolué au point de lui faire perdre toute position dominante. SFR a certes raflé en novembre les droits du championnat de foot britannique mais Canal et BeIN restent détenteurs à eux deux de 80% des droits sportifs. La deuxième raison c’est qu’un accord de distribution exclusif aurait affaibli les FAI, les fournisseurs d'accès aux box tel que Bouyques, Organe, SFR, qui auraient perdu de l'argent. Il faut savoir que les abonnés à BeIN représentent aujourd'hui un tiers des abonnés des FAI. Enfin, l'Autorité de la concurrence craint qu'à l'avenir BeIN et Canal ne s'entendent sur l'acquisition des droits, affaiblissant tous les autres et particulièrement l'accès aux droits des chaînes gratuites.

Le groupe Canal + a pris acte de cette décision.

La chaîne cryptée pourra retenter sa chance l'an prochain

Mais dans un an de toutes les façons , tout sera remis à plat puisqueles règles imposées à Canal depuis 2012 arriveront à échéance. La chaîne pourra donc retenter sa chance.

Certains analystes avancent tout de même que si l’alliance ne devait pas se faire, les choses ne seraient pas forcément catastrophiques. Pour diffuser en exclusivité les chaînes BeIN Sport et attirer de nouveaux abonnés, le groupe de Vincent Bolloré devrait verser de 300 à 400 millions d’euros, soit ce qu’il a perdu cette année, sans assurance de bloquer à l’avenir l’émergence de nouveaux concurrents.

Selon Les Echos, le mariage exclusif n’est pas la solution. Une union plus libre serait préférable.. Autrement dit, Canal + pourrait se contenter d’un accord sans exclusivité pour un prix bien moindre et ainsi retenter sa chance auprès de l’Autorité de la concurrence, comme l'explique son président, Bruno Lasserre.

Nous avons un autre rendez-vous, beaucoup plus important et stratégique qui est le réexamen d’ensemble des injonctions que nous avons imposé en 2012 lorsque nous avons réexaminé le rachat de TPS par Canal. Et donc nous disons à Canal : c’est dans ce cadre que nous allons définir les règles qui vont s’appliquer à vous pendant cinq ans et c’est dans ce cadre que vous devez nous présenter un projet qui puisse nous convaincre.

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