L'Ecosse devient le premier pays du monde à rendre les protections périodiques accessibles gratuitement. Les députés écossais ont voté ce mardi en faveur du texte qui permettra de lutter contre la précarité menstruelle.

Les protections périodiques seront désormais gratuites en Ecosse.
Les protections périodiques seront désormais gratuites en Ecosse. © Radio France / Stéphanie Berlu

C'est une première mondiale. Les députés écossais ont voté mardi soir l'adoption d'un texte de loi qui permettra à toutes les femmes du pays d'accéder à des protections périodiques gratuitement. Cette loi "révolutionnaire" selon la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon, a été votée à l'unanimité par les 121 membres du parlement local. 

Il sera donc désormais inscrit dans la loi la gratuité des tampons et des serviettes menstruelles. "Nous sommes tous d'accord pour dire que personne ne devrait avoir à s'inquiéter de ses prochains tampons ou protections réutilisables", a déclaré au Parlement la députée travailliste écossaise Monica Lennon, à l'origine de la proposition de loi. Le but de ce texte est en effet notamment de lutter contre la précarité menstruelle, soit le manque de protections périodiques.

Quatre ans de campagne

Rose Caldwell, directrice générale de l'organisation caritative Plan International UK a souligné l'importance de cette loi, expliquant qu'un "trio toxique" de problèmes provoquait la précarité menstruelle : le "coût des protections hygiéniques", le "manque d'éducation" et la "stigmatisation et la honte liée aux règles". Selon une enquête réalisée en 2017 par Plan International UK sur un échantillon représentatif de 1000 filles et jeunes femmes âgées de 14 à 21 ans, au Royaume-Uni, une sur 10 n'a pas les moyens d'acheter de protections menstruelles.

La campagne de Monica Lennon, qui a duré quatre ans, a reçu à l'origine une certaine opposition. La crainte principale : le coût de la mesure, estimé à 9,7 millions de livres (environ 11 millions d'euros) par an. Le gouvernement écossais et une large coalition de syndicats, d'organisations de femmes et d'associations caritatives ont soutenu le projet.

Sur Twitter, la députée a remercié "tous ceux qui ont fait campagne" ainsi que ses collègues parlementaires qui ont approuvé le texte. "C'est un jour de fierté pour l'Ecosse".

Dans les faits, comment ça va se passer ? 

Le gouvernement écossais devra désormais permettre à quiconque ayant besoin de tampons ou de serviettes partout en Ecosse de les obtenir gratuitement. Autrement dit, les protections périodiques ne seront pas gratuites dans les supermarchés.

Elles devront en revanche être disponibles gratuitement dans les bâtiments publics, y compris les écoles, lycées et universités, dans toute l'Écosse. Le gouvernement écossais s'appuiera pour cela sur les autorités locales, soit les 32 conseils du pays, pour s'assurer que les produits sont disponibles gratuitement et pour décider des modalités pratiques à mettre en place. 

Et en France ?

Rose Caldwell, directrice générale de l'organisation caritative Plan International UK, a salué le rôle "pionnier" de l'Ecosse sur cette question. "C'est un signal au monde qu'il est possible de mettre en place un accès universel gratuit aux protections périodiques", a souligné Monica Lennon.

En France, la distribution gratuite de protections hygiéniques est expérimentée dans plusieurs collèges et lycées ainsi qu'auprès des femmes en situation de précarité. Ainsi, des distributeurs de protections hygiéniques gratuites ont été installés dans les 25 résidences universitaires de Bretagne, à l'initiative du Crous. 

Au mois de mai, le gouvernement français annonçait "dès le mois de septembre 2020", l'expérimentation de la mise à disposition de protections hygiéniques gratuites "auprès d’élèves du second degré et d’étudiantes, de femmes détenues, de femmes précaires et sans abri." L'exécutif allouera un million d'euros pour lutter contre la précarité menstruelle.

Selon l’association Règles élémentaires, ce sont aujourd’hui 1,7 millions de Françaises qui sont victimes de précarité menstruelle. Si les estimations du coût des règles sont très variables, une enquête du journal Le Monde, calcule le coût des protections et antidouleurs à 7,50 euros par cycle pour une femme ayant des règles d’une durée et d’un flux "moyens", soit près de 3.800 euros pour une vie. 

Dans une autre enquête publiée au mois de mars 2019, L’Obs révèlait que dans certaines prisons, des détenues fabriquent des coupes menstruelles avec des bouteilles en plastique, un matériau coupant, parfois donc "au péril de leur santé".

Après des débats houleux, en 2016, la baisse de la TVA sur les protections périodiques avait finalement été votée, passant de 20% à 5,5%. La suppression de la "taxe tampon" avait dans un premier temps été rejetée par l’Assemblée nationale, avant d'être entérinée.

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