À Compiègne dans l'Oise, 60 patients sont décédés du Covid-19 depuis le début de l'épidémie. Dans un cimetière, les défunts sont inhumés presque à la chaîne, souvent sans leur famille. Selon le maire, le centre hospitalier a été confronté à un phénomène "inimaginable".

Le cimetière nord de Compiègne où actuellement les défunts sont inhumés presque à la chaîne, souvent sans présence de la famille
Le cimetière nord de Compiègne où actuellement les défunts sont inhumés presque à la chaîne, souvent sans présence de la famille © Crédit photo Agglomération de la Région de Compiègne

À Compiègne, 41 000 habitants, le premier cas avéré de coronavirus identifié date du 25 février 2020. Selon le maire de cette commune de l'Oise, Philippe Marini, le centre hospitalier a été confronté à un phénomène _"inimaginable"_, avec trois semaines d'avance sur la région Île-de-France par exemple. 

"Aucune idée de la manière dont on allait faire face"

Philippe Marini considère que son hôpital a été en quelque sorte un centre "expérimental" de ce que vit aujourd’hui le pays. Dans la première semaine, reconnaît-il,"on n'avait aucune espèce d'idée de la manière dont on allait faire face." L'hôpital de Compiègne, dont le territoire de santé concerne la ville et ses environs, soit 250 000 habitants, a enregistré depuis fin février 267 cas avérés de Covid-19. 60 patients sont décédés.

Philippe Marini a accepté d'ouvrir les registres de l'État Civil et de communiquer sur les décès dans sa commune, question délicate voire tabou pour d'autres municipalités qui ne souhaitent pas divulguer ces données par crainte d'ajouter de la panique à une situation déjà anxiogène. Pour la ville de Compiègne, le nombre des décès enregistré en mars 2017 était de 96. 107 en 2018. 110 en 2019. Pour mars 2020, il est de 184.

Le maire estime que le Covid-19 "y est pour quelque chose" mais que la surmortalité n’est pas en totalité due à l’épidémie : "Je peux faire une hypothèse - ce n'est qu'une hypothèse - c'est, mettons, une bonne moitié"

Une peur presque irrationnelle

En 33 ans de mandat à la tête de Compiègne, Philippe Marini, 70 ans, confie qu’il sent monter pour la première fois chez ses administrés une peur d’un nouveau genre. Presque irrationnelle. "Il est évident qu'en temps de paix, on n'a jamais vécu une séquence pareille. Ce n'est pas seulement une question de chiffres, c'est une question de mental. C'est l'anxiété qui est effectivement partout. C'est une relation à la mort que l'on n'a jamais connue. On vit avec une roulette russe sur la tempe, en quelque sorte." 

Cimetière fermé aux visiteurs

Au cimetière nord, dont les grilles sont fermées, les habitués qui viennent se recueillir sur les tombes de leurs proches disparus avant la crise sanitaire ont du mal à accepter l’interdiction d'entrer. Privées de leurs rituels, des personnes âgées sont désorientées et affectées. Le chagrin s’ajoute aux obsèques réalisées quasiment à la chaîne. 

Des morts inhumés sans leur famille : soit parce qu’elle ne peut se réunir au complet, soit parce que certains redoutent une contamination et préfèrent renoncer à se déplacer. La peur, encore, d’être le prochain numéro sur la liste.

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