EDF annonce ce 25 juillet de nouveaux retards et surcoûts pour le réacteur nucléaire. Énième report dans la Manche... comme ailleurs dans le monde.

La mise en service de l'EPR de Flamanville est reportée d'au moins un an, à fin 2019. Des "écarts de qualité" sur des soudures de tuyauterie entraînent un surcoût de 400 millions d'euros.
La mise en service de l'EPR de Flamanville est reportée d'au moins un an, à fin 2019. Des "écarts de qualité" sur des soudures de tuyauterie entraînent un surcoût de 400 millions d'euros. © Maxppp / Philippe Chérel

Un seul EPR en service

  • Taishan 1 (Chine), apprendre des erreurs de Flamanville

C'est le premier EPR à fonctionner au monde alors qu'il est le dernier à avoir lancé sa construction, en 2009. Le 6 juin dernier, le directeur des projets nouveau nucléaire chez EDF, Xavier Ursat, annonce "une excellente nouvelle pour l'ensemble de la filière nucléaire française". Trois semaines plus tard, le réacteur chinois est couplé au réseau et produit de l'électricité, avec tout de même quatre ans de retard sur le planning initial.

Vue aérienne sur la centrale nucléaire de Taishan, ville de la province de Guangdong, sur la cote de la mer de Chine méridionale.
Vue aérienne sur la centrale nucléaire de Taishan, ville de la province de Guangdong, sur la cote de la mer de Chine méridionale. © AFP / Eyepress

Un autre EPR est en construction depuis 2010 sur cette même centrale nucléaire. Il doit être mis en service avant la fin de l'année 2018.

Des années de retard pour tous les chantiers en cours

  • Olkiluoto (Finlande), déjà 10 ans de retard

C'est le plus vieux chantier d'EPR. La coulée du premier béton a eu lieu en juillet 2005 pour une mise en service initialement prévue en 2009. Après plusieurs retards de travaux et différents contentieux entre le français Areva et son client finlandais, l'électricien TVO, le réacteur ne pourra finalement pas fonctionner avant mai 2019.

La facture initiale a presque triplé pour atteindre les 8,5 milliards d'euros. En 2006, l'autorité de sûreté finlandaise parlait déjà d'"impréparation" d'Areva et de "laxisme" dans "la qualité du travail, l'organisation et le contrôle des chantiers". Pour solder son litige avec TVO, Areva doit s'acquitter de 450 millions d'euros.

  • Flamanville (France), le chantier maudit

Après le nouveau report annoncé ce 25 juillet 2018, l'EPR de Flamanville prend déjà 7 ans de retard. Sa mise en service n'est pas prévue avant la fin de l'année 2019.

Depuis 2007, le chantier a été suspendu plusieurs fois. L'autorité de sûreté nucléaire a tour à tour relevé des piliers de béton percés, des anomalies dans la composition de l'acier de la cuve, ou encore des dysfonctionnements à la forge du Creusot. Cette fois, EDF annonce des "écarts de qualité" constatés sur des soudures de tuyauterie. 53 soudures doivent être refaites ou réparées sur les 150 réalisées.

L'électricien indique que "l'objectif de coût de construction est porté de 10,5 à 10,9 milliards d'euros". Il était initialement estimé à 3,4 milliards d'euros. Par la même occasion, le gouvernement confirme que ce retard supplémentaire "décale l'arrêt de la centrale de Fessenheim".

  • Taishan 2 (Chine), le prochain en service 

Six mois après la première coulée de béton de Taishan 1, sa construction commence (avril 2010). Comme son voisin, il a pris moins de retard que les EPR construits en Europe et sa production pourrait donc commencer avant la fin de l'année.

  • Hinkley Point (Royaume-Uni), deux chantiers tout frais
La dalle de béton d'un des EPR de Hinkley Point tout juste coulée.
La dalle de béton d'un des EPR de Hinkley Point tout juste coulée. © Maxppp / Ben Birchall

Après cinq années de négociations avec le gouvernement britannique, EDF a coulé le premier béton en mars 2017 en Angleterre. Les deux réacteurs ont depuis encore pris du retard dans leurs constructions. L'ONR (Office for Nuclear Regulation) s'inquiète donc des surcoûts que cela va engendrer. La mise en service n'est pas prévue avant 2025.

Huit autres projets de réacteurs…

Malgré les inquiétudes autour d'Hinkley Point, EDF pense pouvoir convaincre Londres de construire deux nouveaux EPR à Sizewell, sur la côte est de l'Angleterre. L'électricien estime que ce projet pourrait même coûter 20% moins cher que celui d'Hinkley Point. L'ingénierie et la certification ayant déjà été réalisées pour la centrale de la côte ouest.

Des indiens opposés à un précédent projet japonais de centrale nucléaire à Jaitapur.
Des indiens opposés à un précédent projet japonais de centrale nucléaire à Jaitapur. © Maxppp / Divyakant Solanki

EDF espère aussi construire le plus grand projet nucléaire au monde en Inde, avec la construction de six EPR à Jaitapur. La France et l'Inde ont déjà signé un accord de projet lors de la visite d'Emmanuel Macron à New Delhi, en mars 2018. Le président français espère désormais une signature définitive d'accord avant la fin de l'année.

… et des abandons

En 2015, après dix années de négociations, Areva et EDF suspendent leurs quatre projets d'EPR aux États-Unis. Trois ans plus tôt, l'Atomic Safety and Licensing Board concluait que les dispositions américaines interdisaient aux sociétés étrangères d'exploiter une installation nucléaire aux États-Unis.

Au rayon des abandons, également, un deuxième EPR à Flamanville, ou encore le projet de Penly, en Seine-Maritime.

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