En France, l'espérance de vie était de 47 ans en 1950 ; elle est aujourd'hui de 71 ans. Bonne nouvelle : elle augmente... "Bonne nouvelle", vraiment ? Est-ce qu'on gagne de "bonnes" années dont on profite ou des années où on est vieux, handicapés, sénile ?

L'espérance de vie augmente... est-ce que ça veut dire qu'on est vieux plus longtemps ?
L'espérance de vie augmente... est-ce que ça veut dire qu'on est vieux plus longtemps ? © Getty / Hero Images

Interrogé sur France Inter au micro d'Ali Rebeihi, le philosophe Pierre-Henri Tavoillot estime que l'espérance de vie ne se gagne pas "uniquement à la fin"

Il note par exemple que la jeunesse s'est considérablement élargie : l'âge d'accès à l'âge adulte est devenu beaucoup plus long. La vieillesse aussi s'est allongée ; les phases de transition sont, elles aussi, toutes beaucoup plus longues.

Vivre plus longtemps, mais surtout, vivre mieux

On est vieux plus longtemps... encore faut-il pouvoir pouvoir profiter de ce "rab". Cette nuance est importante ; elle a été prise en compte au niveau des statistiques démographiques : dans les années 1990 a été créé "l'indice des années de vie en bonne santé" (également appelé "espérance de vie sans incapacité"). 

Certains populations semblent plus épargnées que d'autres par les maladies liées à la vieillesse, par exemple des habitants d'Okinawa, de Sardaigne ou de Californie. 

Des chercheurs les ont étudiés, cinq facteurs sont ressortis :

  • l'absence de consommation de tabac
  • un exercice physique régulier
  • une nourriture équilibrée, pas trop riche en graisse ou en sucre
  • le lien familial
  • un engagement social

Des pistes pour lutter contre le vieillissement

Non seulement nous vivons plus vieux, mais nous sommes aussi en bien meilleure santé que les générations précédentes. Peut-on aller plus loin et faire reculer la vieillesse ? 

Pour certains, la vieillesse elle-même est une maladie. On vous en avait déjà parlé sur France Inter : des chercheurs ont peut-être découvert une sorte d'élixir de jouvence, la metformin, une molécule présente dans un médicament contre le diabète qui aiderait à lutter contre le vieillissement. 

Le vieillissement en lui-même n'est pas une fatalité puisqu'il ne concerne pas tous les êtres vivants. Un vétérinaire de Maison Alfort, émerveillé par le rat taupe nu, explique au micro de Daniel Fiévet sur France Inter : "Le rat taupe nu est une petite souris qui vit en Afrique de l'Est (Somalie, Ethiopie) et qui vit trente ans en bonne santé. D'habitude, une souris vit deux à trois ans. C'est comme si, nous humains, on vivait 600 ans en bonne santé. Jamais de cancer, équivalent d’Alzheimer, ou maladie cardiovasculaire. Pas de vieillissement. Quand on lui implante des tumeurs cancéreuses même violentes, il les rejette. Il résiste au cancérigène. Cette petite souris tient la clef de ce qui nous fera tous mourir un jour... _si on trouve cette clef, on fera un bon de géant pour la santé_." 

Il existe même des êtres vivants qui ne vieillissent pas : l'hydre se renouvelle en permanence, on la dit "immortelle" grâce à sa grande capacité de régénérescence.

Tuer la mort ?

L'immortalité, la vraie, celle qui fait que non seulement on ne vieillit pas mais on ne meure jamais non plus : est-ce une utopie ? Pas pour certains. 

Des entreprises aux moyens financiers considérables, comme Google, dépensent sans compter pour tenter d'accéder à l'immortalité. Pour Raymond Kurzweil, ingénieur en chef chez Google, l'homme pourra télécharger son cerveau dans un ordinateur en 2030 : "nous aurons des nano-robots, ils entreront dans notre cerveau à travers nos vaisseaux capillaires et connecteront simplement notre néocortex à un néocortex synthétique dans le cloud, nous en fournissant ainsi une extension. Nous disposerons d’un système de pensée hybride fonctionnant sur des composants biologiques et non biologiques".

Des hommes qui vivent plus longtemps ; des ressources planétaires qui s'épuisent

Mais si l'Homme vit plus longtemps, cela signifie aussi que nous sommes de plus en plus nombreux sur Terre... ce qui n'est pas sans conséquences sur les ressources de la planète. Ecoutez le (passionnant) philosophe Michel Serres au micro de François Busnel :

Chaque progrès a un coût ! [...] L'augmentation de l'espérance de vie a eu plusieurs inconvénients, par exemple la hausse extraordinaire de la démographie mondiale.

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Michel Serres : "Le progrès a un coût"

Nous sommes déjà trop nombreux pour vivre avec les ressources de la planète (rappelons qu’il nous faut aujourd'hui plusieurs planètes par an pour subvenir à nos besoins). Reste à déterminer si le fond du problème, c'est une question de nombre d'êtres vivants, ou de façon de consommer... 

Et si on se trompait d'objectif ?

Pour Pierre-Henri Tavoillot, le problème du vieillissement et de la mortalité se situe en réalité ailleurs. Il l'explique au micro d'Ali Rebeihi : "si on prend un peu de recul, c'est vrai que l'homme est mortel. Mais cette mortalité, ce n'est pas simplement parce que l'homme va mourir, c'est aussi parce qu'il est incapable d'habiter le présent. Il est taraudé sans arrêt par la nostalgie ou les regrets qui l'empêchent de vivre le présent, ou par l'espoir / la peur du futur. Et quand il vit le présent, il s'emmerde ou il souffre.

L'homme est mortel parce qu'il est incapable de vivre la courte vie qu'il a.

Pour lui, seuls deux éléments offrent une libération à cette prison psychologique : la grâce... et le travail. 

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