Le moteur de recherche, qui veut proposer une alternative à Google, a été critiqué pour sa fragilité financière et son rapprochement avec l'américain Microsoft, mais Qwant persiste et signe. L’État assume son soutien à cette start-up considérée comme le seule répondant à ses exigences.

Qwant est un moteur de recherche créé en France en 2013
Qwant est un moteur de recherche créé en France en 2013 © AFP / Eric PIERMONT

Après six ans d'existence, Qwant compte 130 collaborateurs, est installé à Paris, Nice et Ajaccio (pour Qwant Music). La société vient de fêter cet anniversaire pendant deux jours à Marseille et de lancer une alternative à Google Maps, avec Qwant Maps. Qwant Maps est équipé d'une technologie qui garantit, selon son co-fondateur Eric Léandri, que toutes les données de navigation restent à l'intérieur du smartphone et ne sont jamais aspirées par le moteur de recherche. Elles ne serviront donc pas à envoyer des publicités ciblées, par exemple (comme le fait Google Maps), en fonction des adresses désignées en "favoris".

Qwant avance, et rappelle que son moteur de recherche, qui respecte la vie privée, est installé par défaut dans les bureaux de 10 régions françaises, que Qwant Junior (pour les enfants) a été adopté par 11 académies sur 17, que de grandes banques et assurances l'adoptent. Les bonnes nouvelles de son développement reviennent régulièrement par communiqués de presse. 

Toutefois une enquête du Figaro publiée cette semaine montre la fragilité et les difficultés financières de Qwant. L'entreprise n'a réalisé que cinq millions d'euros de chiffres d'affaires en 2018 alors qu'elle se veut une alternative au géant Google (136,22 milliards de dollars de chiffre d'affaire en 2018). Par ailleurs elle accuse des pertes importantes d'année en année. Le Figaro rappelle les pannes de serveurs de 2017 et sa dépendance à l'américain Microsoft. 

Le soutien de l'État confirmé

Malgré cela, une source proche du secrétaire d'État chargé du Numérique, nous assure que l'Etat français entend maintenir son soutien à Qwant et même l'assumer pleinement. 

Les services de Cédric O sont en train de vérifier une nouvelle fois que le moteur de recherche européen satisfait à toutes les conditions que la France veut imposer. Ces conditions sont la non-traçabilité des navigations des fonctionnaires, et une indexation autonome. L'audit en cours sera fait d'ici la fin de l'été, et à partir de la rentrée, les 20 millions de postes de l'administration devraient pouvoir être équipés du moteur de Qwant par défaut. Une bascule qui pourrait permettre d'augmenter considérablement le nombres de visites mensuelles du moteur (actuellement autour de 72 millions par mois).

Ce soutien de l'État serait-il du favoritisme ? Non, si l'on en croit l'administration, Qwant protège mieux les données personnelles que Bing, le moteur de Microsoft, ou que le méta-moteur américain Duckduckgo basé en Pennsylvannie, qui lui aussi défend la vie privée. C'est donc au titre d'une plus grande efficacité que l'administration française devrait choisir Qwant par défaut dans les mois qui viennent. Cette option "par défaut" n'empêche pas les fonctionnaires d'aller faire leurs recherches sur d'autres moteurs et notamment de continuer à fréquenter Google.

L 'indexation sur un cloud américain reprochée à Qwant

Parmi les critiques contre Qwant, il y a aussi son accord avec Microsoft et son cloud Azure. Eric Léandri, co-fondateur de la start up, se défend : "Nous nous servons de ce cloud uniquement pour améliorer nos résultats de recherche, et il faudrait que nous soyions débiles, chez Qwant, pour verser les données personnelles dans un cloud américain. Avec Microsoft, j’ai un accord mondial pour n'y indexer que les pages et ne pas mettre les données privées."

Qwant indexe actuellement 20 milliards de pages, et devrait, pour être un moteur complètement abouti, en indexer 100 milliards. Elle a donc besoin d'Azure pour indexer 80 milliards de pages supplémentaires.

Au secrétariat d'État au numérique, la question de l'indexation propre et autonome est importante, et on espère que Qwant va s'améliorer sur ce terrain. Une non-progression deviendrait problématique.

Financièrement, les mois à venir seront déterminants

Qwant a donc besoin de s'affirmer, et la start-up , évidemment, se voudrait licorne. Mais rappelle Eric Léandri, "les Gafa ne se sont pas faits en un jour, et on perdu beaucoup d'argent au début. Aujourd'hui encore, Google paye 12 milliards d'euros pour être installé par défaut sur Safari et assurer son hégémonie."

Avec 5 millions d'euros de chiffres d'affaires en 2018, Qwant espère faire un bond en 2019. C'est une course contre la montre pour continuer à grignoter avec des dents de souris l'énorme fromage sur lequel est assis le géant Google. 

"Vous verrez", dit Eric Leandri, "les moteurs de recherche, à partir d'une certaine part de marché, leur croissance s'accélère". "Je vise 10% du marché, soit 300 millions d'euros. Le soutien de l'Etat c'est bien, mais le marché est déjà très beau en soi". Et le patron de Qwant de rappeler que la souveraineté numérique, ça se paye. "Pour l''instant elle n'a pas coûté cher, au regard des milliards engloutis dans le développement de firmes comme Uber."

Au secrétariat d'État au numérique, on refuse de se prononcer sur les perspectives financières pour Qwant, entreprise du secteur concurrentiel. La société a bénéficié de fonds européens pour installer Qwant Music en Corse. La Caisse des dépôts et consignations a déjà investi 15 millions d'euros dans la start-up, séduite par l'enjeu de souveraineté numérique du projet. Interrogé par le Figaro, son directeur de l'investissement semble disposé à la suivre dans ses futurs investissements. Qwant espère lever 30 millions d'euros à travers des obligations convertibles. Nul ne sait aujourd'hui qui d'autre voudra bien parier sur l'avenir de Qwant.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.