En plein mois d'août, Airbnb lance en grande pompe son processus d'entrée en Bourse. Ce alors même que des villes comme Paris, Lisbonne et Amsterdam maintiennent, voire accentuent la pression sur la plateforme.

Plusieurs villes européennes imposent des restrictions de plus en plus strictes au géant des locations de tourisme.
Plusieurs villes européennes imposent des restrictions de plus en plus strictes au géant des locations de tourisme. © AFP / Riccardo Milani

C'est la fin de mois de rumeurs et d'incertitudes. Airbnb, la plateforme de location de logements entre particuliers, a lancé officiellement ce mercredi son processus d'entrée en Bourse. De quoi, peut-être, relancer le groupe, touché de plein fouet par la crise de Covid-19, qui a dévasté le secteur du tourisme. En 2020, Airbnb prévoit un chiffre d'affaires "de moins de la moitié" par rapport à celui de 2019. L'entreprise avait annoncé en mai le licenciement d'environ 25% de ses 7.500 employés. Une période compliquée à laquelle s'ajoute la croisade, toujours virulente, de grandes villes européennes contre la plateforme. Paris, Lisbonne, Amsterdam... même au cœur de l'été, la lutte contre Airbnb ne prend pas de vacances.

Paris souhaite "récupérer" les logements de location touristique

Paris est l'un des portes-étendard de la contestation contre Airbnb. Anne Hidalgo, la maire de Paris, déclarait encore le mois dernier dans le Parisien à propos des appartements Airbnb : "l'enjeu est de les récupérer". L'objectif est clair : remettre ces logements sur le marché de la location. Et la crise sanitaire n'y change rien : le référendum prévu en automne, qui vise à consulter les Parisiens pour voir "s'ils sont favorables à limiter la durée de location annuelle de ces appartements", est maintenu. La location est pour le moment plafonnée à 120 jours par an pour un résidence principale. 

Pour Ian Brossat - toujours adjoint au logement sous la nouvelle mandature - la crise du Covid-19 pourrait même pousser les propriétaires qui mettent leurs biens en location sur Airbnb à faire marche arrière, pour les remettre en location. L'élu, engagé de longue date pour désengorger la capitale des locations de vacances, compte aussi sur l'élection de nombreux maires socialistes et écologistes pour accentuer la pression sur la plateforme.

À noter, ceci-dit, une fleur accordée fin juillet aux 281 propriétaires assignés par la ville de Paris pour "location saisonnière illicite". Ian Brossat s'est dit prêt à abandonner les poursuites, mais à une condition : que ces propriétaires ouvrent des beaux longue durée (au moins 3 ans), à un loyer inférieur de 20% à ceux du marché ou respectant l'encadrement des loyers. À prendre donc, ou à laisser.

Lisbonne veut "se délivrer des Airbnb"

"La crise du coronavirus terminée, Lisbonne va se délivrer des Airbnb". L'affirmation, qui sonne comme une promesse, est du maire de la capitale portugaise, Fernando Medina. Dans une tribune début juillet, publiée dans le journal britannique The Independant, l'élu dit vouloir "transformer les locations de vacances à court terme en logements pour les travailleurs essentiels." Le plan, baptisé "Renda Segura" (revenu sécurisé), vise à convaincre les propriétaires lisboètes de remplacer leurs locations courtes par des locations longue durée, en leur payant jusqu'à trois ans de loyer à l'avance.

Lisbonne souhaite ainsi porter l'estocade aux plateformes de location touristiques, accusées de dénaturer de célèbres quartiers historiques comme Alfama, et  alors que le secteur est en chute libre à Lisbonne à cause de la crise du Covid-19. Une baisse de 95% entre mai 2019 et mai 2020, selon Bloomberg.

Amsterdam : Airbnb indésirable depuis le 1er juillet

La restriction, drastique, est entrée en vigueur cet été. Depuis le 1er juillet, relève l'agence Reuters, Amsterdam bannit la location de logements de vacances entre particuliers dans son centre historique. Et l'étau se resserre aussi dans le reste de la capitale néerlandaise : les locations seront autorisées uniquement avec un permis spécial, pour une durée de maximum de 30 jour par an et limitées à des groupes de 4 personnes maximum. 

La décision a été prise à la suite d'une consultation de la population et d’organisations locales. Résultat : 75% des 780 répondants étaient en faveur de la mise en place de règles plus restrictives, indique la municipalité. Selon les données communiquées par cette dernière, 1 logement sur 15 à Amsterdam est actuellement disponible sur une plateforme de location touristique. 

Berlin : gare à ceux qui dérogent aux règles

À Berlin, si vous souhaitez louer un appartement à des touristes, c’est un peu le parcours du combattant. Il faut demander une autorisation à son arrondissement, qui ne l’accorde pas systématiquement. S’il s’agit de votre logement, c’est moins compliqué, mais il faut tout de même vous inscrire. Les autorités vous attribuent alors un numéro, que vous devez obligatoirement faire figurer sur votre annonce. Mieux vaut ne pas déroger aux règles car l’amende est salée : jusqu’à 100 000 euros. Des sommes encaissées par la ville. 

Barcelone : un combat de longue date contre les plateformes de location

La lutte de la ville catalane contre Airbnb ne date pas d'hier. Depuis 2014, Barcelone mène sans relâche une politique contre la location de  logements aux touristes, ce qui inclut Airbnb. Le combat a été mené principalement sous l’égide d’Ada Colau, la maire, qui a fait de la lutte contre Airbnb et le tourisme de masse l’un de ses chevaux de bataille. 

Depuis 2014, les licences pour appartement touristique ne sont plus attribuées dans le centre-ville. En 2016, Ada Colau a constitué une équipe de "surveillants" qui passent les rues et les boîtes aux lettres au peigne fin. Un portail web a également été créé, pour que les habitants puissent rapporter directement une location touristique qui leur semble illégale.

L'appel de 22 villes européennes pour adopter une "meilleure législation"

Mais Paris, Lisbonne, Amsterdam, Berlin et Barcelone sont loin d'être les seules à avoir Airbnb dans le viseur. Début mars, 22 villes européennes ont ainsi pressé, dans un texte commun, la Commission et le parlement européen à adopter une "meilleure législation" sur les plateformes de location de meublés touristiques, dont la croissance réduit selon elles l'offre de logements abordables et la diversité sociale. Les signataires du texte : Amsterdam, Athènes, Barcelone, Berlin, Bologne, Bordeaux, Bruxelles, Cologne, Cracovie, Florence, Francfort, Helsinki, Londres, Milan, Munich, Paris, Porto, Prague, Utrecht, Valence, Varsovie et Vienne.

"Nous sommes inquiets pour la qualité de vie dans nos quartiers, tant la présence des meublés touristiques est devenue synonyme de nuisances dans l'espace public", expliquent ces 22 villes. En décembre déjà, huit villes européennes - Paris, Bordeaux, Amsterdam, Vienne, Bruxelles, Berlin, Munich et Barcelone - appelaient déjà l'Union européenne à réviser "en urgence" la réglementation sur les locations de courte durée.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.