Le personnel paramédical de tous les services d'urgences de l'AP-HP est appelé à la grève, dès dimanche soir, minuit. À l'origine, une première grève commencée le 18 mars à Saint-Antoine après cinq agressions de soignants dans la même nuit. Le personnel réclame une augmentation de salaire de 300 euros nets mensuels.

"Urgences en grève", les banderoles affichées depuis le 18 mars à l'hôpital Saint-Antoine
"Urgences en grève", les banderoles affichées depuis le 18 mars à l'hôpital Saint-Antoine © Radio France / Lisa Guyenne

Ce 14 avril au soir, l'ensemble des personnels paramédicaux de l'AP-HP est appelé à la grève. Les soignants rejoindront leurs collègues de l'hôpital Saint-Antoine, où 90 % des effectifs sont en grève depuis le 18 mars. Parmi ces premiers grévistes, Abdel, aide-soignant, qui réclame une revalorisation de son métier : "Les urgences, c'est la vitrine de l'hôpital. Tout passe par les urgences avant d'être dispatché dans les services. On demande à être reconnu comme tel."

Les urgences, une "loupe sur les inégalités de la société"

Car les urgences ne sont pas des services comme les autres, explique Inès, infirmière à Lariboisière, qui rejoint le mouvement ce 14 avril. "C'est une loupe sur les inégalités de la société. Nous accueillons les clochards, les SDF avec des problèmes de santé qui s'accumulent depuis des années, les femmes battues, les personnes qui se sont fait violer... Tout arrive dans ces urgences."

Un quotidien difficile à supporter, auquel vient s'ajouter le manque d'effectifs, qui entraîne des tensions avec des patients... de moins en moins patients, explique Christophe Prudhomme, médecin urgentiste en Seine Saint-Denis et délégué CGT. "On a des délais d'attente monstrueux, les gens attendent des heures, donc le ton monte. C'est insupportable pour les soignants. À la fin de la journée, ils ont l'impression d'avoir fait un travail de merde." "On se rend compte qu'il y a des personnes âgées qui restent 24 heures sur des brancards", confirme Stéphane, aide-soignant aux urgences de Tenon.

Manque de moyens et défauts de soins : un cercle vicieux

Conséquence de tout cela : des décès de patients - le dernier en date remonte au 17 décembre, à l'hôpital Lariboisière. Mais "il y en a eu d'autres, depuis, qui n'ont pas été médiatisés" affirme Christophe Prudhomme. À côté de cela, les agressions se multiplient : cinq soignants agressés par deux patients, la nuit du mercredi 10 avril, à La Pitié-Salpêtrière. Et, avant cela, une autre agression, le 13 janvier à Saint-Antoine, celle qui a déclenché le mouvement du 18 mars : "Nous n'avons pas été suffisamment épaulés par la hiérarchie", explique Abdel. "Mes collègues ont dû aller au commissariat en Uber pour porter plainte !"

Les personnels paramédicaux déplorent le cercle vicieux dans lequel ils sont pris : à cause de ces conditions de travail difficiles, les urgences peinent à recruter. Résultat : des sous-effectifs, qui plombent encore plus la situation. "Pour la première fois depuis un mois, on prend des médecins intérimaires à Tenon", explique Sébastien. "Certains ne connaissent pas du tout le service et viennent juste pour la journée, pour dépanner." Le bruit court également que les urgences de nuit de l'hôpital Antoine-Béclère, à Clamart, seraient menacées, faute de médecins.

Les exigences du personnel ont-elles des chances d'aboutir ?

Les paramédicaux espèrent donc que les 300 euros supplémentaires qu'ils demandent permette aussi d'attirer de nouveaux candidats, alors que les salaires actuels (entre 1 500 et 2 000 euros nets) manquent d'attractivité. "L'encadrement nous répète inlassablement qu'il y a des postes disponibles, et qu'on arrive pas à embaucher. 300 euros de plus, ça peut attirer des infirmiers et des aide-soignants", affirme Inès. 

Mais la demande du personnel semble avoir peu de chances d'aboutir : en début de semaine, la direction de l'AP-HP expliquait, dans un communiqué aux syndicats, être dans l'impossibilité de "créer une prime spécifique pour telle ou telle catégorie d'agents relevant du statut de la fonction publique hospitalière." La direction précisait, dans le même temps, accorder 45 emplois supplémentaires et renforcer les travaux visant à sécuriser les urgences.

Le personnel réclame un "plan national pour les urgences"

La grève illimitée commencée ce dimanche n'aura pas d'impact sur la qualité des soins, car les effectifs resteront les mêmes. Les grévistes comptent avant tout sur le soutien de la population, et pointent la nécessité d'un "plan national pour les urgences", face à des conditions de travail qui ne sont plus les mêmes depuis quelques années. 

"Il y a des urgences en grève partout en France : ça reflète un mal-être général", selon Jean-Baptiste, infirmier à l'hôpital Cochin. "Notre mission a évolué, et nous n'avons plus les moyens d'y répondre." En 1996, la France enregistrait 10 millions de passage aux urgences. En 2016, ce chiffre avait plus que doublé, passant à 21 millions.

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