Depuis début 2020, en un mois seulement, 160 syriens ont demandé l’asile en Guyane. Ils sont arrivés par le Brésil voisin pour gagner cette région française d'Amérique latine. L’an passé, bien que représentant moins de 10% des demandes d’asile, leur nombre a été multiplié par cinq.

Des demandeurs d'asile syriens dorment sous des tentes à Cayenne en Guyane, place des Amandiers
Des demandeurs d'asile syriens dorment sous des tentes à Cayenne en Guyane, place des Amandiers © Radio France / Rémi Brancato

C’est un lieu idyllique : des amandiers, qui donnent leur nom à la place, en front d’océan. Depuis quelques semaines, une vingtaine de tentes ont fait leur apparition, dans cet endroit apprécié des habitants de Cayenne. Elles abritent des Syriens, venus demander l’asile en France, après un parcours peu commun.

« J’ai vu des gens dire sur Internet que la France accueille des migrants en Guyane » raconte Ibrahim, 27 ans, syrien originaire de Homs. Il a quitté son pays pour le Liban, pour fuir la guerre. Après cinq ans difficiles, raconte-t-il, au Brésil, c’est la Guyane qui l’a attiré, espérant ensuite rejoindre la métropole.

Ibrahim, demandeur d'asile syrien, dans sa tente, à Cayenne, en Guyane
Ibrahim, demandeur d'asile syrien, dans sa tente, à Cayenne, en Guyane © Radio France / Rémi Brancato

La Guyane : une destination découverte via Internet

Pour l’heure, il prépare sa demande d’asile, six jours après son arrivée. Ses nuits se passent sous une tente, faite d’une simple bâche et sur un tapis de sport étendu sur une palette de bois. 

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ECOUTER - Des demandeurs d'asile syriens se sont installés place des amandiers, à Cayenne

Par Rémi Brancato

« Nous sommes venus pour demander l’asile, parce que la France est généreuse avec les migrants » avance Khadija, voile et tenue noire, qui serre l’une de ses filles dans ses bras. Cette syrienne a fui Idlib en 2013. Mais après cinq ans au Liban, l’état de santé de son mari, torturé par le régime, s’est aggravé et « les autorités libanaises faisaient de difficultés ». 

Alors la mère de famille se renseigne, sur le web, elle aussi, et découvre l’existence de la Guyane. La famille s’envole donc pour le Brésil, plus souple en matière de visa, et chemine de Sao Paulo vers l'Oyapock, ce fleuve qui sépare le territoire français du Brésil. A Saint-Georges, côté guyanais, des gendarmes remettent alors un laisser-passer et conduisent les demandeurs d’asile à Cayenne.

Vingt jours après son arrivée, Khadija « remercie les habitants », qui lui sont venus en aide. Ses filles et elles dorment désormais dans une mosquée ouverte par des fidèles, son mari, lui, est hospitalisé à Saint Laurent du Maroni. Un collectif citoyen s’est organisé pour les épauler.

Une tente de la place des amandiers, à Cayenne
Une tente de la place des amandiers, à Cayenne © Radio France / Rémi Brancato

Leurs dossiers administratifs ont ainsi été constitués, avec l’aide d’associations, dont La Cimade. "Au début, cela nous a étonné" reconnaît Mathias Géraud, président de l’association en Guyane, qui a vu arriver les premiers migrants syriens en 2015, alors qu'ils n'étaient que quelques-uns. "Mais on comprend tout à fait car beaucoup de pays européens ferment leur frontières et le seul moyen d’accéder à l’Europe est d’effectuer ce parcours très détourné, de faire des milliers de kilomètres pour finalement réussir à entrer en Europe" explique-t-il.

Cinq fois plus de Syriens en 2019

L’an passé, même s’il représentait moins de 10% des demandes d’asile de la région, le nombre de demandeurs d’asile syriens a été multiplié par cinq, s’élevant à 258. 160 ont déjà déposé leur dossier depuis début 2020. 

Face à cette situation, plusieurs organisations dont La Cimade et Médecins du Monde ont tenté de faire plier l’Etat en justice. Leur référé liberté, déposé au tribunal administratif lundi a été rejeté jeudi. Il visait à forcer la préfecture à héberger les familles à la rue.

Le préfet de Guyane a annoncé de son côté l’ouverture d’un gymnase, pour un hébergement uniquement nocturne et destiné à une cinquantaine de personnes, en priorité des familles, détaillent les associations.

Des demandeurs d'asile syriens dorment sous des tentes à Cayenne en Guyane, place des Amandiers
Des demandeurs d'asile syriens dorment sous des tentes à Cayenne en Guyane, place des Amandiers © Radio France / Rémi Brancato

Un manque d’hébergement pour tous les demandeurs d’asile en Guyane

« On comprend que des efforts sont faits mais ce n’est pas suffisant » dénonce Mathias Géraud, de La Cimade. « Ce problème d’hébergement des demandeurs d’asile est un problème qu’on dénonce depuis plus de 15 ans » ajoute-t-il : « notre politique c’est d’aider tout le monde : on parle des Syriens mais il y a aussi des demandeurs d’asile colombiens ou haïtiens », qui, pour beaucoup, vivent dans les quartiers d’habitat illicite et ne sont pas aussi visibles. Les associations réclament ainsi un « un plan cadre organisant l'hébergement de tous les demandeurs d’asile ». 

« En Guyane, on a une législation spécifique » dénonce enfin le président de la section locale de La Cimade. Le délai accordé aux demandeurs d’asile pour rédiger le récit de leur parcours est en effet réduit de 21 à 7 jours en Guyane, tout comme le temps possible du recours devant la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), passé de 2 à 1 mois, après un décret de 2018, ce qui, pour les associations, réduit considérablement les chances d’obtention du statut de réfugié pour les demandeurs.

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