Alors que le Plan Vélo, maintes fois repoussé par le gouvernement ces derniers mois, doit être finalement présenté ce vendredi, les militants cyclistes comptent beaucoup sur une mesure phare : l'indemnité kilométrique. Un système à la peine en France, mais qui a déjà fait ses preuves dans d'autres pays européens.

La France compte à peine près de 3% de 'vélotaffeurs' : ceux qui se rendent à vélo chaque jour sur leur lieu de travail
La France compte à peine près de 3% de 'vélotaffeurs' : ceux qui se rendent à vélo chaque jour sur leur lieu de travail © Getty / Nora Bo

C'est une petite mesure qui aurait pu avoir de grands effets : l'indemnité kilométrique vélo (IVK), évoquée d'abord dans la loi de Transition énergique pour la croissance verte en 2015, et qui est en réalité applicable par les entreprises depuis février 2016. Le principe est de rembourser les salariés qui se rendent à vélo sur leur lieu de travail, sur la base de 25 centimes par kilomètre. 

Cette indemnité était jusqu'ici plafonnée à 200 euros par an, et les sommes versées par l’employeur sont exonérées de cotisations sociales, quand celles reçues par le salarié, le sont de l’impôt sur le revenu. Ce vendredi, cette indemnité kilométrique devrait se transformer en "forfait mobilité durable", cette fois plafonné à 400 euros, mais qui ne sera pas obligatoire : en clair, il reviendra aux employés d'arriver à convaincre leur patron de bien vouloir l'appliquer. Pourtant, ce nouveau plan dévoilé pour le gouvernement vise à "multiplier par trois la part du vélo dans nos trajets, de passer de 2,7 % à 9 % en 2024".

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Trajet moyen de 5 km par jour pour les salariés français

Ainsi, pour un trajet moyen de 3 km aller et retour, effectué cinq fois par semaine, le salarié se voyait indemniser de 30 euros par mois : une solution gagnante pour tous, quand on sait que plus de la moitié des trajets quotidiens effectués par les Français ne dépassent pas 5 km.

Pourtant, deux ans après sa mise en application, cette mesure avait encore du mal à s'imposer auprès des employeurs français : jusqu'ici, seulement 85 entreprises de l'hexagone (dont seulement 3 de plus de 10 000 salariés ) l'ont adopté pour leurs employés, alors que le système est largement plébiscité dans d'autres pays européens. 

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"Je viens en vélo tous les jours, 22 km, ça le fait bien" : reportage chez des salariés qui profitent de l'IVK

Par Sandy Dauphin

Un rapport remis le 20 décembre 2017 à Elisabeth Borne, Ministre des Transports, explique :

Sa diffusion est freinée principalement par le fait qu’il s’agit d’un dispositif peu connu, avec un manque de mobilisation des employeurs, des modalités parfois complexes ou inadaptées, ou encore à cause de l’impossibilité de combiner IKV et remboursement d’une partie de l’abonnement transport en commun

Le rapport, orchestrée par Matthieu Orphelin, député du Maine-Et-Loire , poursuit : "Deux ans après la mise en place de cette mesure, moins de 1% des actifs français travaillent pour une structure qui propose l’IKV, contre 83% des actifs belges".

L'Europe du Nord, exemple à suivre

En Belgique, par exemple, cette indemnité kilométrique existe depuis 1997 : elle est fixée à 22 centimes, exemptée de charge ONSS (charges de sécurité sociale)  et d’imposition. Dans ce pays, comme dans d'autres voisins européens, un vélo de fonction peut être aussi  mis à disposition par  l'employeur pour ses salariés. Les Pays Bas, eux, avaient initié le mouvement deux ans plus tôt en 1995, avec une indemnité kilométrique de  19 centimes par kilomètre. Désormais des expérimentations y sont aussi en cours pour transformer les indemnités kilométriques en forfait mobilité global, qui ne dépendrait plus du mode choisi par le salarié. 

Dans ces deux pays, les indemnités kilométriques prévues pour les déplacements domicile-­travail s’appliquent également aux déplacements professionnels. De plus, au Royaume-­Uni et en Autriche, une indemnité kilométrique existe (entre 15 et 25 centimes) qui ne s’applique qu’aux déplacements professionnels. Et, comme en Belgique, les entreprises peuvent aussi bénéficier de subventions ou de défiscalisations  pour aménager des parkings, ou des douches pour leurs salariés cyclistes.

Le nerf de la guerre : de l'argent pour les pistes cyclables

En dehors de l'indemnité kilométrique, l'autre grand espoir des cyclistes militants est de voir le gouvernement français investir dans de nouvelles infrastructures urbaines destinées aux vélos : les associations attendaient au moins un chèque de 200 millions d'euros. Le gouvernement a opté pour un effort de 350 milllions d'euros....mais sur une période de 7 ans, à travers la création d’un Fonds national "mobilité actives". Pas sûr que cela contente les défenseurs du vélo, qui ont encore à l'esprit l'exemple de Berlin. 

La capitale allemande a entamé, il y a quelques mois, un grand plan vélo, avec la construction de douze nouvelles voies rapides réservées aux cyclistes, et qui relieront la ville à ses banlieues, avec des axes progressivement interdits aux voitures. Un virage radical pour Berlin, qui débourse 50 millions d'euros pour la première phase de son plan. Jusqu'alors, elle consacrait près de 3,70 euros par citoyen et par an à l'infrastructure vélo, soit cinq fois moins que les autres capitales d'Europe (Source, groupe de Petri). 

Le Danemark, lui, vient d'annoncer qu'il consacrait plus 10 millions d'euros sur son budget 2019 pour l'entretien des pistes cyclables, la construction de parkings à vélo ou le renforcement de la sécurité des pistes aux abords des écoles.

De la voiture au vélo, le Danemark a fait la bascule

Au Danemark, où s'est rendu Emmanuel Macron au mois d'août pour une balade à vélo en compagnie du Premier ministre Danois, le président français a pu constater le chemin parcouru par le pays : désormais le nombre de vélo en circulation (265 700) y dépasse celui des voitures (252 600).

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