La mortalité liée au virus du sida baisse et les séropositifs bénéficiant d'un traitement sont plus nombreux, révèle le rapport 2019 de l'OMS et de l'ONUSIDA. Mais les agences préviennent que l'épidémie de Covid-19 risque de violemment affecter ces avancées.

Une conséquence du coronavirus ; le défaut d'approvisionnement des médicaments utilisés pour lutter contre le sida.
Une conséquence du coronavirus ; le défaut d'approvisionnement des médicaments utilisés pour lutter contre le sida. © Getty / Vyacheslav Prokofyev

Ce sont des progrès en demi-teinte qui pourraient être durablement ébranlés par la crise du coronavirus. Entre 2010 et 2019, les nouvelles infections au VIH ont chuté de 39% dans le monde, selon un rapport publié lundi par l'Organisation mondiale de la santé et l'ONUSIDA (le programme des Nations Unies pour le sida). Malgré les 690 000 décès imputés au VIH en 2019, la mortalité a baissé. Elle est plus de deux fois moins élevée qu'en 2004, une année particulièrement meurtrière. Néanmoins, ces deux dernières années, le ralentissement de la diffusion de l'épidémie n'est pas à la hauteur des attentes des Nations Unies. 

Aujourd'hui, le Covid-19 rebat les cartes et ces timides avancées pourraient être balayées. En cause, la difficulté d'accès aux médicaments antirétroviraux, utilisés pour traiter les malades du sida. "Les mesures de confinement et les fermetures de frontières imposées par l'épidémie de coronavirus impactent à la fois la production et la distribution et augmentent potentiellement le coût et l'approvisionnement des médicaments", indique l'étude

Ruptures de stock et flambée des prix des médicaments

73 pays ont déjà prévenu qu'ils risquaient d'être en pénurie d'antirétroviraux à cause de l'épidémie mondiale. En Inde, producteur important d'antirétroviraux génériques, le confinement et la fermeture des frontières pourraient entraîner une augmentation des prix de ces médicaments de 10 à 25%

L'étude prévoit que six mois d'interruption dans l'accès à ces traitements pourrait "doubler le nombre de décès du Sida en Afrique subsaharienne entre 2020 et 2021" : "La terrible perspective d'un demi-million de décès supplémentaires liés au VIH en Afrique est un retour en arrière", alerte le Dr. Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'OMS. En effet, un tel chiffre ferait revenir la région aux niveaux de mortalité de 2008.  

Ce défaut de soin et d'approvisionnement pourrait avoir des conséquences "pour au moins cinq ans, avec 40% de décès" sur la période. Car une interruption de traitement pendant plusieurs mois pour une personne séropositive entraîne un rebond du virus dans l'organisme, un plus grand risque face aux maladies et des décès toujours plus nombreux. 

L'OMS et l'ONUSIDA soulignent d'autres facteurs liés au coronavirus qui pourraient augmenter le taux de mortalité en Afrique subsaharienne, notamment la baisse de qualité des soins cliniques car les hôpitaux sont débordés ou la suspension des tests viraux.

Un appel à la "prise de conscience" des Etats

"Nous devons traduire ces prévisions en prise de conscience des États pour identifier les manières d'assurer la continuité de tous les services de santé (...) Nous devons aussi assurer l'approvisionnement des tests et des traitements dans les pays qui en ont besoin", ajoute le Dr. Tedros Adhanom Ghebreyesus. 

"La pandémie de Covid-19 ne doit pas être une excuse pour détourner les investissements dans le VIH", prévenait déjà en mai Winnie Byanyima, directrice exécutive de l'ONUSIDA : "Il y a un risque que les gains durement acquis dans la lutte contre le sida soient sacrifiés dans la lutte contre le Covid-19, mais le droit à la santé signifie qu'aucune maladie ne devrait être combattue aux dépens d'une autre."

En 2016, l'Assemblée générale des Nations Unies s'était fixée un but : mettre un terme à l'épidémie de sida d'ici à 2030, avec des étapes intermédiaires en 2020. Faute d'investissements suffisants, le rapport le déplore, "aucun des objectifs mondiaux fixés pour 2020 ne sera atteint".

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