Selon une étude parue au mois de décembre dans une revue statistique du ministère de l’Éducation nationale, les enfants et adolescents français présentent des disparités dans leur parcours scolaire selon qu’ils sont des garçons ou des filles, mais aussi selon leur "origine migratoire".

Cette étude passe en revue les trajectoires scolaires selon le genre des enfants et leur origine migratoire, mais pas seulement.
Cette étude passe en revue les trajectoires scolaires selon le genre des enfants et leur origine migratoire, mais pas seulement. © Radio France / Xavier Grumeau

Être un enfant de parents immigrés, est-ce un critère favorisant ou défavorisant pour réussir à l’école ? Et entre les filles et les garçons, qui réussit le mieux ? Autant de questions posées par une étude sociologique révélée ce lundi matin par le Figaro, et qui a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. 

L’étude, parue dans le numéro de décembre de la revue “Éducation & Formations” publiée par le DEPP (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance) du ministère de l’Éducation nationale, s’intitule “Trajectoires scolaires des enfants d’immigrés jusqu’au baccalauréat : rôle de l’origine et du genre”. 

L'étude se consacre longuement à l'analyse des écarts de réussite selon le genre et l'origine des parents. Néanmoins, ces différences de parcours entre les membres du panel sont en grande partie dues à d'autres facteurs, tels que "les conditions de scolarisation (...) en lien avec la ségrégation urbaine" ou la "précarité socio-économique".

Qu’est-ce que cette étude ? 

Menée par Yaël Brinbaum, chercheuse au Conservatoire national des arts et métiers, elle vise à explorer la façon dont “se combinent l’origine migratoire et le genre dans la construction des inégalités scolaires”. La sociologue s’est donc basée sur un panel d’élèves entrés en sixième en 2007, et suivis par la DEPP jusqu’à leur bac, pour obtenir des résultats récents.  

L'étude porte donc sur les résultats de questionnaires réalisés auprès des familles de ce panel, représentant 27 678 élèves suivis entre 2007 et 2016. Le succès au bac, mais aussi le reste du parcours scolaire ainsi que les aspirations des familles pour ces élèves. L’une des grandes variables de l’étude est donc leur "origine migratoire", comprenez, la nationalité et le lieu de naissance de leurs parents : Asie, Turquie, Afrique subsaharienne, Maghreb, Portugal.  

C’est légal, ce genre de statistiques ethniques ? 

Tout d’abord, contrairement à ce qui a parfois été écrit au sujet de cette étude, elle ne met pas face à face les élèves français et les étrangers : elle compare les enfants dont les parents sont Français nés en France à ceux dont les parents sont nés à l’étranger et de nationalité étrangère. La plupart des sujets de l'étude sont donc Français. Quant aux enfants "nés à l'étranger et entrés en France à des âges différents", ils ne sont pas différenciés de ceux nés en France.

Par ailleurs, il ne s’agit pas, en réalité, de statistiques ethniques, précise le ministère de l’Éducation nationale, contacté par France Inter. Demander le lieu de naissance et la nationalité, et même le lieu de naissance et la nationalité des parents, aux membres du panel n’est pas de l’ordre de la statistique ethnique (et c’est d’ailleurs le cas lors des recensements nationaux). Des questions sur la “race”, la religion ou la couleur de peau, elles, sont formellement interdites. Le ministère précise également que cette étude a été déposée à la Cnil, qui a la compétence pour valider ou non l’utilisation de données sur les personnes sondées.  

Que nous apprend l’étude ? 

Si l’on regarde les premiers résultats, on constate que les enfants de parents venus d’Asie ont plus de succès au bac que les autres (y compris de ceux de parents français) : dans le panel de la DEPP, 89% des enfants d’immigrés venus d’Asie ont eu le bac, contre 80% pour ceux dont les parents sont Français.

Les élèves d’autres origines migratoires ont des résultats moins élevés : 78% pour ceux dont les parents sont Portugais, 73% pour ceux dont les parents sont immigrés d’Afrique subsaharienne, 71% pour les élèves dont les parents sont originaires du Maghreb et 69% pour ceux qui ont des parents turcs. Dans tous les cas, les filles ont plus de réussite que les garçons, même si ces écarts genrés varient selon les origines géographiques des parents.

Comment expliquer cela ? 

L’un des facteurs explicatifs de ces résultats serait l’existence d’attentes plus élevées de la part des parents issus de l’immigration. Dans une France où le taux d’obtention du Bac ne cesse d’augmenter, les familles issues de l’immigration ont, elles aussi, de hautes aspirations pour leurs enfants, et parfois plus que les parents de nationalité française, car l’école peut être vue comme un moteur d’ascension sociale.

Ainsi, les parents asiatiques sont 86% à aspirer au Bac pour leurs filles (79% pour les garçons), contre 85% dans les familles où les deux parents sont nés en France (79% aussi pour les garçons). Cette aspiration au bac est aussi plus élevée dans les parents venus du Maghreb et d’Afrique subsaharienne. L’étude montre aussi que quand ces attentes sont déçues, l’impression d’injustice et d’inégalité face au système scolaire est accrue : “Les familles n’ont pas toujours les ressources et les moyens de réaliser leurs ambitions”, détaille l'étude. 

Alors cela signifie que les Asiatiques sont meilleurs que les Français, eux-mêmes meilleurs que les Portugais, et ainsi de suite ? 

Pas du tout. Car ces deux critères-là (l’origine migratoire et le genre), s’ils sont le centre de l’étude, ne sont pas les seuls à entrer en compte : la chercheuse a ainsi croisé ces données avec les critères socio-démographiques (le milieu social, la langue parlée en famille, la structure familiale), le parcours scolaire avant la 6e, ou encore le contexte scolaire (les élèves scolarisés en REP, public ou privé etc.). 

Lorsqu’on prend ces facteurs en compte, la tendance change : ainsi, à milieu social équivalent, les écarts entre les élèves de différentes origines migratoires se réduisent, voire s’inversent. L'étude impute donc “une bonne partie des écarts de réussiteau poids des origines sociales et du niveau d’éducation des parents, plus qu’à leur simple origine géographique, ainsi qu’à la “ségrégation urbaine”. De même que, selon les conclusions, “les politiques successives d’éducation prioritaire mises en place pour limiter voire corriger les injustices liées à ces phénomènes, n’ont pas les effets escomptés, voire augmentent les inégalités sociales”.  

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