Le fonds onusien a mené une vaste étude nationale pour connaître l'avis des enfants et adolescents sur leurs conditions de vie, leur quotidien.

Photo d'illustration - enfants
Photo d'illustration - enfants © AFP / Fred Dufour

L’Unicef a interrogé pas moins de 21.930 enfants de 6 à 18 ans entre octobre 2015 et mai 2016. Seuls ou accompagnés pour que les plus jeunes comprennent bien les questions, ils se sont confiés sur leur quotidien. C’est la troisième consultation du genre. Elle a été menée dans 68 villes, notamment dans des écoles ou centres de loisirs. Une plateforme internet a également été mise en place. Le sociologue Serge Paugam a été chargé de mener cette vaste étude. Pour cette édition, les chercheurs ont aussi voulu aborder l’ancrage des enfants et adolescents dans leur quartier.

Pour dresser conclusions et préconisations, l’Unicef s’est concentrée sur les enfants vivant dans les quartiers prioritaires et pousse un "cri d’alarme" sur le cumul d’inégalités dont ils sont victimes : inégalités matérielles, discriminations, difficultés d'accès aux savoirs et aux loisirs. Cependant, les chercheurs constatent aussi que les enfants y sont très attachés à leur scolarité, et que le sentiment de solidarité y est très fort.

Les questions ont été posées selon 4 axes : les droits, la vie de tous les jours, l’éducation et les loisirs, et la santé.

1er thème : les droits

Les enfants savent qu’ils ont des droits. 96 % savent qu'ils ont droit à une famille, droit d'être entourés et protégés, et 93 % savent qu’un enfant doit avoir accès à l’éducation et ne doit pas travailler comme un adulte. Ils connaissent un peu moins bien les institutions comme le conseil municipal ou le Défenseur des Droits. Ils sont environ 85% à estimer être respectés par les adultes, et les autres enfants, dans leur vie quotidienne. Cela signifie quand même que 2 enfants sur 10 estiment que leurs droits ne sont pas respectés. Par ailleurs, des progrès restent à faire sur l’égalité filles / garçons : ils ne sont que 70% à penser que cette égalité est respectée dans la cour de récréation.

Etude Unicef sur le respect des droits
Etude Unicef sur le respect des droits © Unicef

2ème thème : la vie de tous les jours

Ce thème aborde les questions sur les biens et les conditions de vie à la maison, les usages d’internet, de la télévision, ainsi que la vie dans le quartier ou la ville. Les enfants sont plutôt bien préservés de la privation de biens, même s’il existe une partie qui cumule plusieurs désavantages importants. 78% des enfants ont une chambre pour eux tout seul. On note aussi que l’usage d’internet et des réseaux sociaux est en net développement, bien que la sociabilité numérique ne leur apporte pas toujours satisfaction (ils s’y sentent peu valorisés). 10 % des répondants affirment avoir déjà été agressés ou harcelés sur internet ou sur les réseaux sociaux. Sur le climat familial : 89 % des enfants et adolescents interrogés affirment qu’ils peuvent compter sur leur mère et 80 % sur leur père. Enfin, ils sont 25 % à reconnaître qu’il y a de la violence dans leur quartier ou leur ville.

3ème thème : l'éducation et les loisirs

Près de 9 enfants sur 10 se sentent en sécurité à l’école. Ce qui est assez paradoxal car 38 % des répondants disent qu’ils peuvent être harcelés ou ennuyés par d’autres enfants ou jeunes et 28 % avouent que des adultes leur font peur. 69 % des répondants disent qu’il leur arrive quelquefois d’être angoissés de ne pas réussir assez bien à l’école. Sur les activités en dehors de l’école, ils sont 69 % à pratiquer un sport chaque semaine et 54 % une activité de loisirs (musique, danse, peinture, dessin…). 89 % des répondants disent avoir du temps pour jouer, se reposer et s’amuser avec leurs amis, 84 % peuvent organiser une fête pour leur anniversaire.

Etude Unicef sur l'accès aux savoirs
Etude Unicef sur l'accès aux savoirs © Unicef

4ème thème : la santé

Les résultats concernant l’équilibre alimentaire sont rassurants : 93 % des répondants mangent trois repas par jour, 89 % mangent au moins une fois par jour de la viande ou du poisson et 88 % mangent des fruits et des légumes frais tous les jours. La visite régulière chez le dentiste ne concerne que 79 % des répondants. L’Unicef s’inquiète des cas de souffrance psychologique. En étudiant les symptômes dépressifs. Si l’on regroupe les réponses « oui, vraiment » et « oui plutôt », 73 % des répondants ont répondu qu’il leur arrive d’être tristes ou cafardeux, 48 % de n’avoir plus goût à rien et 61 % de perdre la confiance en eux-mêmes.

Des initiatives locales

Selon l'Unicef, il y a quand même des motifs de satisfactions. De nombreuses villes mènent des initiatives pour améliorer la vie des enfants et adolescents. A Poissy dans les Yvelines, par exemple, les enfants d'un quartier prioritaire (le Haut Poissy, classé REP+) peuvent faire du handball tous les lundis à la pause déjeuner.

Le reportage de Delphine Evenou.

Des recommandations pour les candidats à l'élection présidentielle de 2017

Sébastien Lyon est le directeur général d'Unicef France.

L'Unicef profite de la publication des résultats de cette grande consultation pour lancer dans le même temps, ce mardi, des préconisations en faveur de l'enfance à destination des politiques.

Investir d’urgence pour les tout-petits (augmenter les places en crèche et renforcer la scolarisation des enfants de moins de 3 ans pour les familles les plus vulnérables).

Combattre, avec les enfants et les jeunes, les obstacles à l’accès aux savoirs et aux loisirs (associer les enfants et les jeunes à l’élaboration des politiques publiques pour une offre adaptée à leurs besoins : accès aux savoirs, aux loisirs, aménagement urbain, mobilité des services).

Garantir des ressources matérielles et humaines pour une éducation de qualité pour tous (lutter contre le délabrement des bâtiments et du matériel, et contre le non remplacement des enseignants. Inciter réellement les enseignants expérimentés à travailler auprès des élèves les plus en difficulté et à rester durablement attachés aux établissements dans lesquels ils sont affectés).

Renforcer la formation des enseignants pour la réussite scolaire de tous les enfants (donner plus de place aux aspects pédagogiques tant dans la formation initiale que continue et rendre obligatoire la formation continue des enseignants).

Un système éducatif qui cible et affecte effectivement plus de ressources aux enfants les plus vulnérables (expérimenter une politique d’affectation des ressources aux établissements par nombre d’élèves en situation de vulnérabilité plutôt que seulement par quartier).

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