A Bessé-sur-Braye, commune sarthoise, 580 salariés sont employés de la principale papeterie d'Arjowiggins en France, menacée de liquidation judiciaire. Certains travaillent dans cette usine de génération en génération. Tous attendent avec appréhension la décision du tribunal de commerce de Nanterre, ce vendredi.

Face aux renoncements de potentiels repreneurs du site, les salariés de l'usine Arjowiggins de Bessé-sur-Braye ont décidé de proposer leur propre dossier de reprise.
Face aux renoncements de potentiels repreneurs du site, les salariés de l'usine Arjowiggins de Bessé-sur-Braye ont décidé de proposer leur propre dossier de reprise. © Radio France / Boris Hallier

Depuis mardi, des centaines de salariés d'Arjowiggins retiennent leur souffle. Après le renoncement du Suédois Lessebo, seul candidat à la reprise des trois papeteries menacées de fermeture, le tribunal de commerce de Nanterre a reporté sa décision à ce vendredi. En janvier, les trois sites qui appartenaient au groupe Sequana ont été placées en redressement judiciaire. Si des offres ont été déposées pour reprendre celles de Greenfield, à Château-Thierry, et du Bourray, près du Mans, faisant espérer un sauvetage, le sort de l'usine de Bessé-sur-Braye, 580 salariés, reste en suspens

La papeterie, une histoire de famille

Mercredi, les salariés ont lancé un "appel solennel" à l'État pour soutenir un projet industriel "crédible et viable", qui permettrait de préserver 400 emplois. Parmi eux, Sylvie, Raphaël et leurs enfants, Louis et Gabriel... Tous travaillent à l'usine Arjowiggins de Bessé-sur-Braye. Pour eux, la papeterie est une histoire de famille. On y travaille de génération en génération, le père de Raphaël y était déjà en 1950... À 53 ans, pour Raphaël, difficile d'envisager un autre avenir professionnel pour lui, comme pour ses "copains du boulot", sa "deuxième famille".

Un tee-shirt avec la mention "Du travail pour notre papy" affiché par les salariés d'Arjowiggins à Bessé-sur-Braye.
Un tee-shirt avec la mention "Du travail pour notre papy" affiché par les salariés d'Arjowiggins à Bessé-sur-Braye. © Radio France / Boris Hallier

Après "33 ans de maison", Raphaël n'avait "rien vu venir". "On avait un très bon carnet de commandes, s'étonne-t-il, notamment au niveau des cartes à jouer, on était les seuls à faire ça". Sa femme, Sylvie, a elle aussi le sentiment qu'ils se sont "fait avoir". À 49 ans, elle travaille de nuit à l'usine depuis 9 ans, comme son père avant elle, pendant 34 ans. Du jour au lendemain, son avenir est devenu incertain. En cas de fermeture, "pour retrouver du travail, il faudra automatiquement prendre la voiture pour rejoindre une plus grande ville", comme Le Mans. 

On n'imagine pas Bessé sans Arjo.

La Mans, c'est là que son fils Louis, 24 ans, envisage de trouver un nouvel emploi, après 5 années chez le papetier. Son frère, Gabriel, 20 ans, était aussi en alternance sur le site. C'est toute la famille qui risque d'être impactée en cas de liquidation, et même toute une économie locale dans la commune, notamment les sous-traitants. "Apparemment ils vont liquider une entreprise qui faisait de la maintenance sur nos tuyauteries", regrette Raphaël. La "boîte en mécanique qui faisait de la maintenance sur les chariots élévateurs" de l'usine pourrait également subir le même sort. 

L'usine Arjowiggins de Bessé-sur-Braye emploie 580 salariés. Elle est le moteur de toute une économie locale.
L'usine Arjowiggins de Bessé-sur-Braye emploie 580 salariés. Elle est le moteur de toute une économie locale. © Radio France / Boris Hallier

Sans le bassin d'emploi que représente la papeterie, qu'en sera-t-il de l'hôpital ou du collège, s'interroge Sylvie qui n'imagine pas "Bessé sans Arjo". "Il ne va plus rester grand chose, soupire Raphaël, _tout le monde va partir._"

Des millions d'euros de fonds privé restent à trouver

Le nouveau report de la décision du tribunal de commerce de Nanterre a suscité "l'espoir", mais aussi "l'angoisse" des 580 salariés de Bessé-sur-Braye qui craignent un placement en liquidation judiciaire. Seul un "apport financier privé" de "quelques millions" permettrait de l'éviter, défend Laurent Trudel, délégué CGT des usines Arjowiggins. Il s'agirait de recentrer la production sur des "spécialités" comme "la carte à jouer, l’ignifugé ou le digital"

L'usine serait leader de la carte à jouer pour les casinos américains ou des cartes de type Pokemon.
L'usine serait leader de la carte à jouer pour les casinos américains ou des cartes de type Pokemon. © Radio France / Boris Hallier

L'État s'étant engagé à "apporter la somme nécessaire, mais seulement à hauteur de 50 %", détaille Thomas Hollande. Aux yeux de l'avocat des salariés, il n'y a que deux options : "soit l'État trouve un investisseur privé pour apporter les 20 millions d'euros complémentaires, soit nous demandons à la Banque Publique d'Investissement (BPI), qui a annoncé avoir réalisé un bénéfice record d'un milliard d'euros (...) d'apporter ces 20 millions d'euros"

Après avoir bloqué les voies de la gare d'Angers, en marge de la venue d'Emmanuel Macron, ce jeudi, les salariés d'Arjowiggins se sont vu proposer une rencontre avec un conseiller du président.

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