L'association de défense animale L214 a dévoilé vendredi une nouvelle vidéo tournée dans un abattoir communal dans l'Indre. Des images tournées à la fin de l'été et qui révèlent des conditions d'abattage et d'hygiène plus que discutables, malgré un premier rapport de 2016 qui pointait déjà des manquements.

L'association L214 a enquêté cette fois-ci à l'abattoir du Boischaut dans l'Indre
L'association L214 a enquêté cette fois-ci à l'abattoir du Boischaut dans l'Indre © Capture d'écran

Le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume a demandé samedi au préfet de suspendre les activités de l'abattoir du Boischaut, près de Châteauroux dans l'Indre, après la diffusion vendredi d'une nouvelle vidéo, aux images difficilement soutenables à laquelle France Inter a pu avoir accès : celles tournées par l'association de défense animale L214 entre fin août et début septembre dans cet abattoir. 

Dans la foulée, le préfet de l'Indre, Seymour Morsy, a dénoncé une "maltraitance des animaux inacceptable" et annoncé à France Info une "suspension temporaire d'activité [...] face à la gravité de la situation montrée par la vidéo de l'association L214"

Dans cette vidéo de près de quatre minutes, tournée en 19 heures, et commentée par la chanteuse du groupe Shaka Ponk, Samaha, "de nombreuses violations de la loi encadrant les conditions de mise à mort des animaux", pointe L214. 

On y voit des bovins qui s'effondrent dans le sang et les excréments des animaux abattus avant eux, d'autres que l'on commence à découper avant de les avoir tués et qui ne sont pas correctement étourdis, ou encore un chevreau dont on transperce la patte pour le suspendre avant même de l'avoir abattu. 

L214 dénonce aussi des manquements aux "règles élémentaires en matière d’hygiène". L'association souligne notamment qu'un employé, habillé d'un simple t-shirt, ne porte pas de gants et pose son couteau à même le sol entre deux saignées.

"Les commanditaires de ce meurtre alimentaire, c'est nous"

L'abattoir dans lequel ces images ont été tournées est pourtant un abattoir communal de taille raisonnable, avec 17 salariés gérés par la communauté de commune de La Châtre et Sainte-Sévère. L'établissement est également habilité à abattre des animaux de la filière bio. "Quels que soient les modes d'élevage, quels que soient les labels, les méthodes de mise à mort sont exactement les mêmes et génèrent des souffrances intenses pour les animaux", dénonce L214. "Il serait trop facile de pointer du doigt les employés des abattoirs", commente Samaha. "Ils font le sale boulot, mais les commanditaires de ce meurtre alimentaire, c'est nous", ajoute la chanteuse.   

Un abattoir déjà épinglé en 2016  

Une situation d'autant plus difficile à admettre que cet abattoir avait déjà subi une inspection des services vétérinaires en 2016, dont le rapport avait relevé des manquements à la réglementation en vigueur. Ce document, auquel France Inter a pu avoir accès, stipule notamment  que "le contrôle de la qualité de l'étourdissement" est uniquement effectué sur des indicateurs visuels et auditifs. Ainsi, "un ovin a présenté des signes de reprises de conscience pendant la saignée [...] sans être de nouveau étourdi" tandis que "la saignée est mise en oeuvre précocement après l'étourdissement". "Les couteaux utilisés pour la saignée des bovins ne sont pas régulièrement nettoyés/stérilisés et son déposés à même le sol" pointait déjà le rapport, et le "réglage de la pince à électronase" n'est pas satisfaisant. Un "rapport visiblement resté sans effets concrets", dénonce L214. En 2016, la communauté de communes avait pourtant investi 1,6 millions d'euros dans l'établissement.

L214 demande sa fermeture immédiate

L'association dit porter plainte auprès du procureur de la République de Châteauroux pour maltraitance et actes de cruauté, et demande à la préfecture la fermeture immédiate de l'abattoir du Boischaut. L214 demande également "à Système U et Carrefour, qui commercialisent de la viande issue de cet abattoir, de cesser immédiatement de s’approvisionner auprès de celui-ci."

"Evidemment, on ne peut pas supporter les images que l'on voit sur la vidéo", admet François Daugeron, le président de la Communauté de communes de La Châtre et Sainte-Sévère, qui gère l'établissement, joint par France Inter. "Et forcément, on n'imagine pas que ça puisse se passer comme ça". François Daugeron affirme désormais avoir "pris conscience" de la situation, et dit vouloir mettre "tout en oeuvre pour améliorer la situation". 

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