Fermetures d'abattoirs, condamnations, articles de loi... En plus de dix ans d'existence, l'association a obtenu directement quelques avancées pour la défense de la condition animale. Mais à coups d'images chocs et de pétitions, elle mise surtout sur l'évolution de l'opinion publique.

Le 8 juin, lors de la manifestation organisée par L214 pour la fermeture des abattoirs, des militants ont recouvert la statue de la République de peinture rouge.
Le 8 juin, lors de la manifestation organisée par L214 pour la fermeture des abattoirs, des militants ont recouvert la statue de la République de peinture rouge. © Maxppp / Vincent Isore

Depuis sa création en 2008, l'association "L214 éthique et animaux" multiplie les campagnes coup de poing et les vidéos choc pour dénoncer les mauvais traitements dans les élevages et les abattoirs. Dernière action en date : une vidéo qui montre des "vaches à hublot", dont l’estomac a été perforé. Adeptes des caméras cachées très crues et des happenings parfois sanglants, ces militants n'hésitent pas à porter plainte contre les abattoirs et tentent de faire évoluer la loi... avec un succès mitigé.

Images chocs... sans suite

La stratégie est rodée : des militants de L214 s'infiltrent dans des abattoirs et des élevages, munis de caméras cachées. Ils diffusent ensuite des photos et vidéos de l'intérieur. Pour ceux qui se risquent à les regarder, mieux vaut avoir l'estomac bien accroché. Dès sa création, l'association frappe fort et dévoile "Charal vu de l'intérieur". Huit minutes insoutenables filmées dans un abattoir de Metz. Leur plainte pour cruauté contre la marque sera classée sans suite. À ce sujet, la marque Charal tient à ce qu'il soit mentionné que "l’enquête n’a pas révélé de mauvais traitements…ni de pratiques non conformes aux règlements".

Loin de se décourager, L214 continue de mener des enquêtes dans les abattoirs et élevages de France... En 2014, L214 saisit les services vétérinaires du Morbihan pour réclamer la fermeture d'un élevage de lapins à Augan. La décision de la préfecture est sans appel : aucune mesure de fermeture administrative. Pire, c'est l'association qui a été condamnée à censurer ses images, qui montrent notamment des chevaux le crâne fracassé au pistolet. Une décision judiciaire annulée ensuite en appel.

Condamnations et fermetures temporaires

En 2016, le directeur de l'abattoir municipal d'Alès, dans le Gard, a reçu trois contraventions de 750 euros pour "installations et équipements non conformes", après la diffusion des images de maltraitances par L214. Une condamnation "tout juste symbolique" pour l'association qui a porté plainte contre l'État pour "dysfonctionnement des services de la justice". Quant à l'abattoir, il a repris ses activités deux mois plus tard.

La sanction est plus lourde pour certains employés de l'abattoir du Vigan, un établissement certifié bio, à quelques kilomètres de là. L'un d'eux, filmé en train de s’amuser à électrocuter des moutons, est condamné à 8 mois de prison avec sursis et à une amende de 2000 euros. La communauté de communes exploitant l’abattoir est aussi reconnue coupable, et condamnée à payer un montant total de 3750 euros.

En 2018, un autre procès s'ouvre après la diffusion de vidéos par L214 montrant des mises à mort très violentes de bovins, veaux et agneaux. Elles mettent en cause un autre abattoir certifié bio, à Mauléon-Licharre dans les Pyrénées-Atlantiques. Quatre employés et l'ex-directeur sont condamnés pour tromperie et maltraitance "sans nécessité" : 10 000 euros pour l'abattoir en tant que personne morale, six mois de prison avec sursis pour le directeur, et des amendes jusqu'à 520 euros pour les employés. Mais, cette fois encore, la fermeture est temporaire.

Finalement, seul l'abattoir de Boischaut, dans l'Indre, demeure fermé, après les actes de maltraitance révélés par L214 il y a sept mois.

Dans la loi, des avancées à petits pas

Quelques heures après la mise en ligne de la vidéo de l'abattoir de Mauléon-Licharre, le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, ordonne des inspections dans tous les abattoirs de ce type en France pendant un mois. "En cas de défaut avéré constaté à l'occasion de ces inspections", Stéphane Le Foll demande "la suspension sans délai de l'agrément de ces établissements". À la fin, le ministre dresse le bilan : "Dans deux tiers des établissements contrôlés, aucune infraction n’a été constatée par les inspecteurs".

Cette même année, l'association est entendue lors de la commission d’enquête, ouverte en mars 2016 à l’Assemblée nationale et présidée par le député Olivier Falorni. La commission aboutit à une proposition de loi relative au respect de l’animal en abattoir adoptée en janvier 2017, puis transmise au Sénat. Depuis, elle est restée lettre morte.

Quant à la Loi sur l'agriculture et l'alimentation, c'est une victoire en demie-teinte. L'amende pour mauvais traitements est doublée et la durée d'emprisonnement passe de 6 mois à un an. De plus, les établissements d'abattage ou de transport d'animaux n'échappent plus à ce délit. En revanche, la vidéosurveillance dans les abattoirs, promise par Emmanuel Macron, sera finalement facultative. Un autre article interdit les nouveaux bâtiments d'élevage de poules en cage, autrement dit, "rien, puisqu’il n’y a plus d’installations ou d’extensions depuis plusieurs années", estime Brigitte Gothière, porte-parole de L214.

Évolution des mentalités

L214 peine à mettre sa patte dans les textes de loi, "à cause du lobby de l'élevage très puissant", mais elle excelle dans l'art de marquer les esprit. Une façon de faire "évoluer l'opinion publique" pour qu'elle fasse ensuite pression sur les distributeurs. Ainsi, "plus de 150 entreprises se sont engagées à exclure les œufs de poules élevées en cage de leurs rayons ou de leurs préparations d'ici 2025", annonce la porte-parole. Certaines les ont déjà bannis totalement, comme Monoprix, Amora ou St-Michel.

Autre victoire pour l'association de défense animale : "De plus en plus de cantines scolaires proposent un menu végétarien ou végétalien au moins une fois par semaine", se réjouit-elle. C’est le cas à Montpellier, Lille, Grenoble ou Limoges. À partir de novembre, ce sera une obligation dans toutes les cantines de France.

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