[scald=108429:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - Nicolas Sarkozy a rejeté à nouveau lundi les critiques sur la gestion de l'affaire Merah mais ses adversaires politiques, en particulier le Parti socialiste, ne désarment pas, dénoncent un "dysfonctionnement grave" et réclament une amélioration des services de renseignement.

Les questions suscitées par l'équipée meurtrière de Mohamed Merah ont installé la sécurité au centre de la campagne présidentielle.

Le président sortant, qui se veut à l'aise sur ce terrain, a poursuivi ses attaques contre le candidat PS, François Hollande, qu'il juge laxiste, mais se voit à son tour attaqué sur son bilan et les "failles" éventuelles des services de sécurité.

L'opposition s'interroge sur les efforts déployés dans les médias par les responsables policiers pour faire apparaître à tout prix l'auteur des sept meurtres de Toulouse et de Montauban comme un "loup solitaire".

"La République a des questions à se poser" a affirmé dimanche le candidat du MoDem, François Bayrou, qui s'est demandé comment "un assassin désaxé (...) repéré par tous les services" a pu ainsi passer à l'acte.

La présidente du Front national, Marine Le Pen, ne s'est pas privée de relancer sa campagne sur la sécurité, l'un de ses thèmes de prédilection, en affirmant vouloir "mettre l'islam radical à genoux".

Le frère aîné de Mohamed Merah, Abdelkader, a été mis en examen dimanche pour "complicité d'assassinats", notamment, et placé en détention. Selon FO pénitentiaire, il a été incarcéré à la prison de Fresnes.

PAS DE "CELLULE"

Invité lundi matin sur France Info, Nicolas Sarkozy a réaffirmé qu'à sa connaissance, il n'y avait pas de "cellule" et que Mohamed Merah, 23 ans, s'était "auto-radicalisé par l'intermédiaire d'internet".

"Je considère comme particulièrement indignes les mises en cause de la police", qui a fait un travail "remarquable", a-t-il dit, soulignant les difficultés d'une enquête qui a permis de mettre le meurtrier hors d'état de nuire en dix jours.

Ces arguments avaient été réfutés par avance par la candidate d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV), Eva Joly, une ancienne juge d'instruction.

Selon elle, les dysfonctionnements sont patents et le directeur du renseignement intérieur (DCRI), Bernard Squarcini, et le patron de la police, Frédéric Péchenard, devraient démissionner.

"Dans n'importe quel autre pays démocratique, M. Squarcini et M. Péchenard n'oseraient plus se montrer. Voir aujourd'hui qu'ils pavoisent et qu'ils expliquent que la France a besoin d'un nouveau texte" pour "permettre de surveiller l'internet sans limites est anormal", a-t-elle déclaré dimanche sur BFM-TV.

"DYSFONCTIONNEMENT"

Benoît Hamon, le porte-parole du Parti socialiste, a posé toute une série de questions contredisant l'idée que Mohamed Merah était un "loup solitaire" difficile à détecter parce qu'il "préparait ses forfaits tout seul dans son coin."

"Il a quand même pu se rendre en quelques années au Pakistan, en Afghanistan, en Irak, en Syrie, au Liban, en Jordanie, qui sont autant de destinations sensibles qui supposent à la fois de l'argent et des contacts sur place", a-t-il dit lundi lors de son point de presse hebdomadaire.

Benoît Hamon a rappelé que le jeune homme avait accumulé pour 20.000 euros d'armes de guerre, "ce qui, pour un homme sans activité professionnelle stable, laisse entendre qu'il aurait pu être aidé."

"Comment un homme surveillé par la DCRI, interdit de vol aérien aux Etats-Unis, objet de deux plaintes d'une femme pour séquestration d'un mineur et tentative d'endoctrinement, comment cet homme peut voyager dans plusieurs destinations sensibles et passer tous les contrôles de la DCRI simplement en montrant des photos de vacances ?", a-t-il demandé.

Les responsables policiers ont expliqué que Mohamed Merah s'était rendu en novembre 2011 à une convocation de la DCRI lui demandant de s'expliquer sur ses voyages et qu'il avait montré ses photos de voyage pour les convaincre qu'il faisait du tourisme.

"Il y a manifestement eu un dysfonctionnement grave du renseignement intérieur qui a laissé échapper un homme aussi dangereux qui ne faisait pourtant pas beaucoup d'efforts pour échapper à une surveillance", a insisté Benoît Hamon.

Une autre polémique a surgi, Nicolas Sarkozy et plusieurs responsables de gauche reprochant à Marine Le Pen d'avoir assimilé Mohamed Merah aux enfants d'immigrés qui arrivent "chaque jour" par bateau.

"On sait ce que la politique de l'autruche a déjà coûté. Marine Le Pen continuera de porter la vérité devant les Français", a répondu son équipe de campagne.

Gérard Bon, avec Elizabeth Pineau, édité par Patrick Vignal

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