[scald=109985:sdl_editor_representation]par Marine Pennetier

PARIS (Reuters) - Les responsables de la communauté musulmane de France ont affiché vendredi un front uni contre l'extrémisme religieux, prônant notamment le renforcement du rôle et de la formation des imams pour prévenir la montée de l'islam radical.

L'appel du recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, et du président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Mohamed Moussaoui, a été lancé huit jours après la mort de Mohamed Merah, et quelques heures après un coup de filet lancé dans les milieux islamistes dans plusieurs villes de France.

L'opération menée contre des membres présumés du groupement islamiste radical Forsane Alizza n'aurait toutefois aucun lien direct avec l'enquête sur Mohamed Merah, l'auteur des sept meurtres en France, qui a été abattu le 21 mars par la police.

"Nous pensons qu'aujourd'hui le dialogue entre les musulmans et les pouvoirs publics est plus que jamais nécessaire pour oeuvrer conjointement", a déclaré à la presse Dalil Boubakeur, à l'issue d'une rencontre avec le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant.

Face à l'inquiétude suscitée par le profil de Mohamed Merah, qui s'est revendiqué d'Al Qaïda, une commission va être créée qui réunira tous les acteurs souhaitant discuter de la tendance à la radicalisation de l'islam en France.

"Cette tendance est plus une radicalisation du langage qu'une véritable attitude de notre communauté", a estimé Dalil Boubakeur, qui a prôné "un islam de France, un islam de tolérance (...) installé dans le cadre même de nos institutions, de notre droit, de nos lois et qui est celui de la très large majorité de musulmans de France."

La lutte contre la radicalisation religieuse doit passer par une meilleure formation des imams et un renforcement de leur présence, notamment en prison ou dans certains quartiers contrôlés par des prédicateurs auto-proclamés, ont insisté les responsables des la communauté musulmane.

"Ca passe par la reconquête de l'espace public, (il ne faut pas) qu'il y ait de quartier laissé à l'abandon", a déclaré Mohamed Moussaoui, qui a appelé à agir "très vite face aux idéologies de haine de l'autre".

RESPECT DE L'AUTRE

Les imams ont également la responsabilité de mettre en garde les plus jeunes contre les formes radicales de l'islam et de promouvoir la "vraie religion musulmane".

"Il y a des gens qui instrumentalisent la religion musulmane à des fins politiques, pour porter atteinte à autrui", a souligné le président du CFCM. "Il faudrait que les imams jouent leur rôle en disant attention, 'la religion musulmane appelle au respect de l'autre, à vivre ensemble dans la paix et la sérénité. Ce discours doit être affiché avec beaucoup plus d'offensive, au moment où des radicaux s'expriment à travers la parole et des gestes violents."

La formation des aumôniers dans le milieu carcéral devrait également être améliorée pour tenter de prévenir toute radicalisation ou dérives.

A une semaine du congrès de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), qui doit se tenir du 6 au 9 avril au Bourget, près de Paris, la France a interdit jeudi l'entrée sur son territoire de quatre prédicateurs musulmans de renom, soulignant que leurs positions et propos "dans le contexte actuel, représentent un fort risque de troubles à l'ordre public".

Cheikh Youssef Al Qaradaoui, religieux qatari d'origine égyptienne considéré comme le plus influent théologien du monde arabe, et le prédicateur égyptien cheikh Mahmoud Al Masri ont, quant à eux, renoncé à venir.

Dans un communiqué publié vendredi, Marine Le Pen, candidat du Front national à l'élection présidentielle, demande la dissolution de l'UOIF et l'interdiction de son congrès.

"Plutôt qu'une vaine agitation électoraliste à trois semaines du premier tour, il faut prendre sans tarder et sans faiblesse des mesures drastiques contre l'islam radical", peut-on lire.

Edité par Patrick Vignal

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