Les 118 évêques de France se rassemblent en assemblée plénière à Lourdes. Ils ont invité une petite dizaine de victimes d'actes pédophiles à participer à des groupes de travail.

A Lourdes la Conférence des évêques de France se réunit deux fois par an.
A Lourdes la Conférence des évêques de France se réunit deux fois par an. © AFP / Pascal Pavani

Le porte-parole de la Conférence des évêques de France(CEF), Olivier Ribadeau Dumas, a annoncé jeudi que l'épiscopat, réuni à Lourdes à partir de samedi, allait "discuter" de l'idée de créer une "commission indépendante" sur la pédophilie dans l'Eglise.

"Elle doit être indépendante. Donc l'épiscopat demandera", pour la diriger, "une personnalité dont la crédibilité au sein de la société française est telle que son indépendance et son impartialité ne puissent pas être remise en cause". Ensuite ce sera à elle "de composer cette commission", explique Olivier Ribadeau Dumas. Elle pourrait être composée d'historiens, de magistrats, de sociologue, d'un canoniste et de spécialistes de l'enfance. 

Le principe de cette instance indépendante avait été avancé début octobre par le président de la CEF Mgr Georges Pontier, au moment où plusieurs personnalités avaient réclamé la création d'une commission d'enquête parlementaire pour faire la transparence sur les crimes de pédophilie dans l'Eglise catholique. Cette demande a été refusée par le Sénat.

Au total depuis 2010, il y a eu 433 signalements auprès des évêques, dont 212 transmis au procureur, qui ont débouché sur 36 mises en examen et au moins une dizaine de peines de prison(neuf clercs étaient incarcérés entre 2010 et 2016, quatre le sont toujours actuellement), selon un rapport publié par la CEF. 

Un climat particulier après la sanction contre le père Vignon, lanceur d'alerte

Cette conférence s'ouvre alors que le prêtre lanceur d'alerte, Pierre Vignon, a été sanctionné par l'église alors qu'en tant que prêtre de Valence (Drôme) il avait publiquement appelé à la démission du cardinal Barbarin, poursuivi pour non-dénonciation d'agressions sexuelles. Pierre Vignon a été remercié de ses fonctions au tribunal ecclésiastique de Lyon. Pierre Vignon était juge au sein du tribunal ecclésiastique de Lyon, compétent notamment sur l'affaire Barbarin.

Il été sanctionné par les 12 évêques de la région Auvergne-Rhône-Alpes, par email, sans explication à cette sanction. "Je regrette la décision des évêques mais je l'accepte. Je ne regrette rien de ce que j'ai dit cet été parce que je l'ai dit en conscience et que ça reste toujours valable de mon point de vue", a-t-il dit à l'annonce de cette sanction.

"Ce n'est pas un signe positif pour les victimes et c'est un signe qu'on peut interpréter comme : 'si vous parlez,; vous allez voir, il va vous arriver ce qui arrive au père Vignon et à d'autres'. C'est complètement contre-productif".

Pour François Devaux, président de l'association de victimes La parole libérée, "Si cet homme, le père Pierre Vignon, est sanctionné comme ça, qui prendra la parole demain au sein de l’Église ? Ça envoie un signal très fort."

L'éviction du père Vignon est inquiétante... Dire aujourd'hui que l'Église pourrait convoquer elle-même une commission et lui donner les moyens d'intervenir me semble très éloigné de la réalité

Pour Christine Pedotti, directrice du magazine "Témoignage Chrétien", "L'éviction de Pierre Vignon est inquiétante, ce qui s'est passé autour du procès d'André Fort mardi à Orléans, un évêque qui a couvert des faits de pédophilie et qui, in extremis, produit un certificat médical pour ne être là, les quelques représentants de l'Église qui sont là pour témoigner et qui s'en vont avant même que les victimes soient interrogées… Tout ça donne des signes qui sont tout de même très inquiétants. Il me semble que dire aujourd'hui que l'Église pourrait convoquer elle-même une commission et lui donner les moyens d'intervenir me semble très éloigné de la réalité".

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.