Le pape François refuse la démission du cardinal Barbarin, dans l'attente de son procès en appel. Bien que le prélat français se soit mis en retrait de la direction du diocèse de Lyon, la décision du pape surprend même la Conférence des évêques. Son porte-parole nous répond.

Le pape a accordé un sursis au cardinal Barbarin, qui se met en retrait en attendant son procès en appel
Le pape a accordé un sursis au cardinal Barbarin, qui se met en retrait en attendant son procès en appel © AFP / Alberto PIZZOLI

Après sa condamnation à six mois de prison avec sursis pour non dénonciation des abus sexuels du Père Preynat, le cardinal Philippe Barbarin a présenté sa démission au pape ce lundi, une décision refusée par François qui, "invoquant la présomption d'innocence, n'a pas voulu accepter cette démission", a annoncé le primat des Gaules dans un communiqué. Le cardinal Barbarin a en effet fait appel de sa condamnation. Lorsque l'affaire avait éclaté en 2016, le pape avait déjà rejeté une première offre de démission, jugeant qu'elle serait "un contresens, une imprudence", avant l'issue de son procès. 

FRANCE INTER : La décision du pape vous a-t-elle étonné ?

VINCENT NEYMON (porte parole de la Conférence des évêques) : C'est vrai qu'on ne s'attendait pas à cette décision-là. On pensait que le pape accepterait la démission du cardinal Barbarin, tout simplement. Et nous pensions que c'était la bonne solution pour le cardinal, mais aussi pour le pape et pour le diocèse.

En fait, le pape tient à montrer résolument que la justice des pays doit passer complètement, et puisque l'appel a été interjeté, il faut respecter le cours de la justice. En faisant cela, le pape ne pose pas une exception mais tient une ligne, celle du respect de la justice des pays afin de ne pas influencer le juge d'appel en acceptant la démission du cardinal, ce qui serait, d'une certaine façon, reconnaître sa culpabilité.

Je comprends la colère des membres de "La Parole libérée", c'est normal qu'ils ne comprennent pas. La logique du pape est assez implacable et leurs premières réactions sont compréhensibles. Nous sommes dans une situation assez inédite, et il va falloir faire avec.

Le cardinal reste en poste mais se retire de sa charge. Qu'est-ce que cela veut dire ?

Le cardinal archevêque de Lyon reste cardinal archevêque de Lyon, mais ne  se s'occupe plus du diocèse, puisqu'il a nommé un administrateur apostolique pour le faire à sa place. Donc lui se retire de la charge d'archevêque.

On peut comprendre que ça surprenne et que ça dérange, mais dans les faits il ne s'occupe plus de la conduite du diocèse de Lyon, pastoralement et administrativement. Il ne fera plus aucun acte en tant qu'archevêque en charge du diocèse. Il n'accomplira plus d'actes sacramentels comme les confirmations, les réunions qu'il animait comme patron du diocèse ou les actes administratifs qu'un évêque doit prendre envers les prêtres et les diocésains. C'est un peu comme il se mettait en retraite de son activité d'archevêque.

Peut-il revenir quand la justice civile sera passée ?

Je ne sais pas, on peut se poser la question mais honnêtement, personne ne peut y répondre. C'est vrai que dans le communiqué, on précise que le cardinal archevêque se retire quelque temps. Ça signifie qu'il attend le résultat de l'appel, mais est-ce que ça signifie qu'il attend autre chose ? On ne le sait pas. Cette décision lui appartient, puisque le pape lui a offert cette possibilité de se retirer de lui-même. À lui de voir combien de temps ça peut durer.

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