La Conférence des évêques de France a publié ce mercredi un rapport dans lequel elle fait un bilan des signalements et des mises en cause pour pédophilie. Entre 2017 et 2018, il y a eu presque autant de signalements qu'entre 2010 et 2016. Mais pour les associations de victimes, ces chiffres manquent de transparence.

L'assemblée plénière de la Conférence des évêques de France
L'assemblée plénière de la Conférence des évêques de France © AFP / Eric Cabanis

Au total depuis 2010, il y a eu 433 signalements auprès des évêques, dont 212 transmis au procureur, qui ont débouché sur 36 mises en examen et au moins une dizaine de peines de prison (neuf clercs étaient incarcérés entre 2010 et 2016, quatre le sont toujours actuellement) : voilà les chiffres globaux de la pédophilie dans l'Eglise française, selon un rapport publié ce mercredi par la Conférence des évêques de France (CEF).  

Avec ce document, qui compare la période 2010-2016 à celle depuis la mise en place d'outils de lutte contre la pédophilie début 2017, la CEF espère montrer les progrès de l'Eglise catholique française dans la prise en charge de ces questions. Selon le rapport, intitulé "Lutter contre la pédophilie", en un an et demi, c'est-à-dire depuis janvier 2017, 211 personnes ont transmis leur témoignage à la Conférence des évêques. Soit presque autant en moins de deux ans qu'en six ans, entre 2010 et fin 2016, où 222 témoignages avaient été reçus. 

Dix mises en examen

Sur la période 2017-2018, 75 signalements ont été faits au procureur. Mais 43 d'entre eux concernaient des faits antérieurs à l'année 2000, susceptibles donc de tomber sous le coup de la prescription. D'autres encore sont en cours d'instruction. Au final, sur 129 clercs (c'est-à-dire des prêtres ou des diacres) ont été mis en cause entre 2017 et mi-2018, seulement 10 ont fait l'objet d'une mise en examen. Quatre clercs sont actuellement incarcérés, indique également le document, et cinq ont achevé d'exécuter leur peine. Sur la période 2010-2016, on comptait 9 clercs incarcérés et 37 qui avaient purgé leur peine.  

En interne, par ailleurs, 49 hommes d'église ont fait l'objet d'une suspension provisoire de tout ou partie de leur ministère, et neuf d'entre eux ont été punis par la justice canonique, qui est celle de l'Eglise. Ces peines peuvent aller jusqu'au renvoi de l'état clérical, c'est-à-dire à retirer au clerc ses fonctions ecclésiastiques. 

Pour la CEF, qui se réunit ce week-end en assemblée plénière à Lourdes, c'est l'un des résultats de la mise en oeuvre de nouveaux moyens de lutte contre la pédophilie, dont une Cellule permanente de lutte contre la pédophilie (CPLP), "constituée de laïcs et de religieux, hommes et femmes de générations différentes" selon le rapport, ainsi qu'un site et une adresse mail de signalements et de témoignages. En tout "71 cellules d'accueil et d'écoute des victimes ont été mises en place dans les diocèses", a délcaré à La Croix Ségolaine Moog, déléguée à la lutte contre la pédophilie à la CEF.

"Aucun moyen de contrôler"

Mais pour les victimes, la bonne foi de l'Eglise est difficile à croire. "On approche plus de l'opération de communication que d'un réel travail de fond", déplore François Devaux, président de l'association La parole libérée, qui dit avoir reçu des centaines de témoignages ces dernières années. "On n'a aucun moyen de contrôler ce qui a été publié, l'Eglise est dans une opacité totale : il est évident que je ne peux donner aucun crédit à ce qui est publié", déclare-t-il. 

Comment retrouver la confiance ? "Il va falloir prouver ce qu'ils disent : créer deux adresses mails, quelques cellules d'écoute et faire de la formation de prêtres, ça ne va pas suffire", affirme François Devaux.  Et d'ajouter : "Il est compliqué de demander, de la part d'une une institution qui a tout mis en oeuvre pour couvrir des faits aussi abjects que ceux de pédophilie, de lui faire confiance sur la publication de rapports dont l'opacité est parfaite". 

Il demande aux autorités de "prendre leurs responsabilités" et d'arrêter de se cacher derrière la séparation des pouvoirs. La question de la création d'une commission extérieure, parlementaire ou d'experts, pour enquêter sur la pédophilie dans l'église devrait être discutée ce weekend pendant la Conférence à Lourdes.

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