Adeline Hazan s'alarme, dans un rapport publié ce jeudi, des conditions "indignes" d'accueil des patients relevant de la psychiatrie au CHU de Saint-Étienne, une situation "jamais vue", selon elle. La contrôleuse générale interpelle la ministre de la Santé Agnès Buzyn.

Les "recommandations en urgence" du CGLPL concernant la psychiatrie au CHU de Saint-Etienne ont été publiées ce jeudi.
Les "recommandations en urgence" du CGLPL concernant la psychiatrie au CHU de Saint-Etienne ont été publiées ce jeudi. © Radio France / Emeline Rochedy

Des patients bloqués plusieurs jours sur des brancards, sans pouvoir se laver ni se changer. Des personnes attachées au niveau des mains ou des pieds sans justification. Des soins sans consentement. Voici quelques exemples de "traitements indignes" dans l'accueil de patients hospitalisés pour des raisons psychiatriques au CHU de Saint-Etienne (Loire), épinglés par la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) Adeline Hazan.

Dans ses "recommandations en urgence" adressées à la ministre de la Santé Agnès Buzyn, publiées ce jeudi au Journal officiel, Adeline Hazan alerte sur le "traitement inhumain ou dégradant" subi par certains de ces patients. 

De quinze heures à une semaine d'attente aux urgences

Lors d'une visite, comme d'habitude inopinée, du 8 au 15 janvier dernier au pôle psychiatrie du centre hospitalier universitaire, les contrôleurs ont notamment constaté la présence aux urgences générales de vingt patients relevant de la psychiatrie en attente de place. "Ce dysfonctionnement majeur de la prise en charge des patients relevant de la psychiatrie aux urgences générales nécessite de mettre immédiatement un terme aux traitements indignes observés", écrit Adeline Hazan. 

Ces vingt patients en attente, observés lors de la visite des contrôleurs, attendaient une place depuis au minimum quinze heures, la plupart du temps sur un brancard, dans un couloir. Certains d’entre eux ont patienté une semaine, sans avoir pu se doucher, se changer, ni utiliser leur téléphone. "À ce point-là, c’est du jamais vu", commente la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté. 

Toute privation de liberté est attentatoire aux droits fondamentaux.  

Au CHU de Saint-Etienne, comme dans d'autres pôles psychiatriques auparavant, la contention aurait été utilisée abusivement pour pallier un manque de lits et de personnels. Selon le rapport du CGLPL, sept patients avaient les pieds, voire les mains attachés, sans pour autant qu’elles n’aient montré de signe d’agitation ou de véhémence. "Toute privation de liberté est attentatoire aux droits fondamentaux ; aussi tout doit être mis en œuvre pour apaiser la personne en situation de crise avec des approches alternatives à une mesure de contrainte physique", rappelle Adeline Hazan. 

Une situation "habituelle", des habitudes illégales

Cela fait plus de cinq ans que les patients arrivant aux urgences générales "peinent à être hospitalisés en psychiatrie ou aux ‘urgences psychiatriques’", souligne le rapport. Et la situation s'est aggravée depuis octobre 2017. Plus globalement, dans le pôle psychiatrie, les contrôleurs ont observé une pratique générale de mesures d'isolement (enfermement) et de contention "ne répondant pas aux exigences législatives et réglementaires". En d’autres termes, ces habitudes sont illégales. "D’évidence, cet établissement ne respecte pas la loi de 2016", tranche Adeline Hazan.

Elle recommande donc donc "de faire cesser immédiatement ces atteintes aux droits", notamment au sein de l'accueil aux urgences, d'instaurer une "réflexion institutionnelle" sur les pratiques de contention et d'isolement ou encore de mettre en œuvre des moyens garantissant des hospitalisations adaptées. Selon son rapport publié ce jeudi, le directeur de l’hôpital a témoigné d’une "réelle volonté de changement" dans un courrier daté du 23 janvier dernier, adressé au CGLPL.

Le contrôleur général des lieux de privation de liberté a transmis ses recommandations à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn qui n'y a toujours pas répondu. "Une première depuis trois ans et demi que je suis en poste", souligne Adeline Hazan.  

Tension sur la psychiatrie dans le département

Dans le département de la Loire, il n'y a pas d'autre hôpital pouvant prendre en charge les patients nécessitant une hospitalisation en psychiatrie. Le Centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne est le seul établissement à pouvoir accueillir ces patients. Dans la Loire, "le nombre de psychiatres en ville est moins important qu’ailleurs dans les autres départements français", a assuré France Bleu Saint-Etienne Mickaël Galy, le directeur du CHU de Saint-Étienne. "Le nombre de lits de psychiatrie est moins important également", ajoute-t-il.  De plus, le service de psychiatrie au CHU de Saint-Étienne ne comporte que cinq à six places pour accueillir les urgences. Les personnes arrivant pour le traitement de maladies mentales ou de troubles psychologiques doivent donc souvent attendre aux urgences générales.

Il propose de "créer un espace nouveau des urgences", pour permettre aux médecins "d’isoler les personnes souffrant de troubles mentaux en leur garantissant la liberté d’aller et venir, et leur permettant une surveillance renforcée". Il faudrait aussi, selon Mickaël Galy, pouvoir ajouter dans les unités de psychiatrie "un lit supplémentaire et un salon d’apaisement de manière à pouvoir faciliter le parcours entre les urgences et le service de psychiatrie".

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