Une étude sur 27 pays industrialisés montre que la crise a eu un effet massif sur les femmes au niveau économique. Famille, violences conjugales, travail, santé, tâches ménagères : les femmes paient le prix fort.

Le travail des femmes plus durement touché par la crise du coronavirus. Illustration
Le travail des femmes plus durement touché par la crise du coronavirus. Illustration © AFP / JEROME LEBLOIS / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP

Dans son rapport annuel sur l'égalité femmes-hommes en entreprise, le cabinet Equileap constate que les femmes ont plus souffert de la crise sanitaire due au coronavirus que les hommes. Equileap est un cabinet indépendant spécialisé dans les données mondiales sur le monde du travail et l'égalité femmes-hommes.

"La Covid-19 a eu des conséquences massives et disproportionnées sur les femmes à travers la planète."

Le cabinet a collecté les données de 3 702 entreprises dans 23 pays développés de novembre 2019 à janvier 2021.

"Nous avons assisté à une hausse des violences conjugales, à la fermeture de très nombreux établissements de garde d'enfants, tandis que les femmes ont continué à assumer la plupart des responsabilités liées à l'éducation des enfants et au ménage."

Plus d'une femme sur quatre envisage de quitter son emploi

Le rapport cite notamment une étude du cabinet McKinsey réalisée aux États-Unis sur plus de 40000 personnes. Constat : plus d'une femme sur quatre a dû revoir à la baisse ses ambitions professionnelles et son plan de carrière pour se consacrer davantage aux taches ménagères et familiales en arrêtant de travailler. "Une décision inimaginable pour elles six mois plus tôt" constate McKinsey. Les femmes ont fait face à la double charge enfants/travail. Leurs employeurs, eux, leur ont souvent demandé plus de flexibilité en travaillant à n'importe quelle heure en raison du télétravail. Résultat : les femmes ont quitté le monde du travail en plus grand nombre que les hommes.

Auparavant, la proportion d'hommes et de femmes quittant leur entreprise était quasiment identique pour un même âge et un même niveau hiérarchique. Aujourd'hui, la Covid-19 pousse deux millions de femmes à envisager un départ anticipé, ce qui signifie selon McKinsey qu'il y aura également moins de femmes sur les rails pour être nommées à des postes élevés.

"Tous les progrès de ces six dernières années pourraient être effacés" selon le cabinet.

De multiples facteurs

Les facteurs poussant les femmes à revoir à la baisse, voire arrêter leur carrière sont multiples : 

  • Un sentiment de devoir toujours être disponible, à n'importe quelle heure
  • Le travail ménager
  • L'inquiétude que leur performances soient jugées de manière négative en raison des responsabilités supplémentaires pendant la crise
  • Les difficultés rencontrées pour échanger sur leurs problèmes avec leurs collègues
  • Un sentiment d'être écartées de toutes les décisions ayant un impact sur leur travail quotidien
  • Un sentiment d'incapacité à être entièrement disponible pour leurs tâches professionnelles lorsqu'elle travaillent

Par exemple, les mères ont plus tendance que les pères à s'inquiéter de voir leurs performances mal jugées en raison de leurs responsabilités familiales. Les femmes à des postes de dirigeantes seniors ont plus l'impression d'être toujours disponibles que les hommes au même niveau.

Inégalités entre les pays

Le Royaume-Uni a temporairement renoncé à l'obligation faite aux grandes entreprises de publier les écarts de salaires entre femmes et hommes. Le prétexte ? Les difficultés des entreprises face à la pandémie.

L'Espagne a adopté de son côté une loi obligeant les entreprises à s'intéresser à l'égalité des sexes, permettant à ce pays de se hisser à la deuxième place derrière la France et devant la Suède, dans le classement réalisé par Equileap. La France, elle, se démarque grâce à l'index pour l'égalité entre les femmes et les hommes au travail, instauré par Muriel Pénicaud et Marlène Schiappa en 2018. Un mauvais résultat pourra valoir une amende aux entreprises allant jusqu'à 1% de leur masse salariale. Mais il reste facile d'échapper à l'amende.

Un point positif relevé par Equileap tout de même : "Les pays dirigés par des femmes ont enregistré moins de cas et moins de morts, comme la Nouvelle-Zélande, la Norvège, la Finlande, l'Islande et le Danemark."