Combien de personnels de santé ont été infectés par la virus ? Jusqu'ici les autorités ne souhaitaient pas communiquer un tel décompte. Mais une enquête qualitative et un recensement de Santé Publique France pourraient donner des premiers éléments de réponse.

Un recensement des salariés d'établissements de santé est lancé par Santé Publique France.
Un recensement des salariés d'établissements de santé est lancé par Santé Publique France. © AFP / Pascal Pochard-Casabianca

Cette semaine, le Groupe d'étude sur le risque d'exposition des soignants aux agents infectieux (Geres), partenaire historique des autorités de santé pour la surveillance des accidents avec exposition au sang des soignants, a lancé une enquête sur les circonstances de contaminations des professionnels et personnels de santé par le Covid-19. Sur son site est également relayé un recensement national des cas de Covid-19 chez les salariés des établissements de santé, réalisé par Santé Publique France. Selon l'agence, ce décompte sera disponible dans le point épidémiologique en fin de semaine.

Les autorités ne voulaient pas de décompte des contaminations des personnels

Combien de soignants contaminés, hospitalisés, décédés... ? Au cours de ses conférences de presse quotidiennes, le directeur général de la Santé (DGS), Jérôme Salomon ne précise pas le nombre de professionnels de santé touchés. Concernant les Ehpad et établissements médico-sociaux, on dispose des données de Santé Publique France, jusqu'au 21 avril, dénombrant 31 907 cas confirmés ou possibles de contamination au virus.

Lorsque Jérôme Salomon, est interrogé par Le Généraliste, le 31 mars, il se dit “mal à l'aise” sur ce sujet, car selon lui “des professionnels de santé (...) ne souhaitent pas que l'on tienne un décompte, un peu macabre du nombre d'infirmières, d'aides-soignants, de médecins qui sont infectés. Et ce d'autant que d'autres professionnels pourraient dire qu'eux aussi sont concernés car ils participent de la chaîne de la prise en charge”. Au Quotidien du médecin, il explique que “le secret médical permet de conserver l’anonymat des patients, quelle que soit leur profession.”

Questionné par mail, le ministère de la Santé nous oppose le même refus le 3 avril: “Nous avons un objectif de surveillance nationale de l’épidémie, pas de suivi des cas individuels. Le secret médical permet de conserver l'anonymat des patients quel que soit leur profession. Ainsi, nous ne rendons pas public ces données et il n’est pas prévu de le faire dans les prochains jours.”

Mais depuis, les autorités ont changé d'avis, et un décompte national des contaminations des personnels d'établissements de santé sera disponible dans le point épidémiologique de Santé Publique France en fin de semaine. "Jusqu’à présent, une revue des personnels soignants infectés et victimes pouvait se faire à l’échelle locale et de façon marginale", concède par mail la Direction générale de la Santé (DGS). L’AP-HP avait par exemple communiqué son bilan du 12 avril, faisant état de 3 800 professionnels de santé contaminés travaillant dans les hôpitaux du réseau parisien.

Santé Publique France recense les cas de contamination et décès des professionnels de santé

"Récemment, et sur la base du volontariat, un outil a été mis en place par Santé Publique France. Il est fonctionnel depuis peu", annonce la DGS. Ce nouveau mode de recensement "permettra donc au niveau national et de façon uniforme une remontée des signalements des cas".

Ce recensement réalisé par Santé Publique France n'est pas accessible sur son site officiel, mais sur celui du Geres. "Il s'intéresse au nombre de professionnels de santé et autres salariés des établissements de santé publics ou privés, contaminés ou décédés", nous décrit Anne Berger-Carbonne, responsable de l’unité Infections associées aux soins et résistance aux antibiotiques à la Direction maladies infectieuses de Santé Publique France. 

Le questionnaire s'adresse à "une personne référente au sein de l'établissement qui est missionnée par le directeur pour le remplir chaque semaine, explique-t-elle. Il peut s'agir soit du médecin du travail, soit des équipes opérationnelles d'hygiène, soit de quelqu’un de la direction des soins. On leur demande un historique depuis le 1er mars et ensuite les nouveaux cas hebdomadaires".

"Dans les outils qu’on avait tout au début de l'épidémie, en phase un, en février, il y avait les questionnaires de recensement de tous les cas de contamination et leurs contacts. On y demandait si la personne concernée était un soignant, mais ce n’était pas forcément bien rempli", précise Anne Berger-Carbonne. Il y avait également "d’autres sources de données concernant les infections nosocomiales, mais elles étaient non exhaustives, donc on a pensé qu’il fallait un outil spécifique", dit-elle. 

Le recensement en ville est "un travail plus complexe", confie-t-elle. Des discussions seraient en cours "avec plusieurs partenaires", selon l'agence, afin de mettre en place ce décompte. Anne Berger-Carbonne cite notamment le Conseil de l'Ordre des médecins et la Caisse nationale d'assurance maladie.

Une enquête sur les modes de contamination des soignants

Pour la médecin, l'enquête lancée par le Geres, avec le soutien de la Haute autorité de santé (HAS), servira également de source de données en ville, bien qu'elle n'ait pas pour objectif d'établir un décompte.

Elle concerne l'ensemble des soignants et vise à obtenir "une description du contexte de contamination par type de profession, les modalités d’exercice, les tâches accomplies dans les deux semaines précédant les symptômes, résume Cyril Olivier, chef de projet à l'HAS. Pour chacune d’entre elles on leur demande de décrire l’équipement de protection individuel qu’ils avaient".

Les questions portent sur le mode d'exercice (en structure de santé, en ville...), les types de symptômes et le moment de leur apparition, les gestes à risque réalisés avec des patients, la nature des équipements de protection etc. Pour l'instant, un peu plus de 400 personnes auraient déjà rempli le questionnaire. Les personnels d’entretien, administratifs ou logistiques n'y seront donc pas intégrés.

"Nous voulions prendre en compte la contamination des soignants qui nous semblait peu surveillée", précise la Professeure Elisabeth Bouvet, infectiologue à l’hôpital Bichat, ancienne présidente du Geres et membre du collège de la HAS. "Pour nous, c'est important que cette information circule, ajoute-t-elle, car il y aura peut être plusieurs vagues de ce virus, donc il faut connaître les conditions de transmission pour s'adapter et pour que les professionnels soient informés des gestes à risque."

"C’est la moindre des choses de connaître leur contribution à la maladie, comme l'ont fait les italiens, note Anne Berger-Carbonne, c'est ce qu'on doit aux soignants." Reste la question des tests. À ce jour, la DGS n'est pas en mesure de nous indiquer combien de personnels soignants y ont eu accès.

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