Les geeks sauveront-ils le monde ? C'est en tout ce que pensent les services de renseignement extérieurs français qui, plus que des James Bond, cherchent de plus en plus à trouver leurs futurs "Q" pour faire face aux défis que pose la dépendance de la planète au numérique.

Chaque année, le concours Alkindi récompense les meilleurs cryptographes amateurs au collège et au lycée
Chaque année, le concours Alkindi récompense les meilleurs cryptographes amateurs au collège et au lycée © Maxppp / Richard Villalon

"On a besoin de gens très connectés aux nouvelles technologies, donc des jeunes. Il faut qu'on en fasse rentrer à la DGSE, c'est vital", explique Patrick Pailloux à l'AFP. "La cybersécurité, c'est l'alpha et l'oméga de la sécurité du monde dans lequel on vit. Si on n'est pas capable de sécuriser nos systèmes, toute autre sécurité ne sert plus à rien."

Fort de ce constat, le directeur technique de la DGSE (Direction générale de la Sécurité extérieure) garde notamment un œil attentif sur ce qui se passe dans les collèges et lycées. Et le meilleur moyen d'y détecter de futurs prodiges, c'est de suivre le déroulement d'Alkindi, concours de cryptographie ouvert aux élèves de la 4e à la 2de. Un concours dont la DGSE est (assez discrètement) partenaire : le nom des services de renseignements français apparaît à la toute fin de cette vidéo de présentation.

Ce mercredi, lors de la remise des prix virtuelle (coronavirus oblige), Patrick Pailloux était donc devant son ordinateur pour repérer qui, parmi les 65.000 candidats inscrits en décembre dernier, ont été les meilleurs sur des exercices de cryptographie et de chiffrement ludiques et adaptés à leur âge. Il regrette que, lorsqu'on parle d'espionnage, les jeunes aient surtout "James Bond et les forces spéciales dans la tête" : "Ils se disent : 'je ne suis pas un Rambo, je suis un geek'. Et cela ne leur vient pas à l'esprit de venir à la DGSE. Mais il n'y a pas que des surhommes survitaminés. Si on est survitaminé en sciences, on peut aussi servir son pays."

Susciter des vocations dans un monde qui en aura bien besoin

D'ailleurs les jeunes candidats ne savent parfois même pas ce qu'est la DGSE. Et ils ne se rendent pas forcément compte que leurs compétences, pas toujours mises en valeur au sein des cursus classiques, seront essentielles dans un futur proche. "Si on veut tirer un bon parti de l'intelligence artificielle, pour que le big data fonctionne, il faut que ça brasse des tonnes de données qui appartiennent aux individus", résume Matthieu Lequesne, doctorant à l'Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (INRIA).

"Il faut faire en sorte que les plateformes qui manipulent ces données n'apprennent rien sur nous. Donc la contrepartie, c'est de la bonne cryptographie [...] Derrière les maths, la logique, l'informatique, les enjeux sont politiques."

D'où l'idée, à travers ce type de concours, de planter les premières graines d'une éventuelle vocation future. Qui sera tout sauf du temps perdu pour les élèves : chaque année, la DGSE embauche plusieurs centaines d'ingénieurs, chercheurs et techniciens.

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