C’est étonnant tout de même: désormais, plus personne ou presque ne dit « oui ». A la télé, à la radio, on entend plein d' « effectivement », de « parfaitement », de « c’est pas faux »... Mais de simples « oui », c’est rarissime ! Il est pourtant joli ce mot. « Oui », ça commence comme un bisou et c’est ce qu’on murmure ou qu’on crie quand on se fait des câlins. Bref, c’est sexy, c’est charmant. Et plus charmant encore quand on le dit deux fois : « Oui-Oui » : c’est le nom d’un petit bonhomme avec un bonnet à clochette. Un héros de la littérature qui, soit dit en passant, n’a pas très bonne réputation. Il est un peu con-con, Oui-Oui. Un peu nigaud, un peu benêt. D’ailleurs on dit « béni oui-oui ». Et c’est peut-être précisément la raison pour laquelle on entend si peu « oui » dans les médias, où ce sont uniquement les tempéraments forts qui parviennent à s’imposer. Ce qui est beaucoup plus simple lorsque l’on dit « non ». « Non » ça vous pose un homme, « non » c’est de Gaulle ! C’est celui qui résiste ! D’ailleurs, on ne dit pas « béni non-non ». Des « non », dans les médias, on en trouve ainsi à la pelle, alors que les « oui » sont quasiment tout le temps remplacés par des synonymes plus longs. Par exemple « en effet », l’expression favorite de l'inimitable Philippe Douste-Blazy. « Vous aimez le chocolat ? » « En effet ! » Très bien. « Vous êtes plutôt slip ou caleçon ? » « En effet ! ». Le « en effet », on pourrait donc l'appeler le gimmick Douste-Blazy… Tandis que le « tout à fait » serait le gimmick Jean-Michel Larqué ! C’est le fameux « tout à fait Thierry », une expression longtemps brocardée par les humoristes, mais qui semble-t-il a progressivement imprégné le cerveau de tout un chacun. Dans la vie de tous les jours, on l'entend sans arrêt. « Tu veux du pain ? » « Tout à fait… » Qu’est-ce que ça signifie de vouloir « tout à fait » du pain ? Que l’on prévoit d’ingurgiter une baguette entière ? « Vous avez trois enfants, c'est ça ? » « Tout à fait… » Est-ce que ça sous-entend que l'on peut avoir « pas tout à fait » trois enfants. Deux et demi ? Deux trois quarts ? Du reste, même quand les gens veulent dire « oui », ils commencent souvent par prononcer un « non ». L'esprit de contradiction sans doute. « Christine Lagarde, est-ce que vous êtes choquée par le double salaire d'Henri Proglio ? » « Non, non, non, pas du tout... enfin je veux dire oui »… En fait, il n'y a guère plus que lors des mariages que l'on entend spontanément des « oui »... « Voulez-vous prendre mademoiselle pour épouse ? » Là, pas question de répondre « tout à fait », ni « en effet », ni « pourquoi pas, tient ». Là, il faut uniquement dire « oui ». Un mot qui, tout bien réfléchi, est certainement l'un des plus beaux de la langue française. Permettez-moi, du coup, de lancer ici un appel pour la réhabilitation du oui ! Et pour celle de Oui-Oui par la même occasion. Chronique (Gimmick) du 04/04/10 dans "Comme on nous parle"

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