Entrée Abercrombie
Entrée Abercrombie © Radio France

Le défenseur des droits, Dominique Baudis, a décidé de s'intéresser de près aux "conditions et au processus de recrutement au sein de la société Abercrombie and Fitch".

Déjà condamnée pour discrimination raciale à l'embauche aux Etats-Unis, la marque est soupçonnée d'appliquer des pratiques discutables en France.

L'entreprise américaine "semble fonder ses pratiques de recrutement sur des critères discriminatoires et notamment l'apparence physique". Le défenseur des droits a décidé de s'auto-saisir pour vérifier que ces pratiques ne sont pas discriminatoires.

Le culte du corps

La griffe, très prisée des adolescents, a fait de l'apparence physique sa marque de fabrique et cultive une image jeune et sexy.

A l'entrée de sa boutique parisienne des Champs-Elysées, des vendeurs à la plastique parfaite jouent aux hôtes, torse nu, souriants, et proposent aux clients de poser à leurs côtés, avant de s'engouffrer dans le magasin. A l'intérieur : lumière tamisée, parfum entêtant pulvérisé toutes les deux minutes, musique electro volume maximum et d'autres mannequins vous gratifient d'un "Hey, what's going on ?" ("salut, quoi de neuf ?").Depuis mai 2013, le PDG a même fait retirer des rayons femmes les tailles XL et XXL. Des mesures radicales et assumées qui confortent le positionnement de la marque : "C'est pour cela que nous embauchons des gens beaux dans nos magasins. Parce que nous les gens beaux attirent d'autres gens beaux, et nous voulons nous adresser à des gens cools et beaux".

La marque n'a pas peur d'une nouvelle sanction

Le groupe a déjà été poursuivi pour discrimination aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Il y a une dizaine d’années, il avait notamment accepté de payer 50 millions de dollars (37 millions d'euros) à un collectif américain d’employés et de personnes issues de minorités ethniques qui affirmaient avoir été dissuadées par l’entreprise de poser leur candidature.

En 2009, il avait été condamné à indemniser une vendeuse britannique ayant une prothèse à un bras, qui s’était vue interdire le contact avec les clients car elle ne respectait pas le code vestimentaire.

Le culte du corps revendiqué par la société n'aurait donc pas été abandonné et les recrutements se font bel et bien sur le physique du candidat. Le défenseur des droits révèle que les mannequins recrutés par la marque semblent être « en réalité à la fois des mannequins et vendeurs » . En effet le groupe propose toujours des offres d'emploi pour «mannequin H/F». Mais, explique-t-il, « si des exigences professionnelles essentielles et déterminantes pourraient légitimer la prise en compte de l’apparence physique dans le cadre de recrutement de mannequins, il en est autrement pour des postes de vendeurs ».

Si cette procédure discriminatoire de recrutement est avérée, le Défenseur des droits n'exclut pas une action au pénal. L'enquête devrait toutefois durer jusqu'à la fin de l'année.

Ecoutez Slimane Laoufi, chef du Pôle "Emploi privé" chez le Défenseur des droits, au micro de Vincent Bouquet :

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