Dans le langage courant, on emploie surtout ce mot-là pour qualifier les lieux et les sites considérés comme remarquables. « Les fameuses chutes du Niagara », « la fameuse tour de Pise » ou encore « la fameuse muraille de Chine » sur laquelle on acquiert « la fameuse bravitude »... L'adjectif convient également pour parler des particularités physiques de certaines célébrités. « Le fameux nez de Cyrano », « le fameux goitre de Balladur », « le fameux carré de Louise Brooks » et, pour rester dans la coiffure, « la fameuse coupe à la Waddle » – court devant, long derrière. Effet ridicule assuré, surtout si vous cumulez la coupe à la Waddle et le goitre de Balladur. Et puis ce qualificatif s’adapte évidemment au domaine culinaire. « La fameuse poule au pot d'Henri IV », « la fameuse tête de veau de Jacques Chirac » ou bien « la fameuse tarte aux pommes de ma grand-mère ». « Hum... c'est fameux ! » - voilà ce qu’on dit d’ailleurs lorsque c’est vraiment bon. Un fameux gustatif a priori très éloigné du « fameux » qu’on ne cesse d’entendre dans les médias. « Le fameux débat sur le voile intégral », « la fameuse rumeur élyséenne », « le fameux docteur Delajoux ». Dans ce cas-là, l’adjectif est un équivalent de « controversé », voire de « sulfureux ». Souvenez-vous : « La fameuse tâche sur la fameuse robe de la fameuse Monica Lewinsky ». Il est vraiment pratique, ce qualificatif. Il permet de rester flou, quand les choses sont un peu compliquées à raconter. Il s’agit donc d’un « fameux » qui évite au journaliste d’avoir à expliquer de quoi est faite la tâche, de quoi est faite la robe et de quoi est faite Monica Lewinsky… En plus, il est facile à dire ce petit mot-là, bien plus facile que mémorable, irremplaçable, irrésistible ou bien rocambolesque. Les journalistes, nous avons du mal avec les mots de plus de trois syllabes. « Fameux » n’en a que deux, ça glisse donc tout seul sous la langue. Mais il y a également une explication psychologique à ce qu’on pourrait appeler, pourquoi pas, « la fameusite ». Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais ce sont essentiellement les présentateurs des journaux de la mi-journée et du soir qui sont touchés par le symptôme ; ceux qui présentent le 13 heures, le 19 heures ou le 20 heures, c’est-à-dire au moment des repas ! Or les journalistes sont des personnes comme les autres, ils ont la dalle à cette heure-là ! Ils pensent poule au pot, tête de veau, tarte aux pommes et voilà certainement pourquoi ils utilisent ce mot qui leur rappelle la nourriture… A moins que l’explication soit en fait musicale… Ceux qui mettent des fameux à tout bout de champ ont peut-être trop écouté « le fameux trois mâts » d’Hugues Auffray ou bien alors Nicole Croisille. « Faaaammeux… Faaaammeux... Une faaaammeux… avec toi ! » Chronique (Gimmick) du 22/04/2010 dans "Comme on nous parle"

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