Pour prévenir les troubles alimentaires, les mannequins qui travaillent en France devront désormais fournir un certificat médical et les journaux signaler le photos retouchées

défilé de la collection Vuitton en mars 2017. En 2018 cette jeune femme aurait du présenter un certificat médical
défilé de la collection Vuitton en mars 2017. En 2018 cette jeune femme aurait du présenter un certificat médical © AFP / Bertrand GUAY

Les deux décrets d'applications ont été publiés vendredi au Journal officiel. Il aura donc fallu attendre pratiquement un an et demi car les lois avaient en fait été votées dans la loi Santé de janvier 2016.

Discrètement retouchées ?

Nos magazines vont pouvoir encore se régaler cet été de filles filiformes en maillot de bain, aux os saillants et aux cuisses épaisses comme vos avant-bras. Mais ensuite, à partir du 1er octobre, le ministère de la Santé précise qu'"il sera obligatoire d'accompagner les photographies à usage commercial de la mention 'photographie retouchée' lorsque l'apparence corporelle des mannequins a été modifiée par un logiciel de traitement d'image, pour affiner ou épaissir leur silhouette". Et ceci est valable autant pour la presse que pour la pub ou les catalogues.

Maigres jusqu'à l'anorexie

Mais le point le plus important de cette loi est un certificat médical obligatoire pour chaque mannequin français ou européen* qui veut travailler en France. Il entre en vigueur dès samedi. Valable deux ans maximum et délivré par la médecine du travail, il attestera de la bonne santé du modèle et d'un indice de masse corporelle supérieur à 18.

Le but est de prévenir l'anorexie chez les mannequins, mais également chez les jeunes qui prennent les prennent comme modèle. Les troubles du comportement alimentaires touchent environ 600.000 jeunes en France (dont 40.000 anorexiques) et sont la 2e cause de mortalité chez les 15-24 ans après les accidents de la route.

Si des clients demandent des filles taille 34-32, il y a des agences qui trouvent des filles taille 34-32

Pour Sylvie Grincout, agent et directrice de Mademoiselle Agency, une agence parisienne qui travaille avec une centaine de modèles, le certificat est une très bonne chose mais sera-t-il efficace ?

"Ce certificat médical est une bonne chose en soi, pour vérifier l’état de santé des mannequins avant qu’elles travaillent" expliqueSylvie Grincout "pour vérifier que les jeunes filles ne soient pas en mauvaises, pas en état d’anorexie. Nous au sein de l’agence on essaie de respecter ça et d’avoir que des filles en bonne santé et pas des filles malades, chétives, et qui ne ressemblent à rien. Ça peut contrôler les abus dans le milieu, mais ce n’est pas le milieu qui fait les abus, il faut le rappeler. Les agences ne sont que des intermédiaires entre les mannequins et les clients. On répond aux attentes des clients, si des clients demandent des filles taille 34-32, il y a des agences qui trouvent des filles taille 34-32. Faut voir au niveau des clients et des couturiers s’ils sont OK pour remonter leurs critères de taille".

Les employeurs - magazines ou agences - qui ne respecteront pas la loi, risqueront jusqu'à six mois d'emprisonnement et 75.000 euros d'amende. Mais que se passera-t-il si les clients se "ruent" sur des jeunes filles filiformes et Russes ou américaines ?

La France n’est pas la première à prendre des mesures

Israël a mis en place des lois semblables à celles que la France a adopté. Depuis 2012, il est interdit d'engager comme mannequin une personne trop maigre (avec un IMC inférieur à 18,5), il est interdit de présenter une publicité avec un mannequin qui a l'air d'être trop maigre et interdit d'utiliser un logiciel de retouche pour montrer un mannequin plus mince que dans la réalité sans le préciser.

En Europe, c'est l'Espagne qui la première a pris des mesures, interdisant en septembre 2006 les mannequins en dessous d'un IMC de 18 au Pasarela Cibeles, grand rendez-vous de la mode madrilène. L'Italie et la Belgique ont aussi pris des dispositions législatives ou réglementaires similaires.

* Sont également concernés les mannequins des autres pays de l'Espace économique européen, c’est à dire les 28 États membres de l'Union européenne plus la Norvège, l'Islande et la Suisse.

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