On les appelle les "enfants de la Creuse". Ils ont été "déplacés" de la Réunion vers la métropole entre 1963 et 1982. Déracinés, ils exigent maintenant des réponses.

Enfants de la Réunion exilés de force en métropole, le 18 Février 2014 devant l'Assemblée nationale à Paris,  jour où le Parlement débattait d'un projet de loi visant à reconnaitre la responsabilité de la France
Enfants de la Réunion exilés de force en métropole, le 18 Février 2014 devant l'Assemblée nationale à Paris, jour où le Parlement débattait d'un projet de loi visant à reconnaitre la responsabilité de la France © AFP / ERIC FEFERBERG

C'est l'une des histoires méconnues du passé de la France. Durant 19 ans, des enfants réunionnais vont être pris, pour certains, à leurs parents, d'autres sont orphelins et amenés en métropole. Avec un objectif : repeupler les départements victimes de l'exode rural. L'opération débute en 1963 sous l'impulsion du député de l'île à l'époque, un certain Michel Debré. Si les gouvernements se succèdent, la pratique va rester en place jusqu'en 1982. Au moins 2 150 enfants vont ainsi être déracinés selon la commission nationale des enfants de la Creuse créée en février dernier.

C'est comme un tsunami

Cette commission siège à Paris, au ministère des Outre-Mer, ce vendredi 6 janvier. Les cinq experts vont venir écouter les préoccupations des enfants "déplacés", comme ils l'ont déjà fait sur l’île de la Réunion en octobre. La commission est ensuite très attendue, deux jours plus tard, le 8 janvier à Guéret. C'est dans cette commune de la Creuse qu'est arrivée à l'âge de trois ans Valérie Andanson. Devenue porte-parole de la Fédération des enfants déracinés, elle explique n'avoir aucun souvenir, "seulement des flashs dans l'avion." Elle fait le voyage avec ses cinq frères et sœurs, la fratrie est séparée à l'arrivée en métropole. Elle apprendra bien plus tard que ses frères et sœurs sont eux aussi dans le département. "C'est comme un tsunami, une douche froide" explique Valérie Andanson. "Durant des années nous nous croisions dans Guéret sans le savoir" précise-t-elle.

Maltraitance et agressions sexuelles

Beaucoup de ces enfants exilés ont été utilisés comme main d'œuvre bon marché par leurs familles d’accueil, d'autres ont subi des agressions sexuelles. "J'ai été maltraitée pendant quatre ans avant d'être adoptée. Ensuite j'ai connu l'amour" raconte Valérie Andanson. Comme bon nombres de victimes, elle attend beaucoup de la commission nationale des enfants de la Creuse, dont les travaux doivent durer deux ans. À sa tête, Philippe Vital : le sociologue rappelle que certains enfants "sont partis à 4 ans et n'ont plus jamais remis les pieds sur l'île, ils n'ont plus de traces de leurs familles et ne connaissent pas leur histoire".

Des demandes de réparation

Selon Philippe Vital, la commission doit "écouter et comprendre les difficultés actuelles des exilés". "Nous devons voir ce qui pose problème dans l'accès à leur dossier" explique-t-il. Certains déracinés évoquent des pièces manquantes dans les archives, ne permettant pas de faire le lien avec la famille restée sur l'île. Pour Valérie Andanson, le plus urgent est la mise en place par l'État d'une cellule psychologique pour panser des "souffrances graves". Elle espère aussi des réparations financières, sans vraiment y croire. En 2002, l'une des victimes, Jean-Jacques Martial, a attaqué l'État français pour "enlèvement et séquestration de mineur, rafle et déportation". D'autres plaintes ont suivi. Elles sont restées sans suite à ce jour. La commission devrait rendre ses premières conclusions mi-février.

POUR EN SAVOIR PLUS | Retrouvez l'émission de reportage Interception consacrée aux "Enfants de la Creuse"

►►►ÉCOUTER | "Je n'ai découvert cette histoire qu'à l'âge de 16 ans" : le reportage de Yann Gallic

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