Avec le coronavirus, universités et écoles sont obligées de repenser l'organisation de leurs examens. À HEC, on a opté pour des examens à domicile, avec un système de surveillance que les étudiants estiment intrusif. Il permet notamment de scanner la pièce où ils se trouvent ou de suivre le mouvement de leurs yeux...

La surveillance des examens à distance passe par une utilisation de leur webcam que les étudiants jugent intrusive
La surveillance des examens à distance passe par une utilisation de leur webcam que les étudiants jugent intrusive © Radio France / Olivier Bénis

S'il n'y avait pas l'obligation de distanciation sociale, ils seraient peut-être même allés jusqu'à organiser une AG, ce qui n'est pourtant pas dans leurs habitudes. Il faut dire que les étudiants de HEC ne cachent pas leur inquiétude, voire leur colère face aux modalités d'examens que leur école souhaite leur imposer. En cause, l'utilisation de logiciels de surveillance en ligne (puisque les examens se passent à domicile) qui, selon eux, pose à la fois des problèmes d'égalité des chances et de respect de la vie privée.

En 24 heures, leur pétition lancée le 11 mai a récolté 300 signatures, sur les 900 étudiants concernés par ce nouveau fonctionnement contraint par la crise du coronavirus. Dans cette lettre ouverte, que nous avons pu consulter, ils s'inquiètent de l'utilisation de deux logiciels, le service de réunion en vidéo Zoom mais surtout la plateforme Proctorio, conçue pour surveiller automatiquement les étudiants, leur environnement et leur comportement.

Scanner la pièce, suivre les mouvements des yeux, filmer l'étudiant, analyser les sites explorés...

Ce système est basé sur une extension du navigateur internet Chrome, qui dès l'installation demande des autorisations pour le moins intrusives : accès aux données de tous les sites web consultés, aux éléments que vous copiez-collez, possibilité de gérer vos téléchargements, vos captures d'écran, bloquer l'accès à un disque dur ou une clé USB, modifier les paramètres de confidentialités du navigateur... Elle peut également filmer et stocker une vidéo de l'étudiant à certains moments, accessible ensuite à l'équipe pédagogique en cas de doute.

Capture d'écran de l'écran d'installation de l'extension Proctorio
Capture d'écran de l'écran d'installation de l'extension Proctorio

Autant d'éléments dont la société américaine Proctorio assurent qu'ils ne sont utilisés que partiellement, pour empêcher la triche. Elle précise d'ailleurs aux étudiants qui s'en inquiètent (en particulier aux États-Unis où la plateforme est déjà fréquemment utilisée) que ce sont les écoles et les professeurs qui décident ou non d'utiliser les fonctions de surveillance proposées par leur application.

Mais si l'on en croit la lettre ouverte des étudiants d'HEC, leur école a eu la main lourde sur les fonctionnalités de surveillance. "La plateforme Proctorio exige, avant – et parfois pendant – l’examen, un scan à 360° de la pièce dans laquelle l’étudiant subit l’épreuve. Cette pièce peut de surcroît être filmée durant la totalité de l’examen, par Zoom comme par Proctorio." Le texte estime que c'est une atteinte excessive à l'intimité, non seulement des étudiants eux-mêmes, mais aussi de "l'ensemble des membres du foyer où il réside", s'ils vivent par exemple en colocation ou chez leurs parents.

Gabrielle (le prénom a été modifié), raconte par exemple qu'une fois connectée, elle doit "prendre mon ordinateur et faire le tour à 360 degrés de la pièce où je me trouve, pour vérifier que je n'ai pas de poster avec des choses écrites, pas de bouteille d'eau avec une étiquette sur mon bureau, bref que je n'ai pas d'antisèche sur le mur".

Les étudiants s'inquiètent aussi d'une inégalité de fait entre les étudiants selon leur équipement et la qualité de leur connexion : possession ou non d'une webcam, difficultés d'accès à Internet selon la région où ils se trouvent. Et craignent que cette pression supplémentaire les desserve, dans un contexte où "beaucoup des étudiants font [déjà] face à un stress ou à une détresse sans précédent". Bref, comme le résume un étudiant signataire : "la surveillance numérique est inadmissible et déraisonnable".

"La plupart des examens que nous passons dans nos vies impliquent une surveillance", répond l'école

L'école leur a répondu, justifiant la mise en place de système par la volonté d'éviter toute triche pendant les examens. "Pour éviter tous les types de triche, nous avons besoin de la vidéosurveillance", explique l'un des dirigeants de l'école, qui a pris la décision d'utiliser ces outils. "La surveillance en ligne est d'ailleurs totalement soutenue par le ministère de l'Enseignement supérieur", qui selon lui "fournit même des instructions et des comparatifs des différents services payants". Il estime également que "la plupart des examens que nous passons dans nos vies impliquent une surveillance. On peut même dire que la surveillance par webcam est bien moins intrusive que la surveillance en personne pendant les examens sur site." La réponse d'HEC ouvre toutefois la voie, "en dernier recours", à des examens sur le campus fin août 2020.

"La triche est, justement, ce que chacun souhaite éviter", écrivent les étudiants dans leur lettre ouverte. "Mais l’esprit de communauté qui nous anime peut aussi nous inviter à nous faire mutuellement confiance : chacun souhaite la réussite des autres dans les meilleures conditions possibles."

Dans sa réponse, l'école assure surtout s'inquiéter pour la réputation de cette promotion particulière, et vouloir éviter que "le marché pense que cette année, vos performances n'ont pas été suffisamment mises à l'épreuve à cause de la situation liée au Covid-19". Dans un commentaire en marge de la pétition, un étudiant balaye sèchement cet argument : "L’éthique fait tout autant partie du prestige de HEC que son excellence académique".

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