Les transports publics seront-ils bientôt gratuits à Paris ? L'annonce de la maire de Paris Anne Hidalgo lundi soir laisse les acteurs peu convaincus et pour cause : en Allemagne, les villes pilotes antipollution trouvent l'idée irréaliste et aucune métropole de la taille de Paris n'a franchi le pas.

La maire de Paris Anne Hidalgo a annoncé hier dans un communiqué lancer une étude sur l'éventualité d'une gratuité des transports en commun.
La maire de Paris Anne Hidalgo a annoncé hier dans un communiqué lancer une étude sur l'éventualité d'une gratuité des transports en commun. © AFP / YANN KORBI / CrowdSpark

La gratuité des transports publics est-elle possible dans une grande ville ? L'annonce lundi soir de la maire de Anne Hidalgo d'une réflexion sur les titres de transports gratuits dans la région Île-de-France pose de nombreuses questions quant au financement d'une telle mesure.

Car il est aujourd'hui impossible d'obtenir une vision chiffrée précise. Qui paie, combien, comment ? La ville de Paris ne dispose pas de chiffres en l'état, mais explique que c'est le but de cette étude. 

Comme le précisait ce mardi Christophe Najdovski au micro d'Hélène Roussel, l'étude permettra de définir si la mesure est envisageable, viable, ainsi que son périmètre. A priori, répondait hier la mairie de Paris, cela concernera Paris et les départements de la petite couronne, parce que les habitants en partagent les habitudes de transport, de travail, de loisirs, et partagent surtout la pollution. 

2,8 milliards d'euros à financer

Le coût reste lui aussi flou. Les seuls chiffres connus sont, d'une part le budget des transports en commun d'Île-de-France : 10 milliards d'euros et d'autre part, la participation des particuliers : 28 %. Il s'agit donc aujourd'hui de trouver comment financer 2,8 milliards d'euros en lieu et place des usagers. 

Île-de-France Mobilité estime la mesure inimaginable et rappelle d'ailleurs que ce n'est pas Anne Hidalgo qui dispose de cette compétence, mais bien la Région Île-de-France. Même opinion pour Gilles Dansart, le directeur de Mobilettre sur les transports. Lui qui n'y voit, dit-il, qu'un coup politique de la maire de Paris.

La difficile gratuité des capitales européennes

Pourtant, la gratuité des transports existe déjà depuis des années dans plusieurs villes françaises et même dans une capitale européenne. En France, la plus grande agglomération à proposer la gratuité des transports, Niort, se compose de 7 lignes de bus urbaines, 12 lignes périurbaines et dessert 45 communes et 120 000 habitants. 

En septembre prochain Dunkerque devrait instaurer la même mesure pour desservir 200 000 personnes. Mais là encore, nous sommes loin des 4,2 millions d'usagers comme en Île-de-France.

En Europe, la capitale exemplaire sur le sujet, Tallin, en Estonie, annonçait fin 2016 20 millions d'euros de profit dans sa ville de 420 000 habitants, après trois ans de gratuité. 

Mais dès que l'on évoque des villes de plus grandes tailles, la gratuité des transports ne semble pas envisageable. En Allemagne, les villes pilotes qui doivent tester des mesures visant à réduire la pollution ont rejeté fin février la proposition de gratuité totale des transports en commun, émise par le gouvernement quelques semaines plus tôt.

Pressé par Bruxelles de prendre des mesures drastiques pour réduire la pollution dans les villes, Berlin avait récemment laissé entendre dans un courrier qu'il pourrait instaurer la gratuité des transports en commun utilisés par des millions de personnes chaque jour en Allemagne. Cette mesure devait être testée dans cinq villes du pays, dont l'ancienne capitale Bonn (300 000 habitants environ) et Essen, métropole industrielle de la Ruhr qui compte près de 600 000 habitants.  Mais le gouvernement avait, dès le lendemain, minimisé la portée de sa proposition qui aurait des conséquences multiples, notamment financières et logistiques, pour les villes qui devraient tout à coup gérer une augmentation drastique du nombre d'usagers.

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