Le parlement hongrois a adopté, ce mardi, un texte interdisant la "promotion" de l'homosexualité auprès des mineurs, suscitant l'inquiétude des défenseurs des droits, alors que le gouvernement souverainiste de Viktor Orban multiplie les restrictions visant les LGBT.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2010, le Premier ministre, Viktor Orban, ne cesse de durcir la législation contre la communauté LBGT en Hongrie.
Depuis son arrivée au pouvoir en 2010, le Premier ministre, Viktor Orban, ne cesse de durcir la législation contre la communauté LBGT en Hongrie. © AFP / Kenzo Tribouillard

L'amendement, porté par le parti au pouvoir, le Fidesz, a été adopté mardi, malgré le boycott de l'opposition, à l'exception du Jobbik nationaliste, qui a voté pour. "La pornographie et les contenus qui représentent la sexualité ou promeuvent la déviation de l'identité de genre, le changement de sexe et l'homosexualité ne doivent pas être accessibles aux moins de 18 ans", est-il écrit dans le texte, qui entend ainsi "protéger les droits des enfants"

Médias, édition

L'application pratique de ce texte n'est pas encore tout à fait définie, mais elle concernera aussi bien le programme scolaire que l’édition ou les médias, ainsi que la publicité. La pub Coca-Cola représentant un couple d'hommes qui avait suscité en 2019 des appels au boycott, par exemple, pourrait en faire les frais.

Il devrait en être de même pour les livres, tels que le recueil de contes et légendes dédramatisant l'homosexualité, "Le Pays des contes pour tous", qui s’était attiré les foudres du pouvoir à l’automne 2020. A l'écran, des séries comme "Friends", "Modern Family", ou des films comme "Bridget Jones", "Billy Eliot" et des adaptions de "Harry Potter", dans lesquels l'homosexualité est évoquée, ne pourraient être diffusés que tardivement, s'alarme la chaine de télévision hongroise RTL Klub sur Facebook.

Dans le milieu scolaire, le texte interdit les cours d’éducation sexuelle s’ils "visent à promouvoir la non-conformité au genre, le changement de sexe ou l’homosexualité". A cette fin, les organisations non gouvernementales intervenant dans les établissements d’enseignement devront obtenir un agrément du pouvoir.

Un amalgame avec la pédophilie

Les amendements qui définissent ces interdictions s'inscrivent dans le cadre d'un arsenal de mesures de protection des mineurs et visant à lutter contre la pédophilie. Viktor Orban n'hésite d'ailleurs pas à faire l'amalgame : les homosexuels "ne doivent pas franchir une ligne rouge : laissez nos enfants tranquilles", avait-il déclaré en octobre.

Le premier ministre nationaliste entend se donner l'image d'un défenseur de la "culture chrétienne", en durcissant sans cesse la législation contre les lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres, dans un pays où leurs droits étaient pourtant en progrès, avant son arrivée au pouvoir entre 1998 et 2002, et depuis 2010. Dès le début des années 1960, l'homosexualité avait été dépénalisée, l'union civile entre conjoints de même sexe reconnue dès 1996.

En 2010, le progrès marque le pas : le mariage et l'homoparentalité ne sont pas acceptées par la Loi fondamentale de la Hongrie, votée uniquement par le Fidesz. En décembre dernier, le gouvernement acte l'interdiction de l'adoption par les couples de même sexe, la restreignant aux couples mariés, et inscrit la notion traditionnelle de la famille et du "genre" dans la Constitution, empêchant le changement de sexe à l’état civil.

L'inquiétude des associations de défense des droits LGBT

Les associations de défense des droits LGBT s'inquiètent que l'application de ce nouveau texte aggrave la discrimination envers les minorités sexuelles en Hongrie. "Le texte de la loi est, à dessein, très ambigu", souligne Zsolt Szekeres, représentant du comité Helsinki (HHC), une organisation de défense des droits humains, à l'AFP. "Comment m'assurer que ce que je vais dire n'arrivera pas aux oreilles de quelqu'un de moins de 18 ans, qu'un enfant ne passera pas dans la rue lors d'une Gay Pride ?", s'interroge-t-il. 

Des milliers de personnes sont descendues, lundi soir, dans les rues de Budapest pour fustiger les "cruelles campagnes politiques" du pouvoir, instaurant "un environnement hostile", estime dans un communiqué le directeur d'Amnesty International en Hongrie, David Vig, faisant un rapprochement avec la loi russe qui punit tout acte de "propagande" homosexuelle destinée aux plus jeunes, adoptée en 2013.