La canicule fait fondre la France et les conventions vestimentaires, malgré les interdits. Et si les conducteurs de bus de Nantes en jupes lançaient la révolution de chiffon ?

Trois hommes en jupe, 1905
Trois hommes en jupe, 1905 © Getty / Kirn Vintage Stock

La révolution vestimentaire partira-t-elle de Nantes ?Ce mercredi 21 juin, jour d’été, les conducteurs de bus de la ville se voient interdire le port du bermuda. En plein épisode de canicule sur la France, ces derniers ont répliqué en débarquant au dépôt de bus vêtus de jupes. Ce vêtement traditionnellement réservé aux femmes depuis le XVIe siècle dans les sociétés occidentales sera-t-il en passe, un jour, d’intégrer la garde-robe de l'homme moderne ?

Il faut dire que les chauffeurs de bus aimeraient bien raccourcir leurs vêtements quand les températures l’exigent, et ils en ont fait la demande depuis 2013.

Avec le réchauffement climatique, on pourrait à juste titre se dire qu’il serait bon d’envisager que nos tenues devraient petit à petit s’adapter à la météo, au-delà des conventions sociales. De nombreux créateurs ont fortement contribué à faire revenir ce vêtement sur le corps masculin, sans succès.

A contrario, en plein épisode de polémique sur le « manspreading » , on peut se demander si la jupe masculine est une bonne idée…

Regardons le verre à moitié plein : cela obligerait certains hommes à se tenir « correctement » dans les lieux publics si on leur imposait ce que Pierre Bourdieu appelait le « corset invisible ».

La jupe a-t-elle un sexe ?

En 2016, l’exposition « Tenue Correcte exigée » au Musée des arts décoratifs listait ces vêtements qui dans un certains contextes ont fait scandale : décolleté, mini-jupe, les pantalons pour femmes, les débardeurs, les bikinis … Finalement ce ne sont pas tant les vêtements que la sexualité qu’on leur prête symboliquement qui choquent. A l’instar d’Alain Souchon, une femme chanterait les jupes des garçons ? Alors la jupe a-t-elle vraiment un sexe ?

En Asie, on porte le sarong sans se poser d'autres questions que celle du confort. L'Écosse a fait kilt un des piliers de sa culture, résistant au pantalon des peuples germains. Le clergé catholique porte la robe, comme les orthodoxes. En 2004, à Rennes, l'association Homme en jupe avait fait un happening pour défendre la cause.

La jupe est originellement un vêtement unisexe, dont la racine vient de l'arabe joubba. Nos ancêtres hommes et femmes les portaient donc, peu importe la longueur ou la matière. Et que dire de l'époque romaine et grecque, où l'on était nu sous la toge...

Cravate ou tailleur au Palais Bourbon ?

En politique aussi, les fringues font jaser. Pas plus tard qu'hier, Moetai Brotherson, député polynésien fraîchement élu, a fait son arrivée à l'Assemblée Nationale en chemise à fleurs, bermuda et claquettes (sans chaussettes s'il vous plaît). Loin d’égayer le palais Bourbon, il provoqua un rappel à l’ordre quant à l"étiquette à respecter.

Les représentants du peuple doivent porter la cravate… ou le tailleur, si vous êtes une femme. Déjà Cécile Duflot avait essuyé des remarques sexistes de la part de ses collègues pour le port d’une robe. A défaut de robe, François Ruffin a promis qu’il porterait la cravate et non son traditionnel tee-shirt, comme le relevait Eric Delvaux ce matin dans son cabinet de curiosités. Et Cédric Villani a vérifié que sa lavallière était autorisée avant de prendre ses quartiers. Quant à Jean-Luc Mélenchon, on ne sait pas encore sa position sur le sujet . Portera-t-il la jupe dans l'hémicycle en soutien des conducteurs de bus de Nantes ? Rien n'est moins sûr.

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