[scald=59829:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - La question de la récidive criminelle, devenue lancinante ces dernières années du fait d'une série de faits divers, revient dans l'actualité mercredi en France avec un nouveau procès visant le meurtre d'un joggeuse, aux assises de l'Essonne.

Ce sujet oppose vivement depuis 2007 la majorité, qui a fait voter au fil des crimes plusieurs lois, et les syndicats de magistrats. Ces derniers jugent que le gouvernement impose des solutions illusoires tout en appauvrissant la justice.

Manuel Ribeiro Alves da Cruz, Français d'origine portugaise âgé de 49 ans, est accusé d'avoir tué Marie-Christine Hodeau, après l'avoir enlevée lors de son jogging en forêt, séquestrée et violée, le 28 septembre 2009 à Milly-la-Forêt (Essonne).

Confondu notamment par son ADN, cet homme, qui reconnaît les faits, avait alors fini de purger une première peine de onze ans de réclusion criminelle prononcée en 2002 pour le viol en 2000 d'une fillette de 13 ans. Il encourt la perpétuité dans ce nouveau procès qui s'achèvera le 8 novembre.

Après sa condamnation, il avait été libéré une première fois en 2006, réincarcéré cinq mois plus tard, puis libéré définitivement en 2007. Les obligations de soigner son alcoolisme, "pointer" chaque mois au commissariat, indemniser sa victime et éviter son voisinage avaient été ensuite remplies et donc levées définitivement en novembre 2008.

Cet homme marié et père de quatre enfants était alors revenu s'installer près du domicile de sa première victime, comme gardien d'immeuble, suscitant des inquiétudes de cette dernière et de sa famille. Même s'il n'y a pas eu de manquement, la procédure ayant été appliquée, le dossier suscite des questions.

EXPERTISES ET VIE EN PRISON

Selon l'accusation, Manuel da Cruz a repéré sa victime pendant plusieurs jours, avant de lui tendre un piège le jour du crime et la jeter dans un coffre de voiture.

Comme elle avait utilisé son portable pour alerter les gendarmes, il se serait arrêté pour la ligoter à un arbre, la violer, puis l'abandonner avant d'aller changer de véhicule pour brouiller les pistes, revenir sur place et la tuer en l'étranglant.

Les expertises réalisées lors du premier crime, commis en état d'ivresse, avaient mis l'accent sur le problème d'alcoolisme de l'accusé, sans conclure à une dangerosité psychologique, finalement détectée après le second crime.

L'accusé est "dépourvu d'interdit moral", ont conclu les experts.

La mauvaise qualité générale des expertises psychiatriques étant souvent relevée, l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) se dit favorable à la création d'un institut pour améliorer le recrutement et la sélection des experts. La psychiatrie ne sera cependant jamais une science exacte et ne peut être prédictive", souligne-t-on chez les juges.

Les syndicats de magistrats et de personnels judiciaires soulignent par ailleurs l'indigence des prisons françaises en matière de structures de soin et l'extrême pauvreté des structures de probation, victimes de coupes budgétaires.

Les juges d'application des peines, chargés de gérer les libérations conditionnelles, permettant statistiquement de réduire la récidive, suivent en général plusieurs centaines d'ex-détenus simultanément, voire plusieurs milliers.

Ces syndicats critiquent l'accumulation des lois qui ont, depuis 2004, créé un fichier des auteurs d'infractions sexuelles, allongé les périodes de détention, instauré des obligations de soins, la "castration chimique" ou encore la "rétention de sûreté".

"Ce n'est pas un problème de loi, il faut rendre effectifs les dispositifs existants et les dynamiser", a dit à Reuters Matthieu Bonduelle, secrétaire général du Syndicat de la magistrature (classé à gauche).

Pour diverses raisons, la "castration chimique" (un traitement médical réversible mais qui suppose un consentement) et la "rétention de sûreté" (une possibilité de retenir indéfiniment en détention des condamnés ayant purgé leurs peines mais vus comme dangereux) ne sont d'ailleurs pas en vigueur.

Le PS a promis d'abroger cette dernière mesure, vue comme liberticide, en cas de retour au pouvoir en 2012. Elle n'aurait pas été applicable à Manuel da Cruz puisqu'elle concerne les personnes sanctionnées de 15 ans de réclusion et plus.

Thierry Lévêque, édité par Jean-Baptiste Vey

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