À partir de mardi, la proposition de loi visant à lutter contre les thérapies de conversion qui prétendent guérir des personnes homosexuelles ou transgenres, sera en discussion à l'Assemblée nationale. Elle prévoit la création d'un délit spécifique.

La proposition de loi portée par la majorité vise à interdire les thérapies de conversion en créant un délit spécifique et en prévoyant des peines de prison pour les auteurs.
La proposition de loi portée par la majorité vise à interdire les thérapies de conversion en créant un délit spécifique et en prévoyant des peines de prison pour les auteurs. © AFP / Edouard Monfrais / Hans Lucas

La proposition de loi contre les thérapies de conversion arrive à l'Assemblée nationale ce mardi 5 octobre. Des "thérapies" qui prétendent guérir des personnes homosexuelles ou transgenres à force d'entretiens, stages, prières, exorcismes ou encore séances d'électrochocs. L'objectif est d'interdire ces pratiques, qualifiées de "torture" par les Nations unies, qui tentent de "modifier l'orientation sexuelle d'une personne ou son identité de genre". Pour lutter contre ce phénomène et mieux le quantifier, le texte porté par la majorité prévoit la création d'un délit spécifique et des peines de prison.

Des conséquences psychologiques durables pour les victimes

Même si pour l'heure, aucune donnée statistique nationale sur le sujet n'est disponible, il existe bel et bien des victimes qui peuvent souffrir durablement de dépression, troubles de la personnalité ou encore également nourrir des idées suicidaires. Le collectif "Rien à guérir" a récolté "plus de 200 témoignages en ce sens", affirme son porte-parole Benoit Berthe. Lui-même a dû participer à des groupes de parole organisés par une communauté catholique qui prétend le "soigner" de son attirance pour les garçons. Le jeune homme a alors 15 ans. 

"On passait quelques jours dans des monastères et on avait un père spirituel à qui on avait l'obligation de tout raconter", relate-t-il à France Inter. Un "guide spirituel" qui en profite pour faire passer des messages homophobes : "Il y a des choses qu'on m'a dites qui restent encore gravées dans ma tête, comme : 'les homosexuels se font recoudre les fesses'. Des choses pour effrayer. On nous disait : 'tu ne veux pas finir comme un dépravé !'"

Des séances dont le jeune homme ne sortira pas indemne. Il mettra des années à s'en remettre. "J'avais l'impression d'être cassé, d'être un mauvais fils, de faire tout mal, je faisais des cauchemars où je brûlais en enfer, j'avais des idées noires, j'avais envie d'en finir", se souvient Benoit Berthe.

Des thérapies médicales, religieuses et sociétales

Interpellée sur les réseaux sociaux en 2017 par une victime de ces thérapies, la députée LREM à l'origine du projet de loi, Laurence Vanceunebrock (LREM) n'imaginait pas l'ampleur du phénomène avant de s'emparer du sujet : "Je savais que c'était très important outre-Atlantique, mais je ne pensais pas qu'en France, encore aujourd'hui, on puisse pratiquer ce genre de chose. On recense des exemples de thérapies de conversion dans de nombreux départements. Il y a des jeunes qui nous ont raconté être mis physiquement nus, on leur jetait de l'eau bénite dessus. D'autres nous ont relaté des séances d'exorcisme". Des pratiques rétrogrades qui concernent plusieurs groupes traditionalistes issus de différentes religions (évangéliques, protestants, juifs, musulmans, catholiques...) assure la députée. 

Mais ces thérapies peuvent être également pratiquées par des médecins. La mission d’information parlementaire a ainsi auditionné en 2019 plusieurs victimes de "thérapies médicales" : l'une d'elles, par exemple, a subi des séances de semi-hypnose à l’occasion desquelles des messages à connotation sexuelle lui étaient répétés, une autre encore raconte avoir été soumise  à des séances d’électrochocs dans une clinique du sud de la France. "Il existe également des thérapies sociétales", ajoute la députée, c'est-à-dire des pressions exercées au sein des familles qui voudraient que leur enfant soit hétérosexuel, "cela peut prendre la forme de viols punitifs ou de mariages forcés..." 

Des peines de prison prévues pour les auteurs de ces thérapies

Du côté des groupes religieux qui proposent un accompagnement spirituel aux croyants homosexuels ou transgenres, on fait valoir la liberté de culte et les écritures saintes. Deux organisations nées aux États-Unis, "Courage" (un apostolat catholique) et "Torrents de vie" (un apostolat évangélique), ont ainsi été auditionnées par la mission d’information parlementaire. 

"Cette définition de thérapie de conversion a été élargie pour inclure ceux qui ont une vision de l'homosexualité qui n'est pas conforme à la doxa ambiante, pour les faire taire", réagit Xavier Guillaume, l'un des représentants de l'association "Courage" à Paris, et qui organise des groupes de parole et retraites spirituelles pour chrétiens homosexuels.  

"Le simple fait de dire 'je pense que les actes homosexuels ne sont pas une façon saine et bonne de pratiquer la sexualité', peut être perçu, selon ce texte de loi, comme une contrainte. Ma crainte, c'est que demain on soit obligés de se réunir en cachette", assure-t-il à France Inter. 

Le projet de loi examiné ce mardi à l'Assemblée nationale prévoit pour les auteurs de thérapie de conversion des peines de deux ans de prison et 30 000 euros d’amende et de trois ans de prison et 45 000 euros d’amende si la victime est mineure.