Rassemblement pour la pénalisation des clients de la prostitution
Rassemblement pour la pénalisation des clients de la prostitution © MaxPPP / François Lafite

Après trois ans de débat, les députés étudient mercredi pour la troisième fois un projet de loi sur la prostitution, dont la mesure phare prévoit de sanctionner les clients.

Une amende de 1500 euros

Mesure la plus marquante : sanctionner l'achat d'actes sexuels d'une contravention de 1 500 euros, plus de 3000 en cas de récidive. Le texte inverse la charge pénale, ce n'est plus la prostituée qui est pointée du doigt mais le client. Selon le mouvement du Nid, association qui aide près de 5 000 prostituées chaque année en France, il y a aujourd'hui en France près de 37 000 prostituées. Dont 85% d'étrangères.

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Les prostituées inquiètes

Viser le client est perçu, pour beaucoup de prostituées, comme un risque direct pour leur sécurité."Angélique" a la cinquantaine passsée, 30 ans de métier , elle utilise un prénom d'emprunt quand elle travaille. "Parce que c'est plus facile comme ça, dit-elle, mes clients aiment bien. Ca fait petit ange." Ce projet de loi, elle ne le soutient pas : "Pénaliser le client, c'est nous mettre en difficulé".

Cette loi n’a ni queue ni tête. On autorise la prostitution mais on interdit aux gens d’y aller . S’ils ne veulent pas que les putes existent, ils n’ont qu’à interdire la prostitution, en nous donnant les moyens d’arrêter. Cela va avoir un effet pervers : plus de clandestinité.

Protéger les femmes en grande fragilité

Grégoire Théry, secrétaire général du mouvement du Nid, ne voit pas les choses comme ça : "Si vous êtes client de la prostitution, face à des femmes en grande fragilité, vous n'aurez plus le droit de profiter de votre avantage économique", argumente-t-il.

Pénaliser le client, ça veut dire moins de clients, donc moins d'argent dans les poches des proxénètes. Quand un client voudra imposer un acte sexuel, sans utiliser de préservatif ou un acte sexuel que la prostituée refuse, il prendra le risque immense d’être dénoncé, puisque le simple fait de solliciter cet achat est illégal

De nouveaux droits pour les prostituées

Le texte fait évoluer le statut des prostituées,considérées comme victimes et non plus comme délinquantes . Il met un terme au délit de racolage, lorsque les prostituées abordent des clients sur la voie publique. Il permet l'octroi de titres de séjour à des travailleuses du sexe sans condition de dénonciation de leurs proxénètes. Enfin, un fonds "pour la prévention de la prostitution et l’accompagnement social et professionnel des personnes prostituées" devra être créé. L'aide financière proposée aujourd'hui aux prostituées pour sortir du milieu est faible.

Suite du parcours législatif

La pénalisation des clients a été refusée par le Sénat en deuxième lecture en octobre dernier. Les députés auront le dernier mot sur ce texte, qui fera un nouveau passage au Sénat, puis un éventuel ultime vote à l'Assemblée, si les sénateurs ne votent pas le texte conforme.

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