Pluie, neige, vents... quand les éléments se déchaînent.

Dunkerque, 18 juillet 1924.

Le Tour a lieu en été, mais cela n’empêche pas la météo en général et les intempéries en particulier d’y jouer un rôle considérable. C’était d’autant plus vrai à l’époque héroïque où le revêtement des routes variait du pavé à la terre battue. Les « forçats de la route » chers à Albert Londres s’y transformaient ainsi en personnages d’une épopée encore plus extraordinaire.

Il pleuvait et le vent soufflait ; il faisait un temps à ne pas mettre un cochon d’Inde sur le balcon.Traînant leur vélocipède, les coureurs, d’un pas mou, apparurent un à un et, sous un vent debout, le départ fut donné.Voyez par vous-même ce que cela put produire des douze coups de la nuit à quarte heures du matin. Des hommes qui avaient froid partout, sur qui la pluie tombait et qui, dans la nuit, s’en allaient pédalant. C’était le spectacle.Dès qu’il ne fit plus noir dans le ciel, il fit noir sur les hommes ; je veux dire que les hommes, qui étaient partis blancs à minuit, se trouvaient « nègres » à quatre heures du matin. Cela est si vrai que mon confrère belge ne put se retenir de leur crier :- Eh bien, vous en avez des gueules !Mais les coureurs ne répondirent pas. (…) Cette fois ce n’était pas de la poussière que leur envoyaient les autos, mais des jets de boue. Mes amis étaient devenus de jolis cocos !...Il faisait de plus en plus sombre et triste. (…)La pluie a plusieurs effets ; entre autres, elle use les fonds de culotte. Bellenger a le derrière nu ; Bottechia aussi, Tiberghien de même.Alors Tiberghien crie au lot :- Encadrez-nous quand nous traverserons Lille, à cause des demoiselles. On ne peut tout de même pas passer pour des dégoutants !La pluie avait cessé ; elle reprend. Le vent coupe la figure, les hommes roulent tête baissée ; on dirait qu’ils sont maquillés comme des fakirs. La boue ne leur fait pas un masque, mais des dessins originaux sur tout le corps, et leur nez sert de rigole à l’eau qui tombe.

1980, Lille, la pluie

Bernard Hinault vient de remporter les deux dernières éditions du Tour. Et le Blaireau qui a toujours considéré que la pluie et les pavés faisaient de Paris-Roubaix une loterie à laquelle il ne voulait pas participer, se retrouve obligé de courir 7 heures durant sous la pluie entre Liège et Lille. Avant cette 5ème étape, il a déjà gagné le prologue et le contre-la-montre de Spa. Et malgré la pluie, il va s’imposer en patron à Lille.A l’arrivée, il qualifiera d’ « inhumain » ce que les organisateurs ont fait subir au peloton. Et victime d’une tendinite peut-être liée aux conditions météo catastrophiques de ce début de Tour, il abandonnera quelques jours plus tard à Pau.

### 1985, Luz Ardiden, le brouillard Une des plus belles étapes de ce Tour 1985, dont les téléspectateurs n’ont jamais pu savourer le scénario en direct : à cause du brouillard sur les Pyrénées, pas d’avion ni d’hélicoptère en vol, donc pas d’images possibles.Pourtant, le match entre Bernard Hinault, futur vainqueur à Paris (ce sera son cinquième succès) et Pedro Delgado (vainqueur de l’étape) a été homérique, tournant à l’avantage de l’Espagnol sur le Breton, amoindri à ce moment de la course par une bronchite. ### 1996, Sestrières, la neige Une curiosité cette année là : la neuvième étape est attendue par tous les suiveurs : elle part de Val d’Isère pour Sestrières en Italie et tout le monde attend les cols de l’Iseran et du Galibier pour voir à l’oeuvre l’écurie de Miguel Indurain, grandissime favori de la course, mais à la peine dans les deux étapes de montagne précédentes. C’est la dernière chance pour le Navarrais de s’imposer pour la sixième fois consécutive !Or, ce jour là, il a abondamment neigé et les cols sont impraticables aux cyclistes. L’étape se résume à rush de 46 kilomètres entre Le Monetier-les-Bains et Sestrières, rémporté par le Danois Bjarne Riis qui conservera le maillot jaune jusqu’à l’arrivée à Paris.
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