Où en est la mixité sociale en France ? L'association Habitat et Humanisme, qui lutte contre le mal-logement, a lancé il y a deux ans son observatoire de la mixité sociale. Il rend ce mercredi son premier rapport.

Jean-Louis Borloo, ministre délégué à la ville en 2002, tentera de promouvoir la mixité sociale comme l'un des objectifs de  l'ANRU.
Jean-Louis Borloo, ministre délégué à la ville en 2002, tentera de promouvoir la mixité sociale comme l'un des objectifs de l'ANRU. © AFP / PATRICK KOVARIK

Plus de quarante ans après la naissance de la politique de la ville, et près de vingt ans après le vote de la loi SRU, qui impose un quota de logements sociaux dans les communes, y compris les plus favorisées, où en est la mixité sociale en France ? Les politiques publiques contre les ségrégations territoriales fonctionnent-elles ? C'est à ces questions que tentent de répondre sept chercheurs dans un rapport présenté par l'association Habitat et Humanisme.

Dans les quartiers populaires, le bilan de la rénovation urbaine est en demie-teinte. Elle n'a pas permis de faire baisser la concentration de pauvreté, note le rapport. Les classes moyennes ne s'y sont pas installées. En revanche, ces politiques ont permis de limiter la fuite des jeunes actifs salariés, issus de ces quartiers. 

Des raisons de rester

C'est donc peut-être la fin d'une spirale, comme l'explique la sociologue et urbaniste Christine Lelévrier, qui préside le comité scientifique de l'observatoire : du fait "des populations jeunes qui [y] accèdent à la propriété et qui participent d'une certaine forme de diversité interne au quartier".

Ils sont restés tout en se mettant à distance des lieux problématiques, des trafics, des choses qui pouvaient leur donner envie de partir.

Quant à la loi SRU, qui impose un quota de logements sociaux partout en France, elle a bien créé de la mixité "par le haut", mais à la marge, les familles sélectionnées dans les communes les plus huppées étant rarement les plus pauvres, avec parfois des effets pervers lors de déménagements subis par les familles.

Pas forcément bien accueillis

"On voit ça sur Paris, souligne la sociologue. Certaines familles auraient préféré rester dans le XIXe arrondissement [un quartier populaire de la capitale] que d'aller dans des quartiers où elles ne sont pas forcément bien accueillies."

Il y a des formes de racisme qui se produisent à l'échelle des immeubles ou de l'école. Ce n'est pas aussi simple que ça.

Une mobilité choisie dans un quartier plus favorisé aura en revanche, selon plusieurs études, un effet plus positif sur les trajectoires familiales.

Une notion qui reste problématique

Définir la mixité sociale comme objectif de politiques publiques territoriales pose de nombreuses questions, souligne l'observatoire. D'abord parce que le terme est très ambigu : "Dire qu'il faut plus de mixité aboutit souvent à dire il faut moins de pauvres là où je suis" dit un élu interrogé dans le rapport. Derrière la notion de mixité se cache aussi souvent l'idée d'un nécessaire mélange... culturel ou ethnique, contestable. Enfin, il n'existe pas d'indicateurs pertinents pour mesurer véritablement la mixité sociale.  Les mesures d'écarts de revenus sont souvent imparfaites. A quelle échelle décréter un impératif de mixité sociale : le quartier, la ville, la région? Autant de questions que le rapport ne tranche pas. 

Pour Christine Lelévrier, il faut sans doute ajouter d'autres moyens pour lutter contre les inégalités et faciliter la vie en commun : "On pourrait favoriser la mobilité sociale et résidentielle, favoriser l'accessibilité à l'emploi aux services. Au final, on obtiendrait peut-être plus de mixité sociale sans l'avoir forcement voulue."

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